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Dimanche 20 août 2006 7 20 /08 /Août /2006 23:09

RISQUE PERCU
ET
APPRENTISSAGE MOTEUR



Didier Delignières,
Professeur Agrégé d'EPS,
Sessionnaire à l'INSEP,
Laboratoire de Psychologie du Sport.



    La prise de risque, qu'elle renvoie à une blessure éventuelle ou plus largement à tout
enjeu compétitif, fait partie intégrante de la logique des activités sportives. Bouet (1969) y voit d'ailleurs un des motifs majeurs d'entrée en pratique. C'est dire qu'un éducateur utilisant les activités sportives comme pratique de référence ne peut faire l'économie d'une réflexion sur la place qu'il accordera à cet aspect dans le cadre de son enseignement.
    Par ailleurs, à l'heure où les Instructions Officielles (Ministère de l'Education Nationale, 1985) mettent en avant des thèmes transdisciplinaires tels que la santé ou la sécurité, l'Education Physique apparaît, de part les pratiques sociales auxquelles elle se réfère, un moment privilégié pour mener à bien l'opérationnalisation de tels objectifs.
    Ceci revient en fait à se poser la question de la didactisation du risque, ou plutôt celle de l'intégration de la dimension risque dans le processus de didactisation des activités sportives.
   
    Une telle démarche impose préliminairement de situer le risque dans le processus

d'apprentissage et/ou de production d'une performance, et ce notamment, en reprenant la logique du modèle développé par Famose (1990), par rapport à la tâche objective prescrite, au processus de redéfinition de la tâche, et à l'activité manifeste du sujet. Nous tenterons ensuite, à la lumière de cette analyse, de formuler quelques propositions quant à l'intégration réelle du risque dans les objectifs de l'enseignement en Education Physique.

1. LE RISQUE COMME FACTEUR CONTEXTUEL.


    Il convient premièrement de distinguer clairement d'une part les exigences liés à la
tâche stricto sensu, c'est-à-dire renvoyant à un environnement direct, à la prise en compte nécessaire et suffisante à l'atteinte du but, et d'autre part les facteurs contextuels, liés à l'environnement lointain, matériel, institutionnel ou affectif. Ces facteurs contextuels, quoique sans liens nécessaires avec le but assigné, sont susceptibles de faciliter ou de contrecarrer l'activité du sujet. On peut distinguer à ce niveau les facteurs de bruit, c'est-à-dire l'ensemble des distracteurs potentiels de l'environnement, et les facteurs d'enjeu, que l'on peut définir fonctionnellement comme les coûts et bénéfices objectifs que le sujet pourra tirer de la réussite ou de l'échec dans la tâche (sanction, évaluation, certification, salaire, blessure, médiatisation,...). Nous nous intéresserons principalement à ces derniers. Ce sont eux qui donnent à la tâche sa signification réelle. Ils définissent l'enjeu de la mise en activité, en déterminant les conséquences de la réussite ou de l'échec éventuel. C'est dans ce sens que nous les grouperons sous le concept de risque.

    Dans ce cadre, le risque corporel ne représente qu'un enjeu particulier. Nous le
placerons néanmoins au centre de notre questionnement, au vu de son importance dans le cadre de l'enseignement de l'Education Physique.

2. RISQUE OBJECTIF ET THEORIE DE LA DECISION.

Il nous faut ici distinguer plusieurs niveaux :


- le risque objectif, variable quantitative qui caractérise le contexte de la tâche,

- le risque subjectif, qui caractérise le sujet et correspond à une évaluation subjective et personnelle de la situation,
- l'acceptation du risque ou prise de risque, décrivant la préférence d'un sujet, et désignant son choix ou sa décision de prendre un risque d'une certaine grandeur dans une situation donnée.

        Ces deux derniers niveaux seront étudiés plus précisément, et dans leurs rapports avec
le premier, dans les parties suivantes. Nous nous limiterons ici au risque objectif.
La modélisation psychologique du risque s'inscrit généralement dans le prolongement
des théories de la décision. On considère qu'une situation risquée est une situation de décision présentant les caractéristiques suivantes (Hans, 1984) :

- une ou plusieurs alternatives sont présentées aux sujets,
- chacune de ces alternatives peut être caractérisée par une probabilité d'occurrence de la réussite (p), et par une probabilité d'occurrence de l'échec (q=1-p)
- la réussite ou l'échec sont chacun caractérisés par leur utilité, ou valence (Robaye, 1963). Nous les désignerons par a pour la réussite, et par b pour l'échec.

    On peut alors définir le risque objectif de plusieurs manières :

a- Le risque est la probabilité d'échec (r=q).

    On retrouve une définition de ce type chez
Atkinson (1957). Cette définition ne semble réellement opérationnelle que dans les situations dans lesquelles les utilités respectives de la réussite et de l'échec sont insignifiantes. Atkinson introduit la notion d'incitation (incentive), représentant l'attraction relative envers le but, ou la répulsion relative envers les conséquences négatives de l'échec. Cette définition est proche de celle de l'utilité que nous avons présenté plus haut. Néanmoins l'auteur postule que cette incitation est une fonction linéaire de la probabilité subjective de succès (Is=1-Ps).
    Ceci
renvoie à des situations de challenges gratuits, dans lesquels la satisfaction ou l'insatisfaction du sujet ne seront liés qu'aux bénéfices intrinsèques de l'atteinte du but. Ce modèle semble en fait rester centré sur la tâche, sans prendre en compte le contexte dans lequel elle se situe.
    Ce modèle est également utilisé par Howarth (1988), en ce qui concerne la conduite automobile. L'auteur estime que le risque objectif peut être mesuré statistiquement, par le rapport occurrences d'accidents/opportunités. En ce qui concerne la conduite automobile, ce rapport est évidemment très faible. Howarth montre que cette probabilité rend davantage compte du comportement des conducteurs que la valence d'un accident éventuel (qu'il nomme risque perçu). Ce résultat n'est pas autrement surprenant si la situation est appréhendée au travers d'une définition plus fine du risque (voir plus bas, le risque comme perte attendue).

b- Le risque est la valence de l'échec (r=b).

    Il s'agit donc des conséquences négatives
de l'événement, celles-ci comprenant par ailleurs la non-obtention des conséquences positives de la réussite. Si cette valence est liée au contexte matériel, il s'agira en premier lieu des risques corporels. Risque devient alors synomyne de danger (par exemple, le risque de chute lors d'une escalade en solo). Si cette valence est liée au contexte institutionnel ou médiatique (par exemple, lors de l'épreuve d'escalade d'un concours de recrutement ou lors d'une compétition), le risque objectif renverra à l'enjeu de la situation.

c- Le risque est la perte attendue.

    Cette définition combine probabilité et valence de
l'échec (r= qb). Cette valeur est une fraction de l'espérance mathématique (pa + qb), qui représente le résultat moyen attendu. Cette définition est notamment défendue par Oppe (1988). Dans l'exemple cité plus haut sur la conduite automobile (Howarth, 1988), on se retrouve face à une situation dans laquelle la valence de l'échec est plus ou moins élevée, mais dans laquelle la probabilité d'apparition de l'accident reste extrêmement faible. Ceci explique que dans ce cas, la valence de l'échec peut être paradoxalement ignorée, et que l'on peut considérer que le risque équivaut à la fréquence des accidents.

d- Le risque est la variance de la distribution des utilités possibles (r= pq(a-b)
2).

    Cette
définition prend en compte l'ensemble des éléments de la situation, soit les probabilités et les valences respectives de la réussite et de l'échec. Dans le cadre d'un pari, elle mesure la distribution des résultats possibles autour de l'espérance mathématique. Le risque sera d'autant plus élevé que p et q seront équivalents, c'est-à-dire que la situation sera aléatoire, et d'autant plus que les valences seront disproportionnées.
    Il faut préciser que ces différents modèles ont été proposés en dehors du cadre des
activités sportives. Au-delà du choix opérationnel de tel ou tel modèle se pose le problème de sa transférabilité dans notre domaine.

3. RISQUE OBJECTIF ET HABILETE.

    Si l'opérationnalisation du risque objectif se réfère généralement aux modèles probabilistes dérivés de la théorie de la décision, il faut noter que dans les situations sportives, il est impossible de préciser les probabilités des diverses éventualités, comme on pourrait le faire pour un jeu de pur hasard (Lambert, 1969a; Kukla, 1972). Il convient en effet de distinguer les situations de chance ou de hasard (dans lesquelles les probabilités reposent sur des événements aléatoires: paris, loteries), et les situations qui mettent en jeu l'habileté dessujets. Les situations rencontrées dans le cadre des activités sportives sont évidemment du second type. Dans ces dernières, les probabilités reposent sur l'éventualité d'un événement sur lequel le sujet peut exercer une action ou un contrôle (Hans, 1984). Dans ce sens, c'est déjà un risque relatif qui est ici défini.

    On considère alors que dans une situation dangereuse, le risque
encouru est moindre pour l'expert que pour le débutant, dans le sens où la probabilité d'échec du premier est plus faible que celle du second. Il en va de même pour la valence de l'échec éventuel, et notamment en ce qui concerne le risque corporel. La gravité d'un possible accident est liée à l'adéquation des comportements de sécurité que le sujet peut éventuellement mettre en oeuvre. On peut classer ces habiletés selon deux registres: d'une part les habiletés préventives, et d'autre part les habiletés d'évitement.

    Les habiletés préventives renvoient à l'aménagement et à la gestion de dispositifs de
sécurité "passive". Nous entendons par là des dispositifs protecteurs (tapis, filets,...), visant à diminuer la gravité d'un éventuel accident.
    Les habiletés d'évitement concernent les conduites à adopter en cas d'accident, afin d'en diminuer la gravité. Il s'agit d'une part du rôle des partenaires (pareurs en gymnastique, assureurs en escalade), et d'autre part des habiletés d'évitement du sujet lui-même. Roche (1969) parle à ce sujet de "tactiques d'urgence".

    Ces remarques mettent en avant la difficulté qu'il y a à circonscrire objectivement le

risque, c'est-à-dire à lui donner une existence autonome, antérieure à l'activité d'un sujet donné. On peut envisager de donner aux probabilités et aux utilités une définition statistique, comme le propose Howarth (1988) pour la conduite automobile.     Il est peu probable qu'une telle approche soit opérationnelle pour rendre compte du comportement d'un sujet particulier.
    Paradoxalement, il semble que ce soit par l'étude du risque subjectif et des comportements de prise de risque, que l'on puisse approcher une définition correcte de ce que l'on peut entendre par "risque objectif".

4. PRISE DE RISQUE ET RISQUE PERCU.


    Le risque subjectif apparaît comme une puissant médiateur du comportement adopté. A
ce niveau il convient de distinguer deux niveaux d'acceptation: il s'agit d'une part de la dangerosité perçue, qui renvoie notamment à un étiquetage verbal des situations, et qui peut être envisagée sans lien essentiel avec la mise en activité du sujet. Howarth (1988) montre ainsi le décalage flagrant entre les déclarations de dangerosité faites par des conducteurs à propos de la conduite automobile, et les comportements réellement adoptés sur la route. Le second niveau d'acceptation renvoie au risque subjectif en tant que variable fonctionnelle, dont la mesure n'est pas évidente, si ce n'est en analysant son influence sur les comportements. Nous parlerons à ce niveau de risque perçu. Si la dangerosité perçue est déclarée et donc consciente, Wilde (1988) insiste sur l'automaticité des processus de gestion du risque perçu.

    On l'a vu précédemment, les définitions du risque objectif combinent de manières
diverses probabilités d'occurrence et valences des éventualités. l'étude du risque subjectif permet-elle de trancher pour l'une ou l'autre définition? L'étude d'Howarth (1988) semble montrer, pour la conduite automobile, que l'attitude socialement affirmée est basée sur la valence des accidents possibles, c'est-à-dire que la conduite est considérée comme hautement dangereuse. A contrario, le risque réellement pris en compte par les conducteurs semble déterminé principalement par les probabilités d'occurrence: ils agissent comme si les risques étaient très limités. Howarth note que ces décalages se retrouvent surtout au niveau de conduites familières et automatisées. Ce résultat concorde avec ceux de Robaye, Hubert et Decroly (1963): si les polyaccidentés de la route ne divergent pas fondamentalement des autres conducteurs dans l'estimation de la gravité éventuelle des accidents, ils en sous-estiment significativement les probabilités d'occurrence.
    A l'inverse, Blomart (1963) montre que le comportement des sujets, dans une situation de travail inhabituelle à risque économique, est davantage influencé par la valence des accidents que par leur probabilité d'occurrence.
    On peut avancer l'hypothèse selon laquelle le risque perçu, en tant que variable décisive du choix d'un comportement, semble dériver de la valence de l'échec dans les situations nouvelles, et de sa probabilité d'occurrence dans les situations familières. L'installation de l'expertise entraînerait une mutation progressive, dans une logique de balance, du "stimulus objectif".
    Une définition correcte du risque perçu pourrait être le produit de la valence subjective de l'échec et de sa probabilité subjective d'occurrence. Dans cette logique, le risque perçu puise sa signification au niveau des facteurs contextuels, mais son intensité dépendra du sentiment de compétence du sujet, lié à la confrontation entre la difficulté de la tâche et l'habileté qu'il s'attribue. Ceci nous renvoie aux notions de difficulté perçue et d'habileté perçue (Famose, 1990). Il va de soi que dans ce cas précis, l'habileté renvoie non seulement aux compétences liées à l'atteinte du but prescrit, mais également à ce que nous avons appelé plus haut les habiletés préventives et d'évitement. De cette confrontation peut naître l'idée d'une marge subjective de sécurité, révélant non plus seulement la probabilité subjective d'atteinte du but, mais également la probabilité subjective qu'un accident se produise en cas
d'échec. Mais pour comprendre la notion de prise de risque, il faut aller plus loin que ce niveau.
    Robaye (1963) s'intéresse plus particulièrement aux comportements des sujets engagés dans
des situations dangereuses. Selon l'auteur, "l'accident est l'aboutissement plus ou moins probable, plus ou moins grave, d'un épisode comportemental amorcé en vue d'atteindre un but". Un comportement est dangereux s'il rend l'accident possible. Ceci demande l'examen des variables de personnalité qui facilitent le choix de comportements dangereux. Selon l'auteur, le choix d'un comportement de but sera fonction de :
- la valence du but,
- la valence relative des différents comportements possibles,
- la valence des accidents possibles,
- la probabilité d'atteinte du but.

    Ces différentes variables étant comprises comme des estimations personnelles du sujet.

    Ce dernier choisira le comportement pour lequel cette fonction sera maximale.
    Outre les variables classiquement utilisées dans les théories de la décision (valence de l'échec et probabilité de succès), Robaye insiste sur le rôle de l'attrait du but, ainsi que de l'attrait du comportement choisi. On peut trouver une approche similaire dans les travaux de Griffin et Keogh (1982), qui développent le concept de confiance dans le mouvement (movement confidence), défini comme un sentiment individuel d'"adéquation" dans une situation mettant en oeuvre la motricité. Les auteurs parle également d'assurance dans l'approche d'une situation. Selon eux, la confiance est spécifique, dans le sens ou elle peut varier suivant les situations (Griffin, Keogh et Maybee, 1984). Les auteurs montrent que si le sentiment de compétence dans la tâche constitue un déterminant important de la confiance, cette dernière ne s'y résout pas.         Les comportements des sujets apparaissent plus complexes que s'ils n'étaient déterminés que par le seul sentiment de compétence. La confiance dans le mouvement (CM) vient d'une évaluation de soi-même et de la situation, dont le produit peut se décomposer en deux facteurs, d'une part le sentiment de compétence (C), c'est-à-dire l'adéquation entre l'habileté et les demandes de la tâche, et d'autre part les expériences sensorielles escomptées lors de l'exécution (S) :

CM= C + S.

    Deux dimensions de valences opposées composent ce second facteur : c'est d'une part le
plaisir escompté (PE), renvoyant à des préférences personnelles pour tel type de sensations issues de la mise en jeu motrice, et d'autre part le risque estimé (RE), compris comme l'évaluation des blessures possibles, de leur gravité et de leur probabilité d'occurrence.
    L'équation de la confiance dans le mouvement peut alors prendre la forme suivante :
CM= C + (PE - RE).

    Le plaisir escompté ne renvoie pas à la maîtrise de la tâche, mais aux sensations

agréables qui peuvent naître d'un afflux de sensations kynestésiques, proprioceptives, d'un désordre sensoriel. On se situe ici dans un autre cadre que celui de la motivation
d'accomplissement puisque le déterminisme fondamental n'est pas la recherche de l'efficacité mais du plaisir et de diverses sensations agréables. On peut ici faire référence aux travaux de Berlyne (1970), qui s'inscrivent dans le cadre théorique général de la dissonance cognitive.
    Rappelons que la dissonance, ou discrépance, consiste en un écart entre deux états mentaux. Cette dissonance s'accompagne d'affects dont la tonalité change selon l'importance de l'écart existant. Si l'écart est faible, la tonalité générale de la situation est relativement neutre puis, à mesure que l'écart s'accroît, les affects deviennent de plus en plus intenses et sont à dominante agréable ou positive. Au-delà d'une certaine zone, si la discrépance est trop grande, ce sont les affects à tonalité négative qui dominent.
    Selon Berlyne, il y aurait chez l'homme une tendance
à rechercher un certain taux d'activation du système nerveux central, consécutif à un certain niveau de dissonance cognitive. Ce taux de dissonance peut être provoqué par de multiples facteurs : désordre sensoriel, nouveauté de la tâche, caractère extrême des sensations. Dans ce sens, le risque revêt un caractère nettement ambivalent. Car sa présence est également source de dissonance, et de plaisir. Roche (1969) note que 80% des automobilistes admettent "prendre des petits risques parce que cela est agréable". Le risque semble donc se distribuer sur les deux dimensions isolées par Griffin et Keogh, selon une répartition dépendant évidemment de la personnalité des pratiquants.

    La valence des accidents possibles nous intéressera ici plus particulièrement. Selon Robaye (1963) on peut distinguer trois types de situations, en fonction du degré de gravité perçue : les conséquences pourront être estimées comme bénignes, graves ou inconnues. Le premier type de situation entraîne un comportement dangereux, ce qui est rationnel au sens de la théorie de la décision. Le second entraîne à l'inverse la prudence. Dans le troisième type, les facteurs personnels épuisent la variabilité des comportements.
    Certains travaux ont tenté d'en rechercher les systématiques. Roberts (1975) montre
que, dans une tâche sexuellement neutre, les hommes prennent plus de risque que les femmes.
    Par ailleurs, en développant le modèle d'Atkinson (1957), selon lequel la prise de risque est un corrélat de la motivation, résolu autour de la résolution du conflit entre deux motifs :

l'accomplissement et l'évitement,

    l'auteur montre que les sujets caractérisés par
l'accomplissement choisissent des risques moyens, alors que les autres optent pour des risques faibles ou élevés (Roberts, 1975). Robaye (1963) et Blomart (1963) insistent sur l'influence de l'attitude optimiste ou pessimiste des sujets dans le choix d'un comportement, surtout si la valence de l'accident est inconnue. Bouet (1969) relève au niveau motivationnel les sources susceptibles de générer la prise de risque en sport, et notamment le besoin d'affirmation de soi, et le besoin de domination de la peur. Ces travaux mettent l'accent sur la nécessité, dans ce cadre comme dans d'autres, de différencier l'action pédagogique en fonction des publics visés.
    L'influence du partenariat a également été investiguée. D'une manière générale, les groupes apparaissent plus risqués que les individus (Zaleska, 1969). L'auteur invoque des facteurs tels que la valorisation sociale du risque, la dilution de la responsabilité, ou l'influence de la majorité. Néanmoins Lambert (1969b) montre que si le groupe adopte une règle de majorité, il se développe un processus d'extrémisation du risque, dont l'amplitude et l'orientation dépendent uniquement de la position moyenne des individus avant consensus. Le groupe aura tendance à être plus audacieux si ses membres sont audacieux, et plus prudent s'ils sont prudents.

5. APPRENTISSAGES EN SITUATIONS RISQUEES.


    Jusqu'à présent, nous avons étudié l'influence du risque au niveau du processus de
redéfinition de la tâche. Mais il est évident qu'au-delà du choix d'un comportement de but, le risque va moduler la mise en oeuvre même de ce comportement, ainsi que les perceptions concomitantes.

5.1. RISQUE ET TRAITEMENT DE L'INFORMATION.


    La plupart des travaux réalisés dans ce domaine organisent leur problématique autour de
la notion d'éveil, ou d'activation. Cette notion repose sur l'observation classique selon laquelle le système nerveux fonctionne à une plus ou moins grande intensité : le niveau d'éveil varie d'un minimum à un maximum lorsque l'on passe du sommeil à la veille, puis à la veille attentive et enfin à l'émotion.

    On considère généralement que le stress est lié à une trop forte 
élévation du niveau d'activation (Jones et Hardy, 1988).
    Le niveau d'activation varie sous l'influence de nombreux facteurs. Le rôle des facteurs contextuels a été mis en évidence par de nombreux travaux, et notamment le risque corporel (Mace, 1979), les situations compétitives (Jones et Hardy, 1989), la température ambiante (Holland et coll., 1985). Ainsi Mace (1979) montre que l'exposition de sujets néophytes à une situation subjectivement dangereuse (une descente en rappel d'un immeuble de vingt-trois mètres), entraîne une élévation de la fréquence cardiaque, qui ne peut être liée entièrement aux exigences métaboliques de l'exercice, et qui précède même la mise en activité. Le sujet dans cette situation est en état d'éveil maximal, il est en état de stress psychologique.

    D'autres travaux montrent l'importance de l'estimation des exigences de la tâche dans ce processus (Lazarus, 1966; Welford, 1973; Sanders, 1983). Ces auteurs font l'hypothèse que le stress constitue une variable intermédiaire, entre stimulus et réponse. Selon cette logique, le stress renverrait à une divergence fondamentale entre difficulté perçue et habileté perçue (Jones et Hardy, 1988). L'évaluation subjective de la situation serait donc le facteur primordial. Cette approche concorde avec nos propositions précédentes sur la construction cognitive du risque perçu.

    L'élévation du niveau d'éveil peut être expliquée par le phénomène de dissonance
cognitive (Champagnol, 1976). Chaque fois qu'une dissonance apparaît, le niveau d'éveil du sujet s'élève. Nous avons déjà évoqué la théorie de Berlyne (1970) postulant une tendance, chez tout individu, à rechercher l'établissement d'un certain niveau de dissonance, source d'affects à tonalité positive. Mais au-delà d'une certain niveau, si la discrépance est trop grande, ce sont les affects à tonalité négative qui dominent. Il faut noter que le taux d'activation ressenti comme agréable varie d'un individu à l'autre. Certains, particulièrement casses-cous ou avides de sensations fortes, sont prêts à toutes les expériences et toutes les innovations alors que d'autres sont plus timorés et acceptent très mal les taux de dissonance trop élevés.

    On s'accorde classiquement à reconnaître que niveau d'éveil et performance sont liés par une
courbe en U inversé (figure 1.). Dans un premier temps, l'élévation du niveau d'éveil entraîne un accroissement de la performance. Puis au-delà d'un certain niveau, on assiste à une détérioration du niveau de performance. Cette hypothèse tire son origine des travaux déjà anciens de Yerkes et Dodson (1908), et a été confirmée à maintes reprises (Stauffacher, 1937; Burgess et Hokanson, 1961; Davey, 1971).
 
    Easterbrook (1959) suggère que les effets du stress sur la performance sont dus aux
effets de l'éveil sur l'attention sélective. L'hypothèse est celle d'un rétrécissement du champ attentionnel avec l'élévation de l'éveil: l'émotion diminue l'étendue des signaux que le sujet peut traiter. Au début, l'élévation de l'éveil entraîne une focalisation sur les stimuli pertinents, et la performance s'améliore. Puis on arriverait à un "effet de tunnel", qui éliminerait également les stimuli pertinents. En situation de stress, le sujet ne traiterait plus que les signaux subjectivement centraux. Baddeley (1972) précise, dans le cadre de cette hypothèse, que si ces signaux centraux sont pertinents par rapport aux exigences de la tâche, la performance peut s'élever. Dans le cas contraire, elle régresse.
    Une hypothèse alternative est fournie par Naatanen (1973) et Mandler (1975). Ces auteurs estiment que la détérioration de la performance avec l'élévation de l'éveil vient d'un effet de distraction. Le stress générerait des signaux internes qui entreraient en concurrence avec les signaux pertinents pour la tâche.

    Cette théorie du U-inversé permet de proposer l'hypothèse d'un niveau optimum de
risque subjectif. Cette idée est corroborée par l'ambivalence du risque mise précédemment en évidence. Tant que l'habileté du sujet maintient la probabilité d'occurrence de l'échec dans des limites acceptables, le risque constituerait un facteur facilitant pour l'apprentissage, permettant l'établissement d'un niveau d'éveil satisfaisant et l'orientation sélective de l'attention.
    Au-delà, les facteurs contextuels généreraient un "stress émotionnel", affectant l'évaluation subjective de la situation, le niveau d'effort consenti et la stratégie adoptée par le sujet
(Dornic et Birbaumer, 1974; Dornic et coll., 1974; Dornic et Fernaeus, 1981; Dornic, 1986).

5.2. RISQUE ET PERCEPTION DE LA DIFFICULTE.


    Nous avons précédemment évoqué la difficulté perçue, en tant que représentation

anticipée des exigences de la tâche. Un autre problème est celui de la perception directe de ces exigences, lors de la réalisation effective de la tâche. Il s'agit d'un aspect important, notamment dans le sens où cette perception affectera l'appréhension ultérieure de la tâche, lors d'un essai subséquent.
    Harter (1978) en présentant une tâche de résolution d'anagrammes soit comme un jeu, soit comme un travail récompensé, montre qu'à difficulté objective égale (mesurée par le nombre de lettres composant l'anagramme, ou par la performance en terme de temps de réponse), une tâche est jugée plus difficile en condition de travail récompensé qu'en situation de jeu. L'enjeu semble donc "contaminer" le construct cognitif de la difficulté. Dans une logique proche, Durand (1987) montre que des enfants, jusqu'à 9-10 ans, confondent les notions de risque et de difficulté : une tâche d'équilibre est jugée plus complexe si elle se déroule sur un support élevé, alors même que la surface d'appui reste constante et que les enfants perçoivent clairement que la difficulté en dépend.

    Nous avons tenté d'analyser ce processus avec des adolescents, à propos d'une tâche d'escalade (Delignières, 1990). Les sujets devaient gravir une voie verticale de huit mètres de haut, sur une structure artificielle d'escalade, strictement délimitée de manière à ce que la difficulté objective soit identique pour chacun. Seuls les facteurs de risque varient : le premier groupe gravit la voie assuré du haut, c'est-à-dire qu'en cas d'échec, le grimpeur est immédiatement soutenu par la corde; le second groupe franchit la voie en tête, assuré du bas.
    En cas d'échec, le sujet risque dans ce cas une chute plus ou moins importante (jusqu'à trois mètres) en fonction de l'éloignement de dernier point d'assurage. Le niveau d'habileté moyen dans les deux groupes est équivalent. Après réalisation de la tâche, on demande aux sujets d'en coter la difficulté, selon une échelle de catégorie en 15 points. Les sujets du second groupe donnent des cotations significativement plus élevées que ceux du premier (9.38 vs 7.75, t=2.41, p<.05).

(la suite sur http://perso.wanadoo.fr/didier.delignieres/Publis-docs/risques1001.pdf)      

Par Didier DELIGNIERES - Publié dans : greps
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Samedi 5 août 2006 6 05 /08 /Août /2006 23:59
DU STADE AU MONDE DU TRAVAIL

Réflexions :
* Jean-Michel Faure
*
Patrick Mignon
*
Françoise Piotet
*
Alain Ehrenberg
*
Alain d'Iribarne
*
Philippe Askenazy

CNRS : http://www2.cnrs.fr/


Sportifs de haut niveau : élite sociale mais pas culturelle


    Le sport de haut niveau occupe une position paradoxale dans l'Hexagone. Dans un pays qui fait une place centrale à l'idée d'élite et dont le système d'enseignement supérieur est organisé autour de cette notion, le sport semble échapper à cette représentation du monde social. Jean-Michel Faure, sociologue et membre du Centre de sociologie européenne a réalisé plusieurs enquêtes sur une population mal connue.


Comparés aux virtuoses de l'école, les champions de l'excellence sportive seraient-ils en situation de moindre légitimité ?

Jean-Michel Faure. Si l'on s'accorde à penser qu'un champion consacré détient une compétence technique rare, on ne reconnaît pas aussi spontanément à l'athlète, sauf exception, une valeur individuelle qui en ferait un être d'exception doté d'un fort prestige social et encore moins culturel. Plutôt que d'exprimer des propriétés objectives particulières possédées par les athlètes, cette façon de considérer les sportifs de haut niveau en France renvoie à des causes plus profondes attachées à l'histoire des institutions qui ont forgé les valeurs collectives et individuelles les plus reconnues dans ce pays.


L'accès à la compétition sportive internationale est-il socialement «inégal» ?

J.-M. F. Il existe de fortes affinités entre les classes supérieures de la société française et l'appartenance à l'élite sportive. Dans le sport de haut niveau, les cadres supérieurs sont les plus fortement représentés, suivis par les artisans commerçants. Les employés forment la catégorie la moins sportive. Les ouvriers et les professions intermédiaires offrent un profil proche. Ils sont les plus investis dans la pratique en clubs, tout en étant les plus éloignés de la compétition sportive internationale.
    Historiquement, ces pratiques différenciées renvoient au double marquage symbolique du sport : l'un attaché à mettre le sport au service de valeurs éducatives a trouvé un écho auprès des classes moyennes et populaires, l'autre plus sensible aux valeurs de la réalisation de soi par la compétition que les classes supérieures a davantage intériorisé la situation.


Alors, sport ou école ? Quelles sont les différences entre la France et l'Allemagne ?

J.-M. F. En France, le sport de haut niveau demande un investissement total de la part des athlètes qui cherchent à prolonger leur engagement dans l'enseignement ou l'administration du sport. En Allemagne, l'accès au sport de haut niveau, beaucoup plus sélectif socialement (les ouvriers en sont pratiquement exclus), prend un autre sens. Il est un temps fort de la réalisation de l'individu, qui ne procure de légitimité qu'à la condition que l'athlète sorte du milieu sportif pour réaliser les valeurs sportives dans le cadre d'une Beruf, autrement dit d'une « vocation professionnelle » le plus souvent préparée par une formation universitaire longue.

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Sports : l'inéluctable professionnalisation

    Patrick Mignon est responsable du Laboratoire de sociologie à l'Institut national du sport et de l'éducation physique (INSEP). Il étudie notamment les relations entre sport et éthique ainsi que les processus de professionnalisation à travers l'analyse de l'évolution des métiers du sport et des disciplines.



Comment s'effectue cette professionnalisation ?

    Patrick Mignon. Il y a des disciplines comme le football, le vélo ou le rugby, où la professionnalisation est officielle et correspond à un statut : les fédérations reconnaissent l'existence d'un secteur professionnel, les sportifs ont un contrat de travail et perçoivent un salaire. Pour d'autres sports, la notion est plus complexe. Elle renvoie au fait que le sportif tend à consacrer de plus en plus de son temps à s'entraîner pour acquérir les compétences les plus élevées dans son domaine et les mettre en œuvre dans les compétitions, même si l'athlète n'en vit pas directement.


Comment analysez-vous le lien avec la médiatisation ?

P. M. La médiatisation est une dimension essentielle du sport de haut niveau aujourd'hui et participe au processus de professionnalisation. Elle démultiplie l'impact des compétitions officielles traditionnelles comme les Jeux olympiques ou les grands championnats. Elle permet d'en créer de nouvelles en attirant spectateurs et sponsors et ainsi de distribuer des gains aux athlètes pour leurs performances ou, s'ils sont très réputés, leur simple participation. C'est le cas en athlétisme du circuit de la Golden League. Mais il y a le risque de dévaloriser les compétitions qui sont les moins médiatiques ou, comme dans la boxe professionnelle, de faire des compétitions qui ne soient que des coups médiatiques.


Quelles sont les conséquences sur les performances ?

P. M. C'est une incitation à plus de performances car les gains augmentent avec les succès sportifs, avec le risque du dopage. Être professionnel c'est gérer une carrière : on développe des comportements plus individualistes qui peuvent conduire à des conflits d'intérêt avec les équipiers, le club ou l'équipe nationale.


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Univers du sport et monde du travail, un oxymore ?


    Jusque dans les années 1970, le monde du travail et l'univers du sport étaient totalement étrangers l'un à l'autre. L'idée même de la compétition est antinomique aux principes du taylorisme ou de la bureaucratie telle que l'a conceptualisée Max Weber. Françoise Piotet, sociologue au Laboratoire Georges Friedmann, analyse les relations professionnelles, leurs acteurs et leurs enjeux et fait un parallèle entre deux macrocosmes à la fois dissemblables et identiques.



    Dans le monde du travail où règnent les notions d'impersonnalité, d'interchangeabilité des individus, d'uniformité des cadences, la lutte entre patrons et ouvriers porte sur le rythme de travail, et le « freinage » est la pratique la mieux observée par les sociologues du travail. Entre les salariés, la norme collective interdit l'exploit individuel1. La remise en cause de ces principes d'organisation pour diverses raisons (internationalisation de l'économie et accroissement de la concurrence, développements des technologies de l'information, crise de l'emploi) a, au moins en apparence, favorisé un rapprochement entre le monde du sport et celui du travail.

    Le sport est devenu une référence pour la gestion des personnels dans l'entreprise, en particulier pour celle des cadres. Sont privilégiés les sports individuels et ceux dont la pratique collective permet d'identifier le rôle individuel joué par chacun des membres : l'équipe de football où l'on compare la contribution de chacun au résultat collectif et non l'équipe d'aviron.

    Dans «le vivier» des cadres, il s'agit de distinguer ceux à «haut potentiel», futurs gagnants de la compétition qu'il ne faut surtout pas laisser partir dans l'équipe adverse. Il ne suffit plus d'être compétent, il faut être performant. Chacun se voit fixer à échéances plus ou moins rapprochées des objectifs à atteindre, voire à dépasser. Il faut un «mental de gagneur» assisté par un corps en forme. Les cadres supérieurs font appel à des coachs pour les aider à mieux gérer le stress de la compétition.

    On pourrait ainsi multiplier les exemples d'emprunts au monde du sport dans le vocabulaire et dans les pratiques formelles en usage dans les entreprises. Cela suffit-il pour unifier ces deux mondes ? Rien n'est moins certain. La différence fondamentale tient aux règles du jeu et à leur connaissance qu'en ont les acteurs. Les règles de la compétition interne aux entreprises ne sont jamais clairement explicitées. Les cadres connaissent leurs propres objectifs, mais ignorent ceux fixés à leurs collègues. Il s'agit d'être le meilleur mais par rapport à qui et à quoi ? Non seulement les règles du jeu ne sont pas toutes connues avant l'entrée dans la compétition, mais elles peuvent changer en cours de jeu sans même que le joueur en soit informé. L'emprunt des mots ou des pratiques sans l'esprit et la règle qui font le sport est insuffisant pour transformer un champ de bataille en stade omnisports.


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Du lien entre vigilance et performances chez l'être humain

    Les scientifiques du Centre d'études de physiologie appliquée (CEPA, CNRS) s'intéressent de près à la psychophysiologie du sommeil et de la vigilance chez l'homme. Les recherches portent sur le rythme veille-sommeil et sur les caractéristiques électrophysiologiques des divers états de vigilance et de leurs concomitants psychologiques en termes de performances cognitives. Avec pour objet d'étude : un homme sain dans des conditions expérimentales et des environnements physiques reproduisant au mieux la réalité.


    La perspective fondamentale vise à comprendre les mécanismes impliqués dans la genèse des états de vigilance et ses répercussions en termes de performances cognitives. La recherche finalisée a pour but de s'appliquer à différents aspects de la vie quotidienne comme les conditions de travail dans l'entreprise, la sécurité routière, les stratégies visant à améliorer le niveau de vigilance. Le tout pour pallier la difficulté croissante que rencontrent les travailleurs confrontés à des fluctuations d'horaires rendues nécessaires par les mutations macro-économiques que connaît l'Europe et au-delà, tout le monde industrialisé.

    Parmi les thématiques « émergentes », on peut citer : la problématique de l'inertie hypnique, le rythme veille-sommeil en relation avec les performances cognitives, et enfin les répercussions de la privation de sommeil sur la conduite automobile.

    Toutes les études intégrant le sommeil sont réalisées dans une plateforme expérimentale de 70 m2, comprenant deux chambres totalement insonorisées et isolées sur le plan thermique, un séjour, une cuisine et des sanitaires. Cette infrastructure permet de réaliser des expériences au cours desquelles les sujets sont amenés à vivre au laboratoire parfois plusieurs jours d'affilée, et bien sûr à y dormir. Centre d'études de physiologie appliquée (CEPA).

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Compétition et performance : quels enjeux ?

    Alain Ehrenberg, sociologue, directeur du Centre de recherche psychotropes, santé mentale, société (CESAMES), explore notre civilisation moderne happée dans la spirale du culte de la performance.



    Au cours des années 1980, la société française commence à se convertir aux valeurs de la concurrence et de la compétition. Trois déplacements caractérisent ce nouvel état d'esprit. D'abord, le chef d'entreprise, emblème traditionnel de la domination des gros sur les petits, est érigé en modèle d'action pour tous. Ensuite, la consommation, incarnation de la comédie du standing des classes moyennes et de l'aliénation des classes populaires dans les années 1960, recycle les valeurs des mouvements de libération des années 1970 et se transforme en un vecteur de «réalisation personnelle». Enfin, le champion sportif, héros des classes populaires (Raymond Poulidor), est redéfini comme un symbole d'excellence sociale.

    Ce culte nouveau de la performance signale d'abord un changement de nos rapports à l'égalité : la justice devient le produit de la concurrence. Or c'est précisément ce qu'incarne la compétition sportive : elle est la seule activité sociale à théâtraliser le mariage harmonieux de la concurrence et de la justice. Elle est l'image même de ce qu'est une juste inégalité.

    Ce culte montre ensuite l'ancrage des valeurs de l'autonomie : la conversion à la compétition représente la sortie d'une régulation des conduites faisant appel à l'obéissance disciplinaire au profit d'une référence à l'initiative individuelle. Il s'agit de décider et d'agir plus que d'obéir. Il montre enfin, deuxième aspect de l'ancrage de la référence à l'autonomie, comment les idéaux d'accomplissement personnel, c'est-à-dire de droit à disposer de soi et de liberté de choisir sa vie comme on l'entend, qui se sont diffusés dans l'ambiance contestataire des années 1970 se sont combinées avec les normes d'action individuelle.

    La performance combine un modèle d'action (entreprendre) et de justice (le sport) avec un style d'existence (l'épanouissement personnel d'un individu apparemment émancipé des interdits qui l'empêchaient de choisir sa vie).

    Mais du culte de la performance à la dépression nerveuse, la distance n'est pas longue. Dans une société qui se réfère aux valeurs de l'autonomie, de l'action et de l'accomplissement personnel, où chacun est conduit à décider en permanence, la peur de ne pas être à la hauteur devient une constante. La dépression est un moyen de nommer et d'agir sur ces nouveaux problèmes.

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Les performances dans le monde de l'entreprise


    Le travail en entreprise a vu ses exigences évoluer au cours du temps. Pour y faire face, le salarié doit être de plus en plus performant, ce phénomène pouvant déclencher de nouveaux types de maladies professionnelles. Alain d'Iribarne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de sociologie du travail a mené une recherche sur ce sujet.



Y a-t-il eu une évolution dans les performances requises par les entreprises ?

Alain d'Iribarne. Au cours des dernières décennies, différents modèles productifs se sont succédé. Avec ces modèles, de nouvelles normes de travail d'emploi et de compétences apparaissent accompagnant l'adoption de nouvelles techniques et de nouvelles exigences productives. Le salarié doit donc augmenter ses performances pour répondre aux exigences qui s'incrémentent au fil du temps. Dans les années 1980 par exemple, le passage du modèle dit « taylorien-fordien » au modèle post-industriel marqué par l'intégration des « relations services », s'accompagne de la mise en œuvre d'outils plus adaptés correspondant aux premières générations de Technologies de l'information et de la communication (TIC). Ainsi, l'employé doit être capable de gérer un volume accru d'information avec des délais de plus en plus serrés ce qui a pour effet de le soumettre à des conflits croissants de priorité.


L'apparition d'Internet dans les années 1990 a-t-elle modifié les normes de l'entreprise ?

A. d'I. Avec l'arrivée d'Internet, ce modèle de production continue à évoluer autour de la @ entreprise. Le salarié doit encore faire face à d'autres exigences, comme la maîtrise de l'usage des techniques. Leur apprentissage devient incontournable, et constitue une élévation de la « barrière d'entrée » en matière d'accès à l'emploi. En plus de cette compétence, apparaissent de nouvelles attentes comportementales. La faculté de comprendre l'univers de l'autre différent devient une composante essentielle des capacités professionnelles. Plus encore, la capacité de faire face au « stress » dû au caractère instable, imprévisible de l'activité professionnelle, à l'aptitude à s'inscrire dans des univers relationnels flous ou à gérer les perpétuels conflits de priorité, devient une compétence comportementale déterminante. En revanche, ces exigences apparaissent comme un principe unificateur de ce modèle car elles sont formulées vis-à-vis de toutes les activités professionnelles, quels que soient le niveau, la nature et le lieu de l'exercice.

Comment cette exigence de performance de plus en plus grande est-elle vécue par les employés ?

A. d'I. Les nouvelles exigences résultant du passage à ce nouveau modèle sont source d'apparition de pathologies, essentiellement traduites par le stress, l'angoisse. En effet, les salariés craignent de ne pas être capables d'accéder aux performances à la fois grandissantes et renouvelées. Ils le craignent d'autant plus que les nouveaux modèles productifs s'accompagnent d'une précarisation de plus en plus importante de l'emploi. Le salarié vit alors dans la crainte perpétuelle de perdre sa place.


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RTT, congés maladie, les maux de la performance ?

    Malgré la mise en place de la politique de réduction du temps de travail, on assiste en France à une lente dégradation des conditions de travail. Philippe Askenazy, économiste, chargé de recherche au Centre d'études prospectives d'économie mathématique appliquées à la planification (CEPREMAP), veut montrer que, plus qu'une fatalité, cette situation est plutôt une aberration économique.



    Une réduction de la durée de travail implique-t-elle nécessairement une amélioration des conditions de travail ?

Philippe Askenazy. Non. L'expérience des 35 heures en France l'illustre. La recherche d'un maximum de création d'emplois s'est traduite par un relâchement de la loi et par des concessions des organisations syndicales et des salariés. Ainsi, les 35 heures se sont traduites par une intensification et une flexibilisation du travail. L'employeur demande à ses salariés d'être plus performants dans un temps plus réduit. On en revient toujours à un monde où la compétition prime avant tout…


Productivisme rime-t-il avec perfectionnisme ?

P. A. Depuis le début des années 1980, on a assisté à l'avènement d'un productivisme basé sur des pratiques « innovantes » : polyvalence, autonomie, démarches qualité, etc. Cette nouvelle configuration s'accompagne d'une montée en puissance du sentiment de pénibilité chez les travailleurs. Plus qu'un simple sentiment, les contraintes de rythme, d'horaire, physiques et mentales se conjuguent. En France, la fréquence d'accidents du travail ne diminue1 plus alors que les troubles musculo-squelettiques progressent exponentiellement. Mais ce n'est pas une fatalité.


Vous vous référez à l'expérience américaine de l'ère de la « nouvelle économie ». S'applique-t-il à la France ?

P. A. Dans les années 1990, la mobilisation syndicale, le renforcement des incitations et le durcissement de la police du travail ont poussé de nombreuses entreprises américaines à s'engager dans des programmes efficaces d'amélioration des conditions de travail. La baisse des risques encourus par les salariés est réelle et massive et la satisfaction au travail a progressé. Cette amélioration participe à la prospérité américaine. Nos proches partenaires européens (Belgique, Espagne) s'engagent depuis peu également dans la voie de la prévention, mais en France, la prise de conscience du coût humain et macro-économique de conditions de travail dégradées demeure limitée.




Par CNRS - Publié dans : greps
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Dimanche 16 juillet 2006 7 16 /07 /Juil /2006 23:08
       
      ETUDE SOCIO-ECONOMIQUE RELATIVE 
                A LA PLONGEE SUBAQUATIQUE
                                                     EN 2004/2005

(SUITE)

MINISTÈRE DE LA JEUNESSE, DES SPORTS
ET DE LA VIE ASSOCIATIVE


        1.1.4.4 - Nature des pratiques

   
Si l'on se réfère à la typologie des pratiques proposée en 1.1.1.2, les 340.000 plongeurs français se répartissent selon le modèle suivant :
Les pratiques actuelles en plongée de loisir peuvent se décliner en quatre familles :

1- Activités de plongée exploration en scaphandre : Ils représentent 80 % des pratiquants, soit 273.000 plongeurs. Parmi eux, 248.000 fréquenteraient les centres de plongée fédéraux et professionnels ; 10.000 seraient des clients directs des voyagistes ; et 15.000 plongeraient avec leurs propres moyens. Il n?est pas possible de classifier avec précision ceux qui font de l?exploration simple, et ceux qui font de la photographie, de la vidéo ou une autre activité de ce type, car aucun d?entre eux ne se contente exclusivement de cette approche.

2- Activités de plongée de loisir en apnée : Ils représentent 14 % des pratiquants, soit 273.000 plongeurs. Parmi eux, 7.000 seraient des pêcheurs sous-marins non compétitifs (2.000 licenciés fédéraux et 5.000 pratiquants libres) ; 5.000 pratiqueraient la randonnée aquatique encadrée ou sur des sentiers sous-marins balisés ; 35.000 seraient des adeptes de la balade de surface en PMT.

3- Activités compétitives en plongée :  Ils représentent 5 % des pratiquants, soit 17.000 plongeurs. Parmi eux, 16.000 pratiqueraient la compétition au sein de la FFESSM. Ils se répartiraient entre les activités de nage avec palmes (7.000), pêche sous-marine (6.000), hockey subaquatique (2.000), orientation subaquatique (400), tir sur cible (300) et diverses autres activités très confidentielles (300). Mille compétiteurs supplémentaires pourraient être comptabilisés dans les secteurs de l?apnée des records dynamiques et statiques (notamment avec des organismes spécialisés comme l?Association Internationale pour le Développement de l?Apnée (AIDA), et la pêche sous marine (dans une deuxième fédération nouvellement créée mais non reconnue officiellement, la Fédération Nautique de Pêche Sportive en Apnée (FNSPA).

4- Activités de plongée particulière en scaphandre : Ils représentent 1 % des pratiquants, soit 3.000 plongeurs. Parmi eux, 300 sont des plongeurs spéléologue, 2.000 des spécialistes d?archéologie et 700 des plongeurs techniques purs (au trimix, avec recycleur ?).
En complément de ces chiffres, il est possible de rajouter qu?environ 70.000 de ces pratiquants (soit près de 21 %) optent tous les ans pour les actions de formation afin d?obtenir une nouvelle qualification de plongeur.

        1.1.4.5 - Fréquences des pratiques

    Il est particulièrement délicat d?estimer le chiffre de la fréquence moyenne des plongées annuelles pour les pratiquants recensés.
Pour les plongeurs en scaphandre, l?enquête AFIT de 1997 annonçait que 42 % des plongeurs en scaphandre pratiquaient de 1 à 5 fois par an, 37 % de 6 à 20 fois par an, et 21 % plus de 20 fois par an.
    Si l?on se réfère aux indications fournies par les centres de plongée, ces chiffres sont à peu près confirmés avec une moyenne d?environ 8 plongées par personne et par an en milieu naturel. Cela peut correspondre à 8 sorties isolées, 4 journées de plongées (2 plongées par jour), 2 week-ends de plongée, ou une semaine de voyage plongée.
    Si l?on rapproche ces données du nombre estimé de plongeurs en scaphandre (soit 273.000), le nombre annuel de plongées organisées serait de 2,2 millions. Avec un prix moyen de la plongée à 28 euros, le chiffre d?affaires annuel du secteur de l?organisation de la plongée loisirs en France pourrait être estimé à environ 60 millions d?euros, pour les seuls plongeurs français.
    Cette tendance est typique des dernières évolutions de la plongée. Dix ou vingt ans en arrière, les plongeurs étaient moins nombreux, mais pratiquaient beaucoup plus, probablement entre 20 à 30 plongées au minimum, par an. L?éclatement des pratiques de plein air, mais aussi le « zapping » des pratiques, poussent le consommateur à privilégier des activités plus faciles à mettre en ?uvre, notamment en matière d?accès et de temps « figé » par la séance d?activité.

    De plus, l?actuelle dérive vers la dévalorisation du concept d?expérience préalable à la formation et l?obtention d?un niveau de plongeur, poussent le plongeur à ne pas se centrer sur les plongées exploration. Cela diffère d?ailleurs des conceptions de nos voisins ; les carnets de plongée français sont pratiquement les seuls à ne pas comptabiliser le temps cumulé de plongée, au lieu, ou en plus, du nombre d?immersions, à l?exception de ceux proposés par les syndicats de moniteurs ? mais les cases correspondantes ne sont pratiquement jamais renseignées sur celui-ci.

            1.1.4.6 - Pratiques en structure et hors structures

    Sur la base des chiffres déjà présentés, il semblerait qu?environ 84 % des plongeurs recensés pratiquent en structure (285.000). Ils se répartiraient entre 248.000 plongeurs en scaphandre (famille 1), 3.000 plongeurs en scaphandre d?activités particulières (famille 4), 2.000 pêcheurs sous-marins noncompétitifs (famille 2), 5.000 randonneurs subaquatiques (famille 2) et 17.000 compétiteurs de diverses activités (famille 3) ; auxquels se rajoutent les 10.000 voyageurs plongeurs qui ne sont recensés dans aucune structure classique en France, mais sont bien pris en charge par le centre réceptif de leur séjour.
    Environ 55.000 pratiquants, soit 16 % des plongeurs, pratiqueraient « hors structure » ; 15.000 en plongée en scaphandre ; 5.000 en pêche sous-marine ; 35.000 en promenade de surface en PMT.

            1.1.4.7 - Moyens d?information

    Il est très difficile de connaître avec exactitude les moyens d?information utilisés par les pratiquants. L?enquête de l?AFIT de 1997 laissait entrevoir la répartition suivante pour les lieux d?information les plus utilisés par les plongeurs :
?    61 % dans un centre de plongée
?    37 % dans une fédération
?    34 % dans un magasin spécialisé
?    19 % dans un office de tourisme
?    17 % dans la presse spécialisée

    Hormis la présence des offices de tourisme, dans une proportion assez faible alors qu?ils devraient être en première place, il faut constater que la plupart des sources d?information sont des lieux spécifiques aux activités de plongée. Il est donc possible de constater une forte tendance « des plongeurs à parler aux plongeurs », ce qui n?est pas, par nature, propice à créer de nouveaux adeptes. La récente évolution qui a conduit la plupart des acteurs économiques du secteur à déserter le Salon Nautique de Paris, pour se rendre prioritairement voire exclusivement sur le Salon de la Plongée, à une autre date spécifique, s?inscrit dans cette logique.
    Sur cet évènementiel, se concentrent essentiellement des plongeurs, tant professionnels qu?associatifs et clients, mais certainement assez peu de non-plongeurs. D?ailleurs la communication autour de cet événement est essentiellement centrée sur les médias spécialisés en plongée ; pour certains experts, la cible de ce salon, ce sont directement les exposants, qui souvent se contentent de la rencontre avec leurs clients et leurs pairs, et ne se plaignent pas trop de l?absence de pratiquants en devenir.

    Il n?y a que très peu de démarches vers les autres moyens d?information, par exemple les salons étrangers (certains centres sont présent en Allemagne, Angleterre, Espagne, etc.), les médias grand public ou les lieux locaux d?accueil du grand public. Il est donc possible d?affirmer que ceux qui font de la plongée aujourd?hui ont été incités à pratiquer indirectement par des médias généralistes qui traitent du monde sous-marin (émissions Thalassa ou Ushuaia, documentaires animaliers divers, revue Géo ?), ou par des plongeurs proches. L?utilisation de l?image « plongée » dans diverses publicité joue certainement aussi un rôle d?incitation à la pratique et confirme que l?image du « plongeur » est considérée comme valorisante.
    Cette enquête ne proposait pas d?option «centre ou organisme professionnel», les personnes souhaitant mentionner cette réponse ont donc probablement coché la zone « centre de plongée ».
Certains experts analysent ce phénomène plutôt sous l?angle des coûts importants et des difficultés de présence des acteurs de la plongée sur le Salon Nautique. Les fabricants ayant déserté ce salon, cela a ensuite un peu découragé les autres acteurs d?y être, même si certains centres ou magasins y sont toujours présents, de même que la FFESSM. Pour certains acteurs de la plongée, cette désertion est une erreur importante pour l?image et le développement de ce secteur. L?avenir montrera si ce phénomène persiste ou évolue.
    D?autres ont cédé à une démarche d?impulsion en passant devant une enseigne qui propose la plongée, ou sur un site de vacances qui encourage cette activité (hôtel dans les mers chaudes, par exemple)..
    Sur la somme totale des lecteurs de revues spécialisées en plongée, que l?on peut estimer à environ 70.000 personnes, il est également possible de penser qu?une petite partie des 70 % qui achètent leur revue en kiosque sont des nouveaux venus attirés par la couverture, sans savoir combien ils sont réellement. Internet est également un mode d?information et de recherche très utilisé aujourd?hui, mais qui est plus souvent de nature à satisfaire un besoin, qu?à le créer.

            1.1.4.8 - Les achats de matériel de plongée

    Deux démarches peuvent être initiées pour évaluer les investissements en matière d?équipements individuels de plongée et les habitudes d?achat des plongeurs : l?analyse du marché français des ventes d?équipements de plongée ou l?analyse des priorités dans l?achat de matériel par les plongeurs.
        Pour ce qui est du marché français des ventes d?équipement de plongée, les chiffres sont difficiles à obtenir, mais après plusieurs consultations et recoupements, il est possible d?estimer ce marché aux environs de 80 millions d?euros annuels.
        La part du marché français serait d?environ 5 à 6 % du marché international , et nos voisins annoncent des chiffres en euros bien plus importants (130 millions en Allemagne, 150 millions en Italie, 500 millions aux USA et 200 millions au Japon). La distribution de ce marché s?opèrerait à 35 % par les grandes enseignes spécialisées (Décathlon, Go-sport, Vieux-Campeur ?), 10 % par des hyper-marchés (Leclerc, Auchan, Carrefour ?), 5 % en direct dans les centres de plongée, et 50 % chez les revendeurs spécialisés (1/3 dans une trentaine de magasins en réseau, 2/3 dans une centaine de magasins indépendants).

        Les meilleures ventes de matériels en volume se concentreraient sur les ensembles PMT (1 million par an), les vêtements (100.000 par an, dont 15.000 spécifiquement « chasse »), les détendeurs (25.000 par an), mais aussi les ordinateurs de plongée (10 % du marché), la bagagerie et les accessoires (15 %).

    Au niveau des périodes d?achat, les plus prisées par les plongeurs sont le mois de septembre avec le PMT, le mois de décembre avec les ordinateurs, lampes et détendeurs, et le mois de mars avec lesgilets et combinaisons d?été ; ces différences ont toutefois tendance à se niveler un peu plus tous les ans, même si mars et avril restent les mois des plus grosses périodes d?investissement pour les plongeurs.
    Les priorités dans l?achat de matériel sont également intéressantes à observer. Selon l?enquête AFIT de 1997, dans un ordre décroissant, les plongeurs feraient l?acquisition de PMT (90 % des plongeurs interrogés), vêtement (59 %), lestage (48 %), chaussons (42 %), gants (39 %), couteau (39 %), détendeur (17 %), gilet (16 %), bouteille (13 %) et ordinateur (9 %).

    Ce dernier chiffre est probablement le moins actualisé, car aujourd?hui les ventes d?ordinateurs de plongée ont explosé et probablement pris en partie la place d?un matériel qui était acheté par 21 % des plongeurs en 1997 : le profondimètre. Il le remplace et ajoute d?autres fonctions antérieurement assurées par d?autres instruments (montre et tables de plongée). Il facilite donc la gestion de la remontée du plongeur.

    De même, rares sont les plongeurs qui achètent aujourd?hui leur lestage, car il est trop inutilement lourd pour les voyageurs, et la plupart des centres proposent ce matériel à bord des bateaux. La démarche du consommateur est la même pour les bouteilles dont les ventes ont grandement chuté depuis cette enquête, en partie pour des raisons identiques, mais également pour éviter les contraintes d?entretien.

                1.1.4.9 -Les moyens financiers consacrés à la plongée

    Dans ce domaine, les données sont quasi-inexistantes. Il est toutefois possible d?extrapoler les chiffres de l?enquête AFIT de 1997, en y rajoutant l?augmentation du coût de la vie, mais la croissance et le budget des ménages s?étant dégradés fortement durant ces sept dernières années, il est probable que cette approche soit en partie faussée.
    Sur cette logique d?estimation, plus de la moitié des plongeurs français en scaphandre (55 %) consacrerait entre 350 et 850 euros par an, pour la plongée (hors hébergement et transport), alors que plus de la moitié des plongeurs en apnée (53 %) dépenserait entre 170 et 340 euros par an.

   Si l?on considère que le plus gros des voyages plongée vendus par les tour-opérateurs spécialisés s?effectuent à l?étranger, ce sont environ 30.000 personnes qui partent tous les ans vers des destinations diverses pour un investissement annuel variant d?un minimum de 500 ? par personne pour une semaine pour les moins chères à 2.000 ? pour les plus chères.

        1.1.5 - Les attentes des plongeurs français

            1.1.5.1 - Perspectives d?évolution des pratiques en France

    En dehors des perspectives de développement des secteurs classiques de pratique, notamment en augmentant le nombre de pratiquants et en levant une partie des freins et résistances à la pratique de la plongée, il est possible d?envisager l?émergence de certaines activités :

?    La plongée au nitrox

    Le terme NITROX vient de l'association de Azote (Nitrogen en anglais) et Oxygène. Il désigne en fait tout mélange de ces deux gaz dans des proportions différentes de celles de l?air. Le "Nitrox" le plus connu est bien entendu l'air atmosphérique que nous respirons depuis notre enfance...
    Pour définir les différents nitrox, la convention est de désigner ceux-ci par une succession de deux nombres dont le premier représente toujours l'oxygène et le second l'azote. Ainsi nous définirons le nitrox 40/60 qui contient 40 % d'oxygène et 60% d'azote.
    Le nitrox peut donc contenir n'importe quel pourcentage d'oxygène.
?    S'il contient moins de 21% d'O2 on dira qu'il s'agit d'un mélange sous-oxygéné.
?    S'il contient plus de 21% d'oxygène on dira qu'il s'agit d'un mélange suroxygéné.

    L'utilisation de mélanges sous-oxygénés n'est pas intéressante en plongée sportive telle que nous la pratiquons. En effet, les mélanges sous-oxygénés, sont principalement utilisés lors de plongées très profondes, au cours desquelles, ceux-ci permettent de maintenir une pression partielle d'oxygène à une valeur convenable. En revanche l'utilisation de mélanges enrichis en oxygène présente plusieurs avantages :

a) En augmentant le pourcentage d'oxygène, on diminue de fait le pourcentage d'azote. Ceci a pour effet de plonger plus longtemps qu?à l?air à une même profondeur en respectant les mêmes durées de remontée et de palier de décompression, ou, à même profondeur et durée de plongée, de limiter voire de supprimer les temps de palier, ou d'augmenter la qualité de la décompression et donc la sécurité des plongées, si l'on utilise pour la décompression les tables à l'air, tout en respirant un mélange suroxygéné.

b) Diminuer d'environ 10 % à 15 % le volume de gaz consommé.

c) De procurer un meilleur confort à l'issue des décompressions que dans le cas de plongées à l'air (dissolution d'azote plus faible dans l'organisme).

d) Enfin, pour des plongées dans la zone des 40 mètres, le fait de respirer un mélange contenant moins d'azote atténue un peu les effets de la narcose (équivalent narcotique d'une profondeur inférieure)

    Ces avantages ont bien entendu leur revers : en utilisant un mélange suroxygéné à une profondeur donnée, la pression partielle d'oxygène est bien évidemment plus importante que dans le cas de la respiration à l'air. Le seuil limite de toxicité est donc plus rapidement atteint. Ce point déterminant, va limiter l'emploi des nitrox à des zones de profondeurs faibles et moyennes.

    Notamment pour des raisons de coût, la plongée au nitrox se développe plus facilement à l?étranger qu?en France pour l?instant, mais cela pourrait évoluer. Des centres de plongée se sont d?ores et déjà équipés de systèmes entièrement autonomes (compresseurs à membrane) qui permettent de fabriquer les nitrox à partir de l?air, sans avoir besoin d?une réserve d?oxygène pur.

    Il faudrait notamment finir de gommer l?idée de haute technicité pour le pratiquant, héritée d?une erreur de positionnement du nitrox à ses débuts en France (placée dans la famille des activités tek) ; il faudra aussi ne plus justifier l?utilisation du nitrox en terme d?augmentation de la durée de la plongée (dans les eaux métropolitaines, c?est l?autonomie en air ou le froid qui provoquent la fin de l?immersion la plupart du temps), mais plutôt jouer sur le caractère sécurisant au niveau de la décompression.

    Malheureusement, deux résistances majeures risquent de perturber cette perspective de développement. Tout d?abord le prix du mélange et de sa mise en ?uvre (fabrication), qui exige de vendre la même plongée (la sécurité en plus), plus cher. Ensuite les projets de normes européennes d?équipements individuels spécifiques à l?utilisation d?oxygène pur pour tout type de nitrox, qui, si elles s?appliquent aux centres de plongée provoqueront la mort de ce secteur.

?    La plongée en recycleur semi-fermé

    Comme son nom l'indique, il s'agit d'un dispositif qui a pour objet de recycler les gaz expirés par le plongeur lors de son immersion. Les gaz expirés vont passer dans une cartouche de chaux sodée qui va fixer le gaz carbonique issu du métabolisme du plongeur, et permettre ensuite, avec un ajout de gaz (nitrox, hélium et/ou O2 pur) minime, d'inhaler à nouveau un mélange gazeux parfaitement respirable.
    L'intérêt d'un recycleur réside principalement dans le fait que les gaz expirés sont réutilisables ; ainsi il n'est plus nécessaire d'en emporter avec soit une grande réserve. Ceci présente naturellement d'autant plus d'intérêt que l'on va profond ou que l'on compte rester longtemps en immersion. En effet, dans certains cas le matériel que l'on a sur le dos peut devenir très lourd (2 x10 L, 2 x 12 L voire 2 x 20L). En utilisant un recycleur, on plonge dans une configuration assez légère.
L'autre avantage indéniable consiste en l'absence (ou du moins la quasi-absence) de bulles. Ceci intéresse tout particulièrement les passionnés de la faune marine et les photographes, car ils peuvent ainsi approcher les poissons sans les effrayer. Par ailleurs, l'utilisation d'un recycleur procure un réel confort ventilatoire lié à la faible perte de charge dans les tuyaux annelés.

    Enfin, lors des premières utilisations du recycleur, le plongeur est surpris par une flottabilité parfaitement constante à l'expiration comme à l'inspiration. Il n?a plus la possibilité de compenser une légère erreur de lestage par un "poumon-ballast" comme dans le cas de l'utilisation d'un bloc classique. Il faut donc que, dès le départ, le plongeur ajuste son lestage.
    Il peut cependant corriger son équilibrage au moyen de la bouée intégrée au recycleur.
  Mais nul système n?est parfait, et il est important de repérer aussi les inconvénients. Ceux-ci résident surtout dans la complexité de la mise en ?uvre et de l?entretien. Par ailleurs, le coût peut aussi être considéré comme un frein à l?utilisation du recycleur.
    Enfin le plongeur respire sur un circuit recyclé, et par conception même du système, il ne lui est plus possible de donner son embout à un autre plongeur en cas de difficulté (manque d'air du partenaire?). Ce point ne constitue cependant pas une réelle contrainte car la réglementation impose de pouvoir disposer d'une autre source de mélange pouvant débiter sur un détendeur de secours.
    Un autre inconvénient est celui des difficultés de repérage du plongeur depuis la surface : avec un bon coup d??il on repère facilement les plongeurs « classiques » en immersion, en cherchant les bulles?ce qui n?est pas le cas si le plongeur immergé est équipé d?un recycleur.
    La préparation d'un recycleur avant la plongée nécessite environ une petite demi-heure de travail.    De même, après la plongée, toutes les pièces doivent être démontées et rincées. Cela prend, là aussi, plus de temps que de rincer un simple détendeur et un bloc classique.
    L?entretien d?un recycleur demande donc une attention et une précision sans faille, car une erreur ou un oubli peut se solder par des conséquences gravissimes, comme les accidents en témoignent. Ce type de plongée est probablement appelé à se développer fortement dans les années à venir. La législation en matière d?organisation de la plongée en recycleur semi-fermé vient d?être assouplie.
    Les prix des produits disponibles sur le marché français baissent tous les ans; ils commencent à devenir abordables, le véritable tournant étant proche, c?est à dire lorsque l?achat d?un recycleur représentera la somme équivalente à l?achat d?un ensemble bouteille - gilet - détendeur de haut de gamme, qu?il peut avantageusement remplacer. Certains fabricants sont en train de mener des études pour concevoir des produits spécifiquement élaborés pour la plongée loisir et non plus dérivés des appareils militaires ou industriels. L?encombrement réduit, la souplesse, la grande autonomie , l?absence de bulle devant le visage, et la quasi absence de bulles tout court, le design, la nouveauté et l?engouement pour les « belles machines » devraient faire le reste.

?    La randonnée subaquatique

    C?est probablement le plus grand espace de développement et un des enjeux majeurs du futur. Aujourd?hui, les «snorkelers» sont réduits à des plongeurs en attente de pratique, des conjoints à occuper, ou des futurs plongeurs en scaphandre que l?on appâte avec cette activité.
    Malgré cela, ce secteur se développe doucement.
    Si les centres de plongée prennent conscience du fabuleux potentiel de ce marché qui peut toucher les 800.000 adeptes de la nage en PMT que cette étude ne traite pas de manière spécifique, mais aussi plusieurs millions d?autres personnes, ils découvriront une nouvelle forme de rentabilité. Cette activité est moins onéreuse à mettre en ?uvre, plus facile à encadrer et nécessite beaucoup moins de formation préalable. Les coûts de production diminuant, la prestation peut être vendue moins cher que la plongée en scaphandre, tout en produisant un ratio de marge nette plus important.
    Les futurs randonneurs subaquatiques peuvent être attirés par une activité de pleine nature, environnementale, sportive toute en douceur, peu technique et se prendre de passion pour cette pratique, sans jamais enchaîner sur la plongée en scaphandre.
    Bien sûr, il faudra accompagner cette évolution par des approches pédagogiques et d?animation spécifiques, un aménagement des espaces subaquatiques et une gestion différente des parcs d?équipements individuels. Le développement actuel des sentiers subaquatiques annonce les prémices de cette évolution dans les pratiques de la plongée de loisirs, sous réserve que la randonnée subaquatique soit traitée comme une activité à part entière.

?    La plongée trimix

    L?air que nous respirons en plongée est un mélange de 20,946 % d?oxygène, 78,084 % d?azote, 0,033 % de gaz carbonique, 0,934 % d?argon, 0,003 % de gaz rares (hélium?), soit, en simplifiant : 21% d?oxygène (O2 ) et 79 % d?azote (N2). Pendant ce temps, un trimix est un mélange ternaire qui est composé d?oxygène (O2) d?azote (N2) et d?hélium (He).
    Par exemple, un trimix composé de : 18% d?O2, 42% d?N2, et 40% d?He est noté : 18 / 42 / 40, et l?identification des mélanges se fera toujours dans cet ordre.
    Ces pourcentages sont établis en tenant compte de la profondeur maximale d?utilisation que les anglophones appellent MOD, pour Maximum Operating Depth. (Il est bon de noter que la notation américaine des mélanges ne mentionne que l?oxygène et l?hélium, l?azote étant déduit par soustraction ; on parle parfois de notation « mer du nord ». Ainsi, le même mélange que nous indiquons 18/42/40 sera noté 18/40 par les Américains).

    Légalement, la plongée de loisirs dans les établissements d?APS, pratiquée à l?air, est limitée à la profondeur de 60 mètres. L?expérience nous prouve que cette limite est parfaitement fondée.
Rappelons brièvement les facteurs limitatifs de la plongée à l?air :

?    La narcose à l?azote peut apparaître au-delà de 40 mètres, provoquant une diminution des capacités intellectuelles et physiques. Le mécanisme de cette toxicité n?a pas encore été élucidé. Cependant, le facteur à retenir dans le caractère narcotique d?un gaz neutre serait sa solubilité plus ou moins élevée dans l?eau et dans les graisses, facteur qui déterminerait l?action du gaz considéré sur les tissus nerveux. On a constaté, en effet, que l?action narcotique des gaz neutres, comparable à celle des anesthésiques, était proportionnelle à leur solubilité dans les graisses (en fait, à leur « coefficient de partage » : rapport entre la solubilité dans les graisses et la solubilité dans l?eau)

?    Le risque d?essoufflement est dû entre autres à la densité de l?air respiré.

?    L?hyperoxie : l?oxygène devient toxique lorsqu?il est respiré à des pressions supérieures à 0,16 MPa (1,6 bar), correspondant à une profondeur de 6 mètres. C?est ce qu?on appelle «l?effet Paul Bert» qui menace le plongeur au-delà de 60 mètres.

?    L?hypoxie : la pression partielle minimale retenue pour les risques d?hypoxie est de 0,17 bar.

    Aujourd?hui, des plongeurs souhaitent s?aventurer au-delà de ces limites, voire dans la zone à trois chiffres? La sécurité en plongée profonde impose donc d?utiliser un mélange de gaz autre que l?air. Les mélanges binaires à deux composants comme l?héliox (hélium et oxygène) sont utilisés essentiellement en plongée professionnelle. En outre le prix élevé de l?hélium fait préférer les mélanges à trois composants.
    Si nous remplacions l?azote contenu dans 1 litre d?air par la même quantité d?hélium, la masse de ce mélange serait de 0,420 grammes, environ trois fois moins. Ceci présente l?avantage de diminuer très notablement les efforts respiratoires, à l?origine de la plupart des essoufflements. Par exemple, un mélange ternaire oxygène/azote/hélium à 90 m contenant seulement 42% d?azote a le même pouvoir narcotique que de l?air à 43m, on dit qu?il a une profondeur équivalente à l?air de 43m. Un héliox (oxygène/hélium) dans les mêmes conditions peut avoir une profondeur équivalente de 17 m seulement.
    Passés les effets de la nouveauté, et la certification des moniteurs qui souhaitent acquérir une compétence supplémentaire sur leur curriculum vitae, le trimix n?est probablement pas promis à un développement exceptionnel en volume d?activités. Très technique, coûteux, élitiste par ses exigences physiques et psychologiques, spécifique de la plongée très profonde, le trimix devrait trouver sa place dans le grand marché de la plongée, mais rester relativement confidentiel.

        1.1.5.2 - Les plongeurs français potentiels

    Globalement, le nombre de plongeurs français est actuellement encore en constante augmentation, même si le nombre de licenciés fédéraux a tendance à stagner, voir à légèrement diminuer, pendant que les acteurs professionnels et les pratiques «hors structure» enregistrent de fortes progressions.
    Cette dernière tendance est à l?image des évolutions récentes des pratiques sportives françaises. Ainsi dans une enquête nationale publiée en 2001, il apparaissait que sur les 36 millions de pratiquants sportifs français recensés, seuls 15 millions (44 %) étaient licenciés dans un club affilié à une fédération ; cette proportion était encore plus réduite chez les pratiquants réguliers (10 millions de licenciés sur les 26 millions recensés, soit 38 %).
    Dans les pratiques de pleine nature, 63% des pratiquants revendiquaient une pratique libre, en dehors de toute structure. Dans une activité aussi technique et contraignante que la plongée, il est probable que cette tendance s?exprime sous la forme d?un compromis : ces plongeurs ne se licencient pas dans une association, mais, pour une portion d?entre eux, décident de consommer des prestations de services ponctuelles offertes et encadrées par des professionnels ou des voyagistes.
    Pour d?autres, notamment dans l?intérieur des terres, les clubs fédéraux représentent une alternative intéressante pour se former, avant d?aller pratiquer de manière plus sporadique dans diverses structures de bord de mer, ou avec leurs propres moyens. Cette orientation peut expliquer, au moins en partie, le fort taux de renouvellement annuel (30 %) des licenciés fédéraux.
    Par ailleurs, plusieurs études de marché de diverses origines démontrent le fort potentiel de plongeurs français. Ainsi, pour PADI Europe, la France est un des marchés les plus prometteurs, même si la réglementation française actuelle empêche la mise en application directe et exclusive de ses standards spécifiques. Le taux de pénétration de cet organisme en France, basé sur la délivrance des brevets, est un des plus faibles d?Europe (1,32/10.000) malgré un pouvoir d?achat individuel beaucoup plus élevé que celui de ses voisins méditerranéens, qui eux, présentent des taux de pénétration bien supérieurs (7,61/10.000 en Italie et 9,64/10.000 en Espagne).
    Sur la base des derniers recensements de population, la frange de plongeurs français et étrangers pratiquant sur notre territoire et recensés dans cette étude, représenterait environ 0,7 % de l?ensemble des personnes de 15 ans et plus.
    D?après l?enquête de l?AFIT en 1997, le nombre de «non plongeurs ouverts» en France serait de 16 % de cette même population, donc environ 7,5 millions de personnes actuellement. Parmi ces « non plongeurs ouverts », 4 % auraient déclaré avoir «très enviede s?initier à la plongée», soit environ 1,9 millions de nouveaux plongeurs potentiels en 2005.
    Par ailleurs, le potentiel de développement du nombre de plongeurs passe également par l?élargissement de la cible, et la prise en compte des attentes de certains publics particuliers, et notamment les femmes, les jeunes plongeurs et les plongeurs seniors.

?    Les plongeuses

    Avec ses 30 % de femmes (102.000), ce qui est finalement assez peu en comparaison des 48% de femmes pour l?ensemble des pratiques, la plongée peut se développer dans ce secteur. Ilfaut rappeler que les femmes constituent 51,5 % de la population, soit près de 30 millions de personnes, dont 70 % (21 millions) affirment pratiquer une activité sportive, avec une forte tendance aux activités de pleine nature.
    Aujourd?hui, seulement 0,48 % d?entre elles pratiquent la plongée. Pour toucher ce public, il faudrait améliorer les conditions d?accueil, avec notamment la présence systématique de vestiaires et de toilettes à terre, comme de toilettes sur les bateaux, mais aussi des équipements adaptés à leur morphologie spécifique (vêtement, gilet, etc.) et modifier l?ambiance générale encore très machiste. Ce type de développement pourrait permettre de capter une clientèle de couples qui souhaitent pratiquer ensemble.

?    Les jeunes plongeurs

    Aucun texte réglementaire ne fixe un âge minimum pour commencer la pratique de la plongée subaquatique en scaphandre. Toutefois la commission médicale de la fédération délégataire recommande de ne pas commencer à plonger avant huit ans.
    Avec 21 % de plongeurs de moins de 20 ans (71.400), la plongée est une des activités sportives les moins pratiquées par ce public particulier, surtout dans les tranches d?âge les plus basses. Certaines activités comme le basket, le hand-ball ou les sport de combat, oscillent entre 50 à 70 % de jeunes de moins de 16 ans dans leurs effectifs (12 % en plongée). En effet, si l?on compare ces chiffres à la population de 15 millions de personnes de moins de 20 ans recensées en France en 2002, la population de plongeurs dans cette catégorie d?âge serait de seulement 0,5 %, ce qui laisse une marge de progression intéressante. Pour sensibiliser cette population, il faudrait d?abord modifier l?image de dangerosité de la plongée afin de convaincre les parents, puis continuer à développer une véritable approche spécifique au lieu de se contenter souvent d?une plongée en miniature.
    Le coût de la pratique n?est pas nécessairement un obstacle, comparativement à d?autres pratiques sportives de jeunes financées par les parents. Souvent les politiques des communes et des clubs contribuent à rendre la plongée financièrement accessible pour les jeunes.
    Des produits pédagogiques spécifiquement construits pour ce public, des équipements adaptés à la morphologie (embouts, masques, gilets, blocs, vêtements ?), des approches plus ludiques et une organisation simplifiée pour permettre une mise en ?uvre rapide seraient de nature à favoriser le développement de ce secteur. Il ne faut pas perdre de vue, non plus, l?impact de la fidélisation des enfants, sur la pratique des parents, et inversement, les freins constitués par la divergence des pratiques au sein d?une même famille, les parents sacrifiant souvent leurs propres loisirs pour satisfaire ceux de leurs enfants.

?    Les plongeurs seniors

    Avec seulement 2 % de plongeurs de plus de 60 ans (6.800), la plongée ne traite qu?une infime partie du potentiel de retraités qui ne cesse d?augmenter, favorisé par l?augmentation de l?espérance de vie (82,9 ans chez les femmes ; 75,6 ans chez les hommes). Actuellement, 12 millions de français ont plus de 60 ans ; ils seront 23 millions en 2050, même si l?effet de la tranche d?âge des « baby-boomers » sera certainement conjoncturel.

    En meilleure condition physique après 60 ans, disposant de revenus suffisants pour assouvir leurs passions, les seniors revendiquent de continuer à pratiquer des activités sportives (30 % des 65-75 ans), surtout celles de pleine nature sans compétition, et consacrent environ 7 % de leur budget à leurs loisirs. L?adaptation des pratiques aux contraintes et particularités de cette population, mais aussi à leur rythme de vie et leurs aspirations, serait de nature à développer le nombre de plongeurs de manière conséquente.
    Au plan réglementaire, il n?existe d?ailleurs pas de limite d?âge supérieur, l?examen médical satisfaisant permettant d?établir l?aptitude à la pratique, quel que soit l?âge atteint.
Il est donc possible de considérer que le développement du nombre de pratiquants en plongée n?est pas terminé, et va continuer si les structures d?accueil sont capables de s?adapter à ces évolutions, et que les acteurs de la plongée parviennent à adopter de véritables synergies de développement et de
promotion.

            1.1.5.3 - Analyse des résistances à la pratique de la plongée en France

    Il est possible d?envisager les résistances sous deux angles, celui des plongeurs, qui met en avant des difficultés qui empêchent de débuter l?activité, ou provoquent l?arrêt ; puis celui des centres qui met en évidence des freins à la mise en place de la meilleure prestation de services en plongée.

?    La faiblesse de l?information du grand public

    En se centrant exclusivement sur son propre public, le secteur de la plongée risque d?épuiser ses ressources et de se retrouver en difficulté. Le décalage entre la population potentielle et le nombre de plongeurs réels, pourrait en partie être comblé par des démarches d?information tout public. Ainsi, les prestations de plongée devraient être mieux proposées dans les lieux classiques d?information touristique (résidences, hôtels, mairies, office du tourisme ?) mais aussi sur les lieux d?autres pratiques sportives (piscines, salles de sport, gymnases ?), dans les agences de voyages généralistes, les magasins de sport, les écoles, les institutions.
    Il serait également nécessaire de cibler les médias généralistes, mais aussi les évènementiels qui drainent le plus grand nombre de non-plongeurs, comme le Salon des Loisirs et des Vacances.

?    La complexité du contexte d?accueil

    Les plongeurs l?expriment fréquemment : ils n?y comprennent rien ! Entre la FFESSM, la FSGT, l?ANMP et le SNMP, les uns délivrant des brevets, les autres des attestations de qualifications ; et puis, il y a PADI, SSI et les autres qui existent mais sans exister vraiment ?
    Il faut cependant ajouter qu?à l?étranger ce n?est pas mieux, notamment en Europe, où le paysage est complètement éclaté (une soixantaine d?organismes de certifications différentes en Allemagne !).
    Il y a par ailleurs les associations et les professionnels, mais dans les fédérations, il y a des professionnels agréés, ailleurs, d?autres qui ne le sont pas? L?ANMP a des moniteurs qui travaillent aussi pour la fédération?
    Ici, ce sont des associations qui font du commerce. Là-bas, ce sont des professionnels qui se comportent en amateurs?
    A un endroit, le plongeur se forme, ailleurs on refuse de reconnaître ses prérogatives. Les niveaux 1 de plongeur sont identiques, mais pour les uns tout se passe en piscine, pour les autres, ce sera à la mer, et entre les deux, il y a les adeptes de la fosse ?
    Ce méli-mélo, pour un non-plongeur, se solde souvent par un abandon de l?activité et un transfert vers une autre, mieux structurée ou plus simple à appréhender. Si les organismes responsables veulent développer la plongée, il est sans doute nécessaire qu?ils acceptent de travailler en commun, et plus chacun dans son coin, en franc tireur, afin de simplifier l?organisation générale de l?activité.

?    Un environnement de la plongée parfois insatisfaisant

    Les plongeurs se plaignent souvent de divers désagréments qui les perturbent actuellement dans la plongée, en matière d?organisation. Sont ainsi cités : l?absence ou le piteux état des vestiaires ; les retards dans les départs et retours de bateaux ; les changements d?organisation sans prévenir ; le manque de chaleur et de communication avant et après la plongée ; l?état des équipements ; le « mauvais goût » de l?air ; l?impression de désorganisation générale ; les sorties toujours sur les mêmes sites ; la faiblesse des informations sur le milieu vivant (notamment avant la plongée). Autant de petites choses pas vraiment difficiles à modifier et qui pourraient contribuer à développer la plongée.

?    Une image de la plongée parfois fausse

    Beaucoup trop de non-plongeurs ont une fausse image de la plongée, parfois créée ou entretenue par les acteurs de l?activité eux-mêmes. Ainsi, il est courant d?entendre que la plongée est dangereuse, difficile, contraignante, réduite d?accès, réservée à une élite, pas à la portée de tous, très technique ?
    Pour d?autres, la plongée ne se pratique que l?été, ou dans les mers chaudes, et uniquement dans d?énormes aquariums vivants comme la Mer Rouge. Au final, beaucoup de non- plongeurs ont peur de cette activité et considèrent le milieu sous-marin comme hostile et étranger. Il y a fort à faire pour modifier cette image collective qui trouve son origine dans des peurs ancestrales, mais s?explique aussi par un déficit de communication du secteur, voir des comportements qui entretiennent ces croyances.

?    La concurrence de la vie familiale

    Dès que le plongeur est en couple, a fortiori s?il a des enfants, et que ni les uns ni les autres ne plongent, la concurrence, même non souhaitée et inconsciente s?engage. Chaque plongée est vécue par le cercle familial comme une absence, prolongée par la « lourdeur » temporelle de l?activité (difficile de s?échapper une heure pour plonger).
    C?est déjà vrai pour les soirées et le week-end, mais cela se complique encore pour les vacances. Choisir une destination plongée ou pas ? S?y rendre seul ou en famille ? Une partie des réponses à ces questions pourrait être trouvée, si les centres de plongée envisageaient de proposer des activités plus diversifiées ; que ce soit au sein de la plongée (apnée, randonnée subaquatique ?), d?autres activités nautiques (voile, planche, kayak ?) ou bien des activités
complètement différentes, mais localement aisées à mettre en ?uvre (randonnée pédestre, moyenne-montagne, escalade, VTT, tennis, golf ?).
    Ces pratiques peuvent être organisées par le centre lui même, ou bien sous-traitées avec des réceptifs locaux.

?    Le prix de la plongée

    Il pourrait être perçu comme un frein. Mais en réalité, lorsqu?il est considéré comme tel par le client, il peut y avoir deux raisons différentes expliquant cette même perception.
S?il s?agit d?une personne de faible revenu, effectivement le prix moyen de la plongée est trop élevé, surtout en structure professionnelle ; mais les véritables associations devraient pouvoir apporter une réponse adaptée, avec une plongée basée sur la mise en commun de moyens, les aides et les subventions, qui permettent de proposer un coût modéré.
    Soit il s?agit d?une personne d?un niveau de vie plus élevé, et c?est un problème d?image du produit. Cette personne considère que le produit est trop cher car elle n?en comprend pas bien le prix. Ce produit n?a peut être pas le niveau de qualité escompté et cette personne a été habituée à payer un prix modique pour la prestation de plongée, du fait de l?existence préalable du système associatif en France, avant l?émergence de l?organisation professionnelle et commerciale.
Pour les structures professionnelles, le problème du prix à payer se pose de façon plus problématique face aux clients déjà plongeurs qu?aux débutants, ceux-ci n?étant pas encore accoutumés aux tarifications pratiquées dans les structures associatives.
La même personne qui rechignera à payer son baptême de plongée au tarif actuel, n?hésitera pas à payer deux ou trois plus cher son baptême en parapente, en deltaplane ou cinq fois plus cher le saut en parachute.

1.2 QUI SONT LES PLONGEURS ETRANGERS EN FRANCE ?

    La structuration de ce chapitre a été élaborée en actualisant les données apportées par l?enquête de l?AFIT de 1997 déjà citée et en les croisant avec une vingtaine d?avis de professionnels de la plongée sous-marine de loisirs, responsables de centres de plongée ou connaissant de près le fonctionnement d?un nombre important de structures du fait de leurs activités professionnelles ou syndicales.

1.2.1 Présentation générale des plongeurs étrangers en France

1.2.1.1 - Origine

    Les plongeurs étrangers en France sont principalement issus des pays du nord de l?Europe, complétés par des Espagnols et des Italiens, davantage représentés respectivement dans le sud-ouest de la France pour les premiers, dans le sud-est et la Corse pour ces derniers.
    Les principaux pays d?origine cités sont l?Allemagne (principalement l?ancienne Allemagne de l?ouest), les Pays-bas, la Belgique, l?Angleterre, les pays nordiques (Danois, Finlandais et Suédois), la Suisse, l?Autriche, l?Italie et l?Espagne. On signale également, de manière encore très occasionnelle des Russes, Tchèques et Hongrois.
    L?enquête de l?AFIT évoque aussi les Etats-Unis d?Amérique. Elle classe dans l?ordre l?Allemagne, la Belgique, les Pays-bas et l?Angleterre (environ 65 % des plongeurs étrangers). Sans être réellement contradictoire, d?autres sources laissent penser que 50 % d?entre eux sont Allemands et Hollandais, Belges et Anglais constituant le second groupe. Il est toutefois possible qu?il y ait des variations significatives dans les destinations de plongée (cf. infra).

        1.2.1.2 - Effectif et répartition

    Un consensus semble s?établir pour considérer que la proportion de plongeurs étrangers en France est de l?ordre de 15 %, en moyenne, pourcentage pouvant parfois aller jusqu?à 20% dans certains centre, ce qui est important et ne peut en aucun cas être négligé par les professionnels de cette filière économique. Certains centres indiquent même : « le public étranger est indispensable à notre survie ».
    En valeur absolue, dans la mesure où l?on retient l?estimation actuelle du nombre de plongées en bouteille effectuée en France par an actuellement à environ deux millions, sur la base de 5 plongées en moyenne par an et par plongeur (hypothèse basse), les plongeurs étrangers en France seraient alors environ 60.000. Les tour-opérateurs estiment, pour leur part, les plongeurs français à environ 400.000 personnes. Le croisement avec le chapitre 1.1 de cette étude permet de penser que cette estimation de 60.000 plongeurs étrangers est assez plausible. Quoi qu?il en soit, le pourcentage de 15% semble partagé par les experts consultés.
    Les données de l?AFIT indiquaient une proportion de femmes dans ces plongeurs légèrement supérieure aux Françaises déclarant une pratique régulière (29 % au lieu de 25 %). La répartition par âge des plongeurs étrangers indique une extension assez homogène de l?âge de la pratique, comme en France, ce que confirment les experts interrogés.
    La répartition des plongeurs étrangers en France semble être devenue progressivement plus homogène et plus harmonieusement répartie qu?antérieurement, malgré quelques spécificités liées aux populations frontalières (Espagnols et Italiens), ou à une tradition d?implantation de résidences secondaires, un peu plus marquée dans le sud-ouest pour les Anglais, et le sud-est pour les Allemands.
    Toutefois certains centres méditerranéens signalent des modifications récentes par rapport à la moyenne des dix dernières années : l?arrivée de plus en plus de Slovènes, une augmentation des Italiens, mais une diminution des Allemands (majoritaires il y a dix ans) et des Anglais. Plusieurs explications peuvent être données pour la diminution du nombre de plongeurs allemands.
    Les plongeurs allemands se renouvelleraient peu et seraient donc vieillissants ; certains estiment aussi que leur pouvoir d?achat aurait baissé avec l?arrivée de l?euro et la réunification Est-Ouest ; ils s?orienteraient alors davantage vers des destinations plus attractives et/ou moins coûteuses : la Croatie ou l?Egypte, par exemple. « La France faisait rêver les Allemands dans les années 1970, ce n?est plus le cas maintenant ».
    S?agissant des centres atlantiques (Bretagne, notamment), certains centres signalent l?augmentation du nombre de plongeurs Belges, qui y acquièrent des résidences secondaires, en augmentation ces dernières années.

1.2.1.3 - Catégorie socio-professionnelle

    Les données de l?AFIT caractérisaient en 1997 les plongeurs étrangers comme issus en général d?une catégorie socio-professionnelle plus élevée que la moyenne des plongeurs français (57 % de cadres chez les plongeurs, et 72% de cadre comme chef de famille).
    Cela ne semble plus être aussi vrai maintenant, au dire des experts interrogés, ce que confirmerait le recours plus fréquent à des formules d?hébergement plus modestes.
    Des différences peuvent être faites pour le plongeur étranger individuel ou en groupe. Pour le plongeur individuel, la catégorie socio-professionnelle (CSP) est en moyenne légèrement supérieure à la moyenne française, même si elle a tendance à se rapprocher de la moyenne française.
    Mais la CSP du plongeur étranger qui vient en groupe à baissé par rapport au plongeur individuel. En effet certains centres (notamment méditerranéens) signalent la difficulté de plus en plus grande à faire venir des groupes étrangers, du fait des tarifs d?hébergement et de restauration, qui ne sont plus suffisamment compétitifs du fait de la flambée progressive des prix de l?hôtellerie.

1.2.1.4 - Moyens consacrés à la pratique

    Bien que la tendance soit plutôt à un rapprochement des CSP des plongeurs français et étrangers en France, les moyens financiers du plongeur étranger en France seraient encore supérieurs ou légèrement supérieurs. A titre illustratif, en 1997, il disposait d?un ordinateur de plongée plus fréquemment que les plongeurs « réguliers » français (qui déclarent 6 à 20 plongées par an). Toutefois cette différence s?efface de plus en plus actuellement.
    Les plongeurs étrangers auraient encore plus fréquemment recours à des hébergements en hôtels de catégorie supérieure que les français, mais cela ne devient plus vrai dans certaines zones géographiques.
    Bien que les chiffres disponibles datent un peu, les plongeurs étrangers en France semblent consacrer à la plongée, hors hébergement et transport, près du double de ce que consacrent les plongeurs «réguliers» français, et se rapprochent ainsi sensiblement des plongeurs « intensifs » français (plus de 20 plongées par an).
   
Par Michel CHAUVEAU - Publié dans : greps
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Vendredi 14 juillet 2006 5 14 /07 /Juil /2006 23:02
             ETUDE SOCIO-ECONOMIQUE RELATIVE 
                A LA PLONGEE SUBAQUATIQUE
                                     EN 2004/2005


MINISTÈRE DE LA JEUNESSE, DES SPORTS
ET DE LA VIE ASSOCIATIVE


Section Permanente du Comité Consultatif de l’Enseignement de la Plongée Subaquatique
Délégation à l’Emploi et aux Formations
Sous la coordination de Michel CHAUVEAU,
Inspecteur Principal, coordonnateur des brevets d’Etat « plongée »
Décembre 2005


PREFACE

    Les diplômes qui structurent actuellement la filière professionnelle de l’encadrement de la plongée subaquatique de loisir sont les brevets d’Etat d’éducateur sportif (BEES) à trois degrés, option plongée subaquatique. Ils sont la suite de diplômes antérieurs, créés à partir de 1957, la France ayant été le premier pays au monde à le faire. Dans la plongée, ces brevets d’Etat à trois degrés ont été mis en place effectivement à partir de 1976. Cette filière a
maintenant une trentaine d’année.
    Cela pourrait suffire à expliquer la nécessité de « rénover » maintenant cette filière, pour l’adapter aux besoins actuels et tenter d’y intégrer les principales évolutions envisageables à court et moyen termes.
    En effet, le moins que l’on puisse dire est que la plongée sous-marine a bien changé en trente ans, que ce soit :
  1. en nombre de pratiquants (55 000 plongeurs licenciés à la fédération française d’études et de sports sous-marin (FFESSM) en 1975, environ 340 000 pratiquants en 2004, dont 150 000 licenciés),
  2. en nombre de clubs (actuellement plus de 2 000, en augmentation),
  3. en nombre de structures ayant une activité commerciale (environ 350 en métropole ; elles « émergeaient » en 1975),
  4. en évolution des matériels, en confort et sécurité,
  5. en orientation vers une pratique de loisir accessible à toutes et tous, etc.
    Autre fait marquant, le plongeur est devenu un plongeur-voyageur. Une partie significative d’entre eux, 30 000 selon les voyagistes (ou « Tour-opérateurs ») va pratiquer son activité à l’étranger, principalement dans les mers chaudes (Mer-Rouge, Antilles, Océan Indien …), certains allant même s’y former et s’y qualifier. Ce phénomène s’est surtout développé à partir des années 1980.
    Parallèlement se sont créées dans le monde, surtout aux Etats-Unis, des agences commerciales de formation de plongeur et de moniteurs, qui se sont implantées avec succès dans de très nombreux pays.

    Le marché de l’emploi de la plongée subaquatique est donc devenu un marché mondial, d’autant plus que, pour des raisons climatiques, l’emploi permanent n’est pas majoritaire en France métropolitaine. Nombre des moniteurs qui s’y forment vont travailler à l’étranger, de manière occasionnelle ou permanente. ,Il n’en demeure pas moins que la France demeure aussi une « destination plongée » très intéressante et variée. Selon les zones géographiques, elle accueille 5 à 15 % de plongeurs étrangers.
    Il y a trente ans, quand le brevet d’Etat à trois degrés option plongée subaquatique a été mis ,en place, la représentation du métier, le « référentiel professionnel », comme on dirait ,maintenant, était encore assez floue, faute d’existence suffisante de cette réalité professionnelle, et de structures représentatives des partenaires sociaux, représentants des employeurs et des employés. Le premier syndicat de moniteur s’est créé justement à cette période (SNMP, syndicat national des moniteurs de plongée). Il sera suivi, quelques années après, par la création d’un second syndicat, l’association nationale des moniteurs de plongée (ANMP). Au début des années 2000 s’est créé le premier syndicat d’employeur, le syndicat national des employeurs de la plongée loisir (SNEPL).
    En 1975, marqué par les orientations pédagogiques tant du ministère chargé des sports que de la fédération délégataire, la FFESSM, le BEES 1er degré était un formateur, le BEES 2 ème degré, un formateur de formateur.     La FSGT (fédération sportive et gymnique du travail), fédération affinitaire multisports s’inspirait des mêmes modèles pédagogiques pour la structuration de ses diplômes de moniteurs.
    C’était nécessaire, mais le bagage de formation de ces moniteurs est devenu insuffisant quand leur activité professionnelle les a rendus responsables de structures commerciales, avec un budget à établir et gérer, beaucoup de matériel coûteux à acquérir, entretenir et amortir, une politique de communication et d’accueil de clientèle à assurer, des employés à recruter et manager, etc.
    Dans ce contexte, il était donc normal que ces acteurs de la plongée, partenaires sociaux mais aussi la fédération délégataire, qui est également employeuse, fassent des propositions au ministère chargé des sports des propositions pour mieux adapter cette filière professionnelle aux évolutions constatées et aux perspectives d’avenir. Le principe de cette rénovation était ,acquis, depuis quelques années, mais sur quelles bases précises ?
    En effet, dans ces domaines sportifs largement fondés sur l’activité bénévole, les études statistiques régulières et exhaustives manquent cruellement, les responsables consacrant l’essentiel de leur énergie au développement de leur activité, ce qui est compréhensible. Quand ces domaines ont des aspects commerciaux, les données chiffrées manquent souvent encore davantage, parce que ceux qui les détiennent considèrent que ce n’est pas dans leur intérêt de les rendre publiques. Le seul document existant sur ces registres est une enquête menée en 1997, donc déjà un peu ancienne, par l’Agence Française d’Ingénierie Touristique (AFIT). Néanmoins, sur certains points, ou pour certaines rubriques, les acteurs de la plongée considèrent ses résultats discutables, notamment pour ce qui est de l’effectif du panel de personnes interrogées.

    Il n’était pas raisonnable d’engager une réforme de cette filière professionnelle sans un « état des lieux » suffisant. La plongée subaquatique a l’avantage de disposer, depuis 1965, d’un comité consultatif réunissant un nombre important d’acteurs français, tant publics que privés. Depuis 1996 s’est constitué au sein de ce comité consultatif une section permanente, qui centre son travail sur le développement de la formation de la plongée de loisir. Elle réunit les structures déjà citées, et l’UCPA (union des centres de plein air), qui est un acteur important du développement de la plongée en France, et un employeur de moniteurs. Le secrétariat de cette section permanente est assurée les services du ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative (MJSVA) implantés en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, la direction régionale et le site d’Antibes du CREPS PACA, centre de ressources en la matière.
    Michel CHAUVEAU, inspecteur principal, coordonnateur de la plongée subaquatique au ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative (MJSVA) a proposé à cette section permanente, en juin 2004, de réaliser un « diagnostic partagé » et actualisé de la plongée subaquatique et de ses tendances, à partir du « regard croisé des experts » constituant cette section permanente.
    L’adhésion a été immédiate, le travail s’est réparti aisément sur un plan débattu collectivement, et, malgré la lourdeur de la tâche, les contributions ont été rassemblées en quelques mois. Il s’en est suivi un travail de mise en forme homogène, et une appropriation collective du document, qui vient de se terminer.
    Je tiens à exprimer à la section permanente et à son groupe de travail ma profonde gratitude pour cette réalisation. Connaissant les contraintes personnelles et professionnelles des uns et des autres, je mesure la forte implication qui a été nécessaire. Je remercie également à cette occasion les nombreux acteurs du milieu de la plongée, moniteurs, employeurs, formateurs, fabricants, vendeurs, voyagistes, journalistes, etc., qui ont bien voulu répondre aux enquêtes menées par ce groupe de travail.
    Malgré les qualités intrinsèques de ce travail, il ne faut pas se méprendre sur sa portée. Il ne s’agit en aucune manière d’une étude universitaire présentant des qualités d’exhaustivité, de rigueur et de fondements statistiques incontestables. Le groupe de travail n’avait pas les moyens de s’offrir cet appui, dans les délais qui étaient les siens. Mais rien n’empêche, si d’autres spécialistes s’intéressent à ce sujet, qu’ils reprennent et améliorent ce travail. Je n’y verrai que des avantages, et le MJSVA est prêt à leur apporter son concours.
    Il ne faudra donc pas s’émouvoir outre mesure de la relative imprécision de certaines données.
    Comme le disait Enstein, « tout ce qui est utile n’est pas nécessairement mesurable, tout ce qui est mesurable n’est pas nécessairement utile ». La méthodologie de ce travail ne prétend pas être scientifique. S’il fallait faire une analogie, elle serait plutôt de type médical, c’est un « diagnostic », mélange de connaissances avérées acquises progressivement et antérieurement, d’hypothèses et d’intuitions.
     Cette méthode est fondée sur le « regard croisé des experts ». On peut faire l’hypothèse qu’il est plus crédible que celui de « monsieur tout le monde », car ces experts disposent de l’expérience et de la distance nécessaire. Il n’est pas pour autant unanime, et c’est normal. Cela s’observe aussi en médecine. Bien que réalisées et publiées à l’initiative du MJSVA, les chiffres et données présentées ne constituent en aucune manière des éléments validés par ses soins. Ce sont ceux sur lesquels s’entendent en général les membres du groupe de travail.
    Pour l’essentiel « partagé », ce diagnostic n’est néanmoins pas fondé sur une « pensée unique », et, sur certains points il est fait mention de différences d’approches. L’objectif, faut-il le rappeler, était de faire un état des lieux du développement actuel et futur de la subaquatique suffisamment fondé et partagé pour s’entendre sur les principaux axes permettant d’améliorer sensiblement une nouvelle filière professionnelle. Je considère que cet objectif est atteint et les travaux de rénovation sont déjà largement engagés sur ces bases.
    Dans la mesure où l’objectif du travail est de tenter d’améliorer ce qui contribue au développement de la pratique, notamment son encadrement, il est logique et nécessaire que  l’analyse soit critique. A cet égard, cette étude peut parfois donner l’impression d’un tableau un peu sombre de la réalité, voire trop sombre. Cela a fait l’objet de débats internes, certains membres du comité de rédaction estimant, sans doute à juste titre, que la réalité ne correspondait pas à l’image que certains en donnaient, comme les difficultés, réelles ou supposées, de plonger en France pour un plongeur étranger, par exemple. Mais sans doute est-il utile qu’il y ait débat sur ces sujets, pour progresser. La forme du document pourra ainsi parfois surprendre le lecteur. C’est un travail juxtaposant des contributions individuelles, ce qui peut amener parfois à certaines redondances, mais c’est aussi un travail collectif, approprié par le groupe. Dans ces conditions, même s’il y a de larges convergences de vues sur la plupart des sujets, il n’y a pas unanimité sur tous, et le texte n’hésite pas à le mentionner.
    Par ailleurs ce type de document semble être actuellement encore le seul de son genre. Avec ces réserves méthodologiques, il a paru opportun au groupe de travail de le publier, pour l’information de toutes celles et ceux qui s’intéressent à la pratique et au développement de la plongée subaquatique de loisir, et par reconnaissance pour les nombreuses personnes qui ont bien voulu faire bénéficier le groupe de travail de ses connaissances et expériences.
    J’espère donc que ce document sera utile au développement de cette activité sportive, de nature et de loisir, et je remercie une nouvelle fois tous ceux qui y ont contribué.
Hervé SAVY
Délégué à l’Emploi et aux
Formations
MJSVA

Ont contribué à la réalisation de cette étude :

• Gérar ALTMAN (ANMP)
• Jean-Louis BLANCHARD (FFESSM)
• Patricia BRETON (MJSVA)
• Jean-Marc BRONER (FFESSM)
• René CAVALLO (DTN / FFESSM)
• Michel CHAUVEAU(MJSVA)
• Alain DELMAS (ANMP / FFESSM)
• Dominique DERAME (SNEPL)
• Christian FOUCRAS (SNMP)
• Valérie HOUCHARD (ANMP)
• Alain PONTY(MJSVA)
• Xavier SENDRA (UCPA)
• Patrick THIERY (MJSVA)
• Stéphane VINCENT (FSGT)

INTRODUCTION
Rappel historique

    A ses débuts, la plongée française a été essentiellement une activité développée par des  militaires et des industriels, notamment dans les périodes avant et après guerre (1939 - 1940). Ce développement a ensuite continué jusqu’aux plus belles heures de la plongée off-shore à vocation pétrolière, et des plongeurs au sein de corps constitués de l’armée française (années 80). Dans le même temps, quelques pionniers pratiquaient également la chasse sous-marine en apnée, et parfois la plongée en scaphandre, mais presque toujours dans un objectif de prédation (poissons, coquillages, amphores, vestiges d’épaves …).
    A partir des années 50, la plongée sportive et de loisir a commencé à se développer, essentiellement sous l’influx du « tout associatif », avec notamment la création de la Fédération Française d’Etude et de Sports Sous-Marins (FFESSM) en 1955 qui a vu son nombre de clubs et de licenciés augmenter de
façon constante et importante jusqu’en 1995.
    Dans les années 40/50, une autre fédération, la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), proposait également des activités de plongée, mais ces activités cessent en 1955 (création de la FFESSM), pour réapparaître plus tard (1960) ; la plongée est toujours restée un peu confidentielle au sein de cette fédération multisports affinitaire.
    Dans les années 60 à 70, l’offre a commencé à se diversifier avec les débuts du secteur professionnel ; c’est la création de deux organismes regroupant des moniteurs de plongée sous le statut de syndicat, en 1963 le Syndicat National des Moniteurs de Plongée (SNMP), puis, en 1972, l’Association Nationale des Moniteurs de Plongée (ANMP). A leurs débuts, les moniteurs professionnels continuent à promouvoir exclusivement les démarches fédérales. Par la suite, à compter de 1988 (SNMP), et de 1991 (ANMP), ces deux organismes développent leurs propres stratégies de formation et permettent à ceux de leurs moniteurs qui le souhaitent de devenir des acteurs indépendants de leur développement.
    Dès 1965 est créé un Comité Consultatif de l’Enseignement de la Plongée Subaquatique (CCEP instance de réflexion auprès du secrétaire d’Etat en charge des sports, associant la fédération délégataire et les organisations professionnelles avec d’autres institutions de la plongée française. En 1986, cette instance est remplacée par le Comité Consultatif de l’Enseignement Sportif de la Plongée Subaquatique (CCESPS), un comité consultatif composé des mêmes membres de droit, complété par la FSGT et l’Union des Centres de Plein Air (UCPA) qui a développé un important secteur plongée au sein de ses activités de plein air.
    En 1996, il est créée une section permanente du comité consultatif qui ne regroupe que les acteurs «loisir» (ANMP, FFESSM, FSGT, SNMP, UCPA), auxquels se joint, en 2000, un groupement d’employeurs du secteur, le Syndicat National des Entreprises de Plongée Loisirs (SNEPL). Cette section permanente est actuellement l’organe de réflexion et de consultation auprès du ministre en charge des sports.
    A ses débuts, sous l’influence du secteur associatif, la plongée française a d’abord évolué vers une pratique de loisirs à dominante plus contemplative, mais en restant une activité axée sur l’encadrement bénévole et l’incitation à devenir encadrant, ce qui a conduit à exiger un haut niveau de technicité, même pour les plongeurs débutants.
    Dans les années 80, en partie à cause de la multiplicité de l’offre (associative et professionnelle) mais ,aussi d’un engouement certain pour la plongée, le nombre des pratiquants a augmenté très fortement.
    Dans le même temps, le nombre de magasins de plongée spécialisés augmente également. Certains observateurs attribuent ces phénomènes au seul effet « Grand Bleu», mais ils sont probablement plus complexes à analyser. Il est possible d’envisager les effets cumulés des circonstances économiques favorables, l’avènement des loisirs sportifs, la valorisation des activités de pleine nature, le développement du voyage-plongée, et surtout les avancées technologiques du matériel (manomètre, gilet, ordinateur, détendeur de secours « octopus » …).

    Dans cette période et par la suite, un glissement s’est opéré vers des pratiques plus ludiques, moins exigeantes, accessibles à un plus large public. Même s’il subsiste aujourd’hui une composante technique assez marquée dans l’offre de formation, elle s’est atténuée, et plus de 67 % des plongeurs se contentent du premier niveau de pratique (niveau 1, ou N 1).
    Par ailleurs, depuis le début des années 90, la plongée française a vu se développer différentes pratiques nouvelles. Les unes, en partie exportées des pratiques militaires ou industrielles (plongée avec matériel technique ou mélange respirable particulier : plongée « tek », au nitrox, au trimix, avec un recycleur, etc.), les autres très axées sur les concepts de balade, d’environnement, d’écologie et d’économie durable (randonnée subaquatique en apnée par exemple).

    La spécificité française de la plongée s’exprime également au travers de deux particularités :

•    Le contexte juridique, omniprésent depuis les années 1960, qui encadre les activités organisées en collectivité, en fixant notamment des niveaux de qualifications de plongeurs et de moniteurs, ainsi que des règles d’évolution et d’encadrement.

•    Le concept de recherche d’une « autonomie partagée » qui bannit la plongée en solitaire, et permet au plongeur, en fonction de son niveau de qualification, d’évoluer avec un encadrant (guide de palanquée, ou en compagnie d’autres plongeurs de même niveau (« en autonomie »).

    Ce concept n’est pas uniquement français, toutefois, et est assez largement généralisé, bien qu’on puisse observer actuellement sa remise en cause, aux Etats-Unis, à la suite d’accidents liés à des binômes de niveaux trop hétérogènes.

I - LA DEMANDE – Etat et tendances

    1.1 QUI SONT LES PLONGEURS FRANÇAIS ? Evolutions

        1.1.1 - La typologie des pratiques

Les pratiques actuelles en plongée de loisir peuvent se décliner en quatre familles :

1- Activités de plongée exploration en scaphandre : comprend les pratiques contemplatives dites « d’exploration » ou des activités dérivées (photographie, vidéo, biologie), en plongée à l’air ou au nitrox, en scaphandre ouvert ou recycleur semi-fermé.

2- Activités de plongée de loisir en apnée : comprend la pratique de la pêche sous-marine (hors compétition), la randonnée subaquatique, la promenade en surface avec palmes, masque et tuba (PMT), pouvant inclure de courtes incursions en apnée, sans but de prédation ni de compétition.

3- Activités compétitives en plongée : comprend des pratiques dans lesquelles des compétitions sont organisées, que ce soit en apnée (pêche sous-marine, hockey subaquatique, nage avec palmes, records d’apnée, tir sur cible), ou en scaphandre (orientation subaquatique, photographie, vidéo).

4- Activités de plongée particulière en scaphandre : comprend des pratiques utilisant la plongée comme un moyen d’atteindre un objectif particulier, et mettant en œuvre des techniques et/ou des matériels spécifiques, comme les facettes subaquatiques de la spéléologie, et de l’archéologie ou la plongée tek (héliox, trimix, recycleur fermé…).

Pour chacune de ces familles, il est possible de décliner des sous-familles sous la forme de secteurs d’activités :
•    Pour les familles 1, 2 et 4 : il apparaît clairement le secteur de la formation, et celui de l’organisation des activités d’évolutions encadrées ou autonomes.
•    Pour la famille 3, il apparaît les secteurs de l’apprentissage, de l’entraînement et de l’organisation des compétitions.
•    Pour l’ensemble des familles, il est possible de repérer des pratiques en bassins (piscines et fosses), et d’autres en mer, ou en structures de plein air plus ou moins aménagées (lacs et carrières par ex.).

    Les centres de plongée proposent tout ou partie de ces familles et secteurs, et peuvent parfois se spécialiser dans l’un, ou plusieurs d’entre eux. De même, la clientèle peut venir dans un centre pour chercher l’ensemble des activités d’une famille de pratiques, ou simplement demander l’un des secteurs d’une des familles, même si la structure propose l’ensemble (exemple fréquent : se former dans un centre et aller plonger en exploration dans un ou plusieurs autres). Dans cette étude, il a donc été choisi de ne pas différencier les sous-familles, d’autant que dans d’autres parties de l’étude, comme l’offre, ou la localisation géographique, ces paramètres apparaîtront.

    1.1.2 - L’estimation du nombre de plongeurs français

        1.1.2.1 - Estimation globale

    En croisant plusieurs sources d’information, il est possible d’estimer annuellement à environ 340.000 le nombre des plongeurs de nationalité française qui pratiquent les diverses activités de la plongée de loisirs. Ces pratiquants seraient répartis selon la ventilation suivante :

•    47 % de licenciés fédéraux (160.000)
•    34 % de clients des moniteurs professionnels (115.000)
•    3 % de clients directs des voyagistes spécialisés en plongée (10.000)
•    16 % de pratiquants « hors structure » (55.000).

            1.1.2.2 - Effectifs et répartition des plongeurs licenciés en 2004

    Environ 160.000 plongeurs sont licenciés auprès des deux fédérations françaises habilitées ; ils se répartissent à 93 % au sein de la fédération délégataire, la FFESSM (150.000 licenciés), et 7 % au sein de la fédération multisports affinitaire FSGT (environ 10.000 plongeurs). Il est assez difficile d’avoir des données statistiques dans cette dernière fédération, car la licence permet de pratiquer de multiples activités.
    A la FFESSM, les plongeurs licenciés se répartissent dans 2.210 structures (2.089 clubs associatifs et 121 structures commerciales agrées ou SCA). Environ 45 % des plongeurs fédéraux sont licenciés dans des régions de l’intérieur des terres (sans façade maritime), avec plus de 20 % en région Ile-de-France et Picardie.
    Les licenciés maritimes se répartissent principalement à 25 % sur les seules côtes méditerranéennes,17 % sur la façade atlantique et 6 % dans les DOM-COM. A la FSGT, 73 clubs revendiquent de proposer la plongée dans le panel de leurs activités.
    La FFESSM annonce un taux de renouvellement annuel d’environ 25 % de son effectif, qui peut s’expliquer, en partie, par le caractère formateur de ses activités (30 % environ des licenciés obtiennent un brevet en 2004). Une fois formés, ces plongeurs ne renouvelleraient pas leur adhésion à un club et iraient plonger dans une structure commerciale, à l’étranger, ou par leurs propres moyens.

            1.1.2.3 - Evolution des plongeurs licenciés

    Après avoir toujours été en augmentation progressive depuis environ 45 ans, les chiffres des licenciés fédéraux FFESSM peuvent être considérés comme stables en moyenne sur 5 ans (aux alentours de 152.000 licenciés), avec tout de même une légère érosion sur 10 ans (154.000 licenciés en 1995, et 150.000 en 2004). (Source : Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins – FFESSM)
    Au niveau du nombre de structures, l’augmentation est nette sur 5 ans (+ 81 structures : 44 associatives et 41 SCA), ce qui peut laisser penser qu’il y a une relative érosion du nombre de pratiquants dans les structures existantes, compensée en valeur absolue de licenciés par la création d’un plus grand nombre de nouveaux clubs. Dans cette période, la répartition des licenciés sur les différentes régions est relativement stable, de même que la répartition géographique des clubs. Cette  tendance est également perceptible à la FSGT, avec une augmentation des structures d’accueil - associatives de 30 % sur trois ans (2002 à 2004 : + 16 clubs), mais une diminution sensible sur la même période des brevets de plongeur délivrés (moins 15 % de brevets).
    De 1985 à 1995, la FFESSM avait vécu une période de très forte progression (de 80.000 à 154.000 licenciés), pour atteindre son «pic historique» en 1998 (156.700 licenciés). Dans cette même période, les structures fédérales étaient certainement celles qui proposait l’offre principale de formation et de pratique, et peut-être le taux de renouvellement annuel était-il moins important.
    En effet, le cursus de formation du SNMP a été créé en 1988, et celui de l’ANMP en 1991.
    Depuis 1990, d’autres acteurs (essentiellement les organismes professionnels, mais aussi les voyagistes) sont présents au niveau de l’offre, avec une démarche résolument axée sur la pratique« tout public », ce qui a dû contribuer à diluer l’impact des fédérations sur l’ensemble du paysage de la plongée française.

        1.1.2.4 - Effectifs et répartition des plongeurs non licenciés en 2004

    Il est possible d’estimer à environ 180.000 le nombre de plongeurs réguliers non-licenciés, même s’ils ne peuvent pas être comptabilisés de manière aussi précise et détaillée que les licenciés fédéraux. Il se répartissent de la manière suivante :

•    Les plongeurs spécifiques aux structures professionnelles non fédérales peuvent être estimés annuellement à environ 115.000.
•    Les plongeurs non-licenciés qui pratiquent sous la responsabilité des moniteurs du principal syndicat professionnel, l’ANMP, étaient environ 100.000 en 2004.
•    Ceux qui pratiquent exclusivement avec d’autres organismes professionnels peuvent être estimés à environ 15.000 plongeurs (6.500 pour le SNMP, 8.000 pour la Professionnal Association of Diving Instructors (PADI), organisme d’origine nord-américaine présent sur le marché français, comme Scuba Schools International (SSI), avec 500 plongeurs).
•    Au niveau des voyages spécifiques plongée, il peut être estimé qu’un voyageur sur trois ne pratique que sur son lieu de séjour et n’est donc pas déjà comptabilisé dans un des organismes fédéral ou professionnel ; soit environ 10.000 plongeurs supplémentaires annuels en ajoutant les données fournies par les tour-opérateurs spécialisés en plongée, et celles des voyagistes classiques qui proposent des destinations propices à la pratique de la plongée.
•    Les plongeurs véritablement « hors-structure » peuvent être estimés à environ 55.000 personnes. 15.000 doivent être des plongeurs formés durant les vingt cinq dernières années, tant par les fédérations que par les organismes professionnels, et qui continuent à pratiquer seuls, ou en cercle restreint, avec leur matériel personnel et leur propre support nautique. 5.000 doivent être des chasseurs sous-marins très occasionnels et ceux qui obtiennent un certificat directement auprès des autorités maritimes, sans être licenciés d’une fédération. 35.000 doivent être des pratiquants plus ou moins réguliers d’activités de promenade de surface ou d’apnée petite profondeur durant les périodes estivales, essentiellement avec du petit matériel (PMT) et sans activité de prédation.

            1.1.2.5 - Evolution des plongeurs non licenciés

    A l’inverse du secteur fédéral, le chiffre des plongeurs qui évoluent dans ce dispositif est en constante progression.
    A l’ANMP (55 % de ces plongeurs), les estimations de chiffres sont en progression de plus de 40 % sur cinq ans (2000 à 2005). Cette progression est confirmée par l’ensemble des indicateurs collectés au sein de cet organisme (cotisations de moniteurs, assurances prof., délivrance diplômes, ventes de fournitures pédagogiques, enquêtes …). Chez les voyagistes, cette progression est également sensible.

        1.1.2.6 - Les autres usagers du « palmes – masque – tuba » (PMT)

    Dans cette étude n’ont pas été comptabilisés les adeptes de la nage d’entretien avec PMT en surface, en mer ou en piscine, qui pourraient venir se rajouter à ces effectifs. Mais il reste à prouver qu’il soit intéressant de les comptabiliser parmi les plongeurs. Ils pourraient être estimés à environ 800.000 personnes, sur la base du nombre total de « pack PMT » vendus en moyenne annuellement (près d’un million).
Si l’on ajoute ces « usagers de PMT » (800.000), aux plongeurs français (340.000) et aux plongeurs étrangers (60.000), il est possible de comptabiliser les pratiquants au sens le plus large à environ 1,2 millions de personnes par an.

    1.1.3 - La formation du plongeur français

        1.1.3.1 - Typologie des qualifications délivrées en France

    La délivrance des qualifications de plongeur en France est soumise à quatre niveaux de contraintes fixées par le législateur, au travers des arrêtés spécifiques applicables aux établissements d’activité physique ou sportive (APS) qui accueillent des plongeurs :

•    La possession d’un niveau de qualification reconnu par les textes est obligatoire pour pratiquer, en dehors des actions de baptêmes et d’évolutions encadrées en petite profondeur.
•    Il est défini quatre niveaux de plongeurs à l’air, auxquels correspondent des prérogatives d’évolution et d’accès à l’autonomie partagée.
•    D’autres qualifications de plongeurs aux mélanges doivent se rajouter à celles de plongeurs à l’air pour permettre d’accéder à ces pratiques particulières.
•    Par principe réglementaire (depuis 1988), toutes ces qualifications de plongeurs doivent être délivrées exclusivement sous la tutelle d’un des organismes membres de droit du comité consultatif. Actuellement, seuls quatre de ces organismes ont structuré un cursus de formation et délivrent des qualifications : deux fédérations (FFESSM et FSGT) et deux syndicats (ANMP et SNMP). Les quatre niveaux de plongeur à l’air se répartissent comme suit :

    Le niveau 1 de plongeur : évolution en exploration, en palanquée de 1 à 4 plongeurs de même niveau, encadrés par un guide de palanquée, dans la zone 0 à 20 m.
    Le niveau 2 de plongeur : évolution en exploration, en palanquée de 1 à 4 plongeurs de même niveau, encadrés par un guide de palanquée, dans la zone 0 à 40 m, ou en autonomie partagée avec 1 ou 2 autres plongeurs de même niveau dans la zone de 0 à 20 mètres.
    Le niveau 3 de plongeur : évolution en exploration en autonomie partagée avec 1 ou 2 autres plongeurs de même niveau dans la zone de 0 à 60 m, avec possibilité d’organiser sa propre immersion.
Le niveau 4 de plongeur : idem niveau 3, plus encadrement en exploration de palanquées composées de 1 à 4 plongeurs de niveau débutant, 1 ou 2, dans la zone 0 à 40 m, en qualité de guide de palanquée.

    Chacun des organismes de formation habilités délivre ces quatre niveaux de plongeurs à l’air, qui ont les mêmes prérogatives. Les brevets délivrés par la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques (CMAS), organisés sous la forme de brevets de 1 à 3 étoiles, sont également reconnus équivalents en termes de prérogatives d’évolution.

    L’ANMP, pour internationaliser ses qualifications a créé en 1991 le European Cometee of Professionnal Diving Instructors (CEDIP) qui regroupe aujourd’hui les organisations professionnelles de 12 pays européens. Hors France, les certifications du réseau CEDIP sont reconnues dans le monde entier. Toutefois, les brevets de plongeurs de 1 à 3 étoiles délivrés par les membres du CEDIP autres que l’ANMP n’ont pas de reconnaissance juridique en France. La FFESSM, quant à elle, délivre directement ces cartes double-face FFESSM / CMAS, qui lui permettent immédiatement une  internationalisation de ses brevets ; de plus, se développent à l’étranger des structures qui adhèrent directement à la FFESSM.
    Par ailleurs, quatre organismes habilités français (FFESSM, FSGT, ANMP et SNMP) délivrent également des qualifications de plongeurs aux mélanges selon les principes établis par le texte correspondant ; deux niveaux de plongeur respirant du nitrox, et deux niveaux de plongeur respirant du trimix. Ils délivrent également des certificats de spécialisation portant sur divers thèmes, mais n’ayant aucune obligation réglementaire, ni cadre juridique (plongée épave, profonde, sous glace, recycleur …).

    Des qualifications sont également délivrées en France sous la tutelle d’autres organismes, notamment anglo-saxons (PADI, SSI …), mais ces titres ne sont pas reconnus par l’arrêté du 22 juin 1998 ; ils se rajoutent la plupart du temps aux qualifications de plongeurs français, ou bien concernent des personnes qui ne vont plonger qu’à l’étranger, en zone d’influence nord-américaine. Ces titres sont difficiles à comparer aux niveaux français car les cursus ne sont pas organisés sur les mêmes principes (deux niveaux de plongeur et de nombreuses spécialisations). Cependant la plupart des organismes membres de la section permanente du comité consultatif de l’enseignement sportif de la plongée subaquatique ont développé des systèmes de passerelles (à ne pas confondre avec les systèmes d’équivalence) par accords bilatéraux avec certains des organismes anglo-saxons.

            1.1.3.2 - Nombre de qualifications délivrées en France

    Il faut dissocier les différents types de qualifications délivrées, en fonction de leur caractère légal ou pas. Au total, environ 70.000 qualifications de plongeurs sont délivrées en France tous les ans.

        1.1.3.2.1 - Les qualifications de plongeurs à l’air en 2004

      En 2004, 64.000 qualifications de plongeurs à l’air ont été délivrées en France. Elles se répartissent entre 59.000 qualifications françaises de niveaux 1 à 4 (93 %), et 5.000 brevets d’organismes étrangers présents en France (7 %).
    Les 59.000 qualifications françaises ont été délivrées en majorité par la FFESSM (41.176, soit 69 %), puis par l’ANMP (17.627 soit 30 %) et la FSGT (213 soit 1 %).

La répartition moyenne par niveaux, tous organismes confondus, est ainsi établie :
•    67 % de niveaux 1 (N 1)
•    22 % de niveaux 2 (N 2)
•    8,5 % de niveaux 3 (N 3)
•    2,5 % de niveau 4 (N 4).

Cette répartition varie très sensiblement d’un organisme à un autre ; ainsi à la FFESSM, le ratio entre les 4 niveaux est de :
•    64 % N 1
•    24 % N 2
•    9 % N 3
•    3 % N 4.

Alors qu’à l’ANMP, il devient :
•    76 % N 1
•    17 % N 2
•    6 % N 3
•    1 % N 4.

    Il apparaît que les niveaux de pratique sont mieux répartis dans le milieu fédéral, que chez les professionnels qui réalisent 93 % de leur chiffre d’affaires de formation avec les deux premiers niveaux de plongeur (au lieu de 88 % dans les fédérations). Cette tendance peut s’expliquer par l’incitation à devenir encadrant bénévole dans le secteur fédéral, alors que les professionnels qui cherchent à fidéliser leurs clients ne les incitent pas systématiquement à devenir autonomes en matière d’organisation de leur plongée.
    Les 5.000 qualifications étrangères sont délivrées essentiellement selon les standards de PADI (4.680) et de SSI (250). La moitié environ sont des qualifications de plongeurs de premier et deuxième niveaux (36 % et 22 %), puis les autres concernent des compétences de plongeur-sauveteur (17 %), ou de guide de palanquée (25 %).

        1.1.3.2.2 - Les évolutions des qualifications de plongeurs à l’air

    En moyenne, sur 5 ans, de 2000 à 2004, la délivrance des qualifications se situe aux environs de 63.300 par an, avec 59.400 qualifications françaises de niveau 1 à 4, et 3.950 qualifications étrangères.
    Par contre, sur les variations annuelles des qualifications françaises de niveaux 1 à 4, il faut noter que si de 2000 à 2004 le chiffre total a augmenté de 4.000, les qualifications délivrées par la FFESSM ont chuté de 2.500 (- 6 %), alors que celles délivrées par l’ANMP augmentaient de 6.500 (+ 59 %) sur la même période. Cette tendance renforce celle observée en matière de variation du nombre de pratiquants et de leur répartition dans les différents secteurs associatifs et professionnels.
    La délivrance des brevets des organismes nord-américains a également progressé et a presque doublé entre 2001 et 2004, même s’il reste confidentiel (7 % du marché total de la formation), notamment à  cause de l’inadéquation du cursus avec le cadre juridique français.

            1.1.3.2.3 - Les qualifications de plongeurs aux mélanges

    En 2004, 2.000 qualifications de mélanges autres que l’air (nitrox, trimix) ont été délivrées. La plupart de ces qualifications sont délivrées par la FFESSM (1.582 soit 79 %), les autres par l’ANMP (259 soit 13 %) et divers organismes spécialisés non reconnus officiellement (159 soit 8 %).
    Les qualifications de plongée au nitrox représentent 97 % (1.940) de l’ensemble, et celles concernant le trimix à peine 3 % (60). Cette proportion est logique car l’utilisation du mélange respiratoire nitrox est peu technique et vise à rendre plus sécurisée la plongée exploration dans les profondeurs inférieures à 40 mètres ; il peut donc intéresser le plus grand nombre. Le mélange trimix qui concerne des plongeurs souhaitant évoluer au delà de 60 m, est beaucoup plus technique à mettre en œuvre et reste un peu confidentiel.

        1.1.3.3 - Formation des plongeurs français à l’étranger

    Le nombre de plongeurs français qui se forment tous les ans dans des structures situées à l’étranger est difficile à comptabiliser. Il est possible de prendre en compte les chiffres annoncés par les voyagistes spécialisés en plongée, pour la fraction de plongeurs qui se forment directement sur leurs lieux de pratique en suivant des cursus autres que français (environ 3.000 personnes par an).
    Le nombre de personnes supplémentaires qui se déplacent avec des voyagistes non spécialisés et se forment en achetant la prestation directement sur place peut être estimé à environ 1.500 personnes par an, ce qui porte à environ 4.500 personnes par an, le nombre de qualifications étrangères délivrées à des ressortissants français. Ces qualifications semblent être majoritairement délivrées selon les standards RSTC, encore que les centres de plongée de la confédération mondiale des activités subaquatiques (CMAS), dont le plus bel exemple est le Club Méditerranée, certifie de façon alternative suivant les standards CMAS. Enfin, dans les centres situés à l’étranger et qui sont conventionnés avec la FFESSM via Plongée France, il s’agit de certification FFESSM directe. Il convient de noter aussi un nombre important de certifications ANMP / CEDIP délivrées par les moniteurs français dans les centres du réseau ANMP / CEDIP à l’étranger.

1.1.4 - Le plongeur français et ses pratiques

1.1.4.1 - Répartition par sexe

    En 2004, sur la base des chiffres fournis par la FFESSM et l’ANMP (2000 à 2004), la population des plongeurs français était estimée à 70 % d’hommes pour 30 % de femmes, alors que les statistiques nationales de 2001 indiquaient une moyenne de 48 % de pratiquantes dans l’ensemble des disciplines sportives confondues.
    Selon la même enquête, la plongée se situerait, en ce domaine, au niveau du karaté, du judo, du tennis de table et du cyclotourisme. Pratiquement toutes les activités de pleine nature ont une proportion de femmes supérieure.
        Au niveau des qualifications de plongeur, la tendance se vérifie, avec exactement la même proportion à la FFESSM et à l’ANMP : 68 % d’hommes et 32 % de femmes.     Ce qui pourrait laisser penser que les femmes obtiennent légèrement plus de qualifications de plongeur que les hommes, mais qu’elles se
satisfont plus facilement des premiers niveaux (elles représentent 41 % des niveaux 1 et 14 % des niveaux 4).
    Au niveau des brevets de moniteurs, la proportion d’hommes devient encore plus prédominante avec 89 % pour les brevets de moniteurs fédéraux, 83 % pour les BEES et 88 % parmi les membres de l’ANMP.
    La comparaison avec les chiffres nationaux sur la pratique sportive des femmes, notamment une enquête de 2002, démontre que 70 % de femmes déclarent pratiquer de manière plus ou moins régulière une activité sportive (80 % pour les hommes), alors qu’elles étaient seulement 45 % en 1995 (62 % pour les hommes). Elles seraient aujourd’hui 21 millions de pratiquantes, avec une prédilection pour les activités de pleine nature et d’évasion : dans l’ordre décroissant, les plus citées sont la marche, la randonnée pédestre, la natation, le vélo, le VTT, la gymnastique, l’aérobic et le ski alpin.
    Il faut également noter qu’en équitation, une autre pratique de pleine nature, les femmes sont majoritaires (60%). En moyenne, elle pratiqueraient moins le « zapping » des pratiques, avec une moyenne de 2,6 activités différentes par an (pour 3,4 chez les hommes).

1.1.4.2 - Répartition par âge

    Toujours sur la base des chiffres de l’ANMP et des licenciés fédéraux FFESSM, il apparaît qu’en moyenne les plongeurs sont 88 % d’adultes pour 12 % d’enfants de moins de 16 ans (licence cadet à la FFESSM) avec un âge moyen du plongeur qui peut être estimé à 32 ans.

    La répartition par tranche d’âge en 2004 est la suivante :

•    0 à 20 ans : 21 % (18,67 % en 2002)
•    21 à 30 ans : 23 % (21 ,51 % en 2002)
•    31 à 40 ans : 29 % (28,79 % en 2002)
•    41 à 60 ans : 25 % (29 % en 2002)
•    + de 60 ans : 2 %

    A la FFESSM, la tranche des 0 à 20 ans se décompose en 2004 entre 1,8 % de 8/10 ans, 8,5 % de 11/15 ans et 11 % de 16/20 ans. En analysant les variations sur les 6 dernières années, il apparaît que les tranches les plus jeunes ont quelques difficultés à se développer et les plus élevées ont tendance à augmenter.
    Ces indicateurs, ajoutés au fait que la tranche 31 à 60 ans représente entre 55 et 60 % (59 % en 2002) des plongeurs, confirment que la population des pratiquants a tendance à « vieillir ».

            1.1.4.3 - Catégorie socio-professionnelle et autres informations

    Les données actualisées exploitables font cruellement défaut dans ce domaine. Il est toutefois possible d’exploiter deux sources qui datent un peu mais doivent rester en partie d’actualité.
    Selon l’enquête de l’Agence Française de l’Ingénierie Touristique (AFIT) de 1997, les catégories socio-professionnelles concernées par la pratique de la plongée serait centrées sur les cadres supérieurs, professions libérales, artisans et commerçants, surtout pour les plongeurs en scaphandre, et un peu mieux réparties pour les activités en PMT. Le plongeur moyen vivrait en région parisienne ou méditerranéenne, dans une ville de 100.000 habitants et plus.

Par Michel CHAUVEAU - Publié dans : greps
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Samedi 8 juillet 2006 6 08 /07 /Juil /2006 23:11
PENSER LA VIOLENCE EN SCIENCES SOCIALES


Jean-François Loudcher
EA 2273, Université de Franche-Comté
(France)

INTRODUCTION


    Penser la violence en sciences sociales du sport est un thème important à aborder au

regard des différentes formes qu’il peut prendre. Depuis le hooliganisme, jusqu’à l’agression, autorisée ou non, en passant par les formes plus symboliques que sont les insultes et autres gestes obscènes, peut-on produire une théorie globale de la violence qui nous aide à comprendre comment cette notion évolue et se transforme dans le cas du sport ? De plus, la violence sportive n’est-elle pas liée fortement à la société qui la produit ? Dès lors, comment les sciences sociales du sport peuvent nous permettre de réfléchir à cette notion dans le cadre plus vaste de l’évolution de la civilisation occidentale ?
   
    Dans ce but, il semble qu’une réelle réflexion doive tenir compte du problème de la

définition de la violence. En effet, le domaine des sciences sociales n’est pas très propice à la définition précise de cette notion puisque, à chaque groupe social, à chaque époque, correspondrait une expression différente de la violence. Etre considéré comme violent au XVIIIème siècle n’est certes pas la même chose qu’au XXème siècle. Mais alors, comment étudier cette notion et produire de réelles connaissances si l’objet n’est pas cerné ? Plus encore, comment prendre en compte les différents niveaux et processus de la violence ?
    Bien sûr, ce texte n’a pas pour ambition de résoudre l’ensemble de ces questions. Il a juste pour objet d’évoquer quelques pistes pour étudier la violence en sport d’un point de vue sociologique et historique.

1.REFLEXIONS SUR DEFINITION DE LA VIOLENCE


    Les définitions habituelles de la violence sont souvent liées à la notion d’intégrité
qu’elle soit d’ordre psychologique ou physique, c’est-à-dire lorsque le corps ou l’esprit est altéré. Mais est-ce que cette approche peut réellement contenter l’historien ou même le sociologue ? Certes, elle permet d’aborder certaines des conditions qui ont conduit à augmenter ou à diminuer la violence, que ce soit dans les tribunes ou sur le terrain de football, à partir d’une prise en compte du nombre de blessés, voire de morts. De plus, la notion d’intégrité s’accorde au niveau le plus commun de la théorie de Norbert Elias qui, postulant un procès de civilisation en marche depuis le XVIème siècle en Occident, envisagerait une diminution de la violence grâce à la mise en place de l’Etat.
    Mais les barbaries étatisées, nazies, cambodgiennes ou staliniennes du XXème siècle ne contredisent-elles pas une telle théorie ? Bien sûr, on peut évoquer le fait que ces régimes soient totalitaires. Mais n’est-ce pas la notion d’intégrité qui empêche de «penser» réellement de telles exactions ? La distinction entre actes violents et moins violents comme les contraintes psychologiques mises en place par certaines institutions d’Etats non forcément totalitaires (hôpitaux, écoles, prisons) est parfois peu aisée.
    Les manipulations biologiques des
nageuses est-allemandes peuvent-elles faire partie des cas de violences étatiques ?

De même, les difficultés des tennismen français
à se qualifier pour les finales de Roland Garros en 2005
révèleraient, pour le consultant psychologique de la Fédération Française de Tennis
Makis
Chamalidis,
une pression psychologique mal supportée par ces jeunes joueurs contrairement,
à leurs homologues Suisses, Espagnols ou Américains
faisant preuve de plus
«d’anticonformisme».

    Le système de sélection et d’entraînement fédéral national trop pesant
serait responsable de ces échecs car il imposerait les structures lourdes et étatiques du mouvement sportif français. Or, comment savoir si ces joueurs reçoivent ou non ces impositions comme une violence étatique ? Il est donc difficile d’objectiver, pour un historien ou un sociologue, l’altération physique ou mentale et faire la différence entre un phénomène de contraintes et de violences. Plus encore, mesurer la violence et appréhender le moment où un Etat devient totalitaire est un exercice délicat.
   
    En réalité, cette notion d’intégrité semble plus répondre à une logique comptable et
institutionnelle pouvant même empêcher l’historien du sport de penser la violence. Par exemple, en Angleterre, la première réglementation concernant la boxe à poings nus, proposée par Jack Broughton en 1743, peut être vue à priori comme une régulation destinée à diminuer la violence de l’affrontement alors qu’elle est essentiellement mise en place pour permettre aux parieurs et boxeurs de ne pas être spoliés. Et si l’historien envisage l’idée que cette réglementation a pour but de préserver l’intégrité des boxeurs, il ne peut appréhender la dynamique de cette société dans laquelle la violence fait partie intégrante de la vie quotidienne, ainsi que les modifications sociales importantes qui apparaissent accompagnant l’émergence des Past-Times sportifs à la fin du XVIIIIème siècle.

    La notion d’intégrité rend donc difficile la prise en compte de la violence sur le plan
des sciences sociales car elle ne fournit pas une réelle ligne de partage entre actes violents et non violents qui permettait, de plus, de désigner facilement les Etats, groupes ou sociétés, totalitaires ou non.

    Dès lors, peut-on penser la violence en sport à partir de la notion de
régulation et d’auto-contraintes comme le propose Norbert Elias ?

2. LA THEORIE DE NORBERT ELIAS

    2.1. Processus de civilisation et auto-contraintes


    Bien que la théorie du sociologue allemand soit parfois discutée (en particulier, vis-à-
vis de la nudité corporelle qui ne serait pas aussi répandue), elle n’est pas fondamentalement remise en cause. L’auteur évoque un phénomène global de diminution de la violence en même temps que la mise en oeuvre de processus liés à son fonctionnement. Il décrit ainsi, parallèlement à ce procès de civilisation, une lente montée de l’auto-contrainte qui se manifeste dans les comportements habituels tels que le sexe, la défécation, le fait de se tenir à table et, bien sûr, le sport.
    Le degré de développement d’une civilisation se caractériserait par un Etat démocratique, c’est-à-dire pluri-parlementaires, grâce à des régulations complexes entre individus. Mais, en contrepartie, ces régulations rendent le fonctionnement de l’Etat fragile du fait de leur caractère instable. L’auteur subordonne ainsi le niveau de civilisation à trois conditions que l’on retrouve dans le sport : la généralité de l’auto-contrainte dans les pratiques (c’est-à-dire qu’une contrainte semblable existe en sport, mais aussi dans les autres domaines de la vie sociale ; théâtre, meeting etc.), l’égalité des contraintes dans la diversité des relations (que ce soit dans la sphère publique ou privée par exemple) et le caractère « modéré » de l’auto-contrainte (qui laisse une certaine possibilité à l’individu de s’exprimer).

Ces trois formes de régulation opèreraient de manière dynamique
à travers la double notion que
Norbert Elias appelle «controlled» et «decontrolled» dans les pratiques physiques.
Ce
phénomène de contrainte et de libération serait même au centre
de la pratique sportive.


    Il
agirait comme une « catharsis » pour les sportifs qui peuvent exprimer une violence sur le terrain tout en étant contraint par les règles. Mais cette théorie sociale de la compensation est un peu mécanique. Peut-elle réellement expliquer les phénomènes humains de la violence étatique ? Pour Norbert Elias, bien sûr, le problème de la violence doit se faire à ces deux niveaux. Dans ce but, il articule développe alors la notion de configuration.

    2.2. La notion de configuration


    La notion de configuration ou de figuration forgée par Norbert Elias est celle qui
permet sans doute le mieux d’approcher cette réflexion. En effet, elle permet d’évoquer des permanences de relations entre individus au sein de groupes régulés. Une certaine forme de violence peut alors être définie selon les moments et les lieux. Disputer une partie de football en distribuant des coups de pied dans les genoux (hacking) n’est pas considéré comme violent avant 1871, pas très fair-play au début du XXème siècle, et carrément anti-sportif de nos jours.
   
    Bien qu’assez générale, cette notion permet de réunir tout un ensemble de concepts

déjà exprimés sous d’autres vocables et de les faire fonctionner à condition, bien sûr, de respecter leur spécificité. Ainsi, la notion de configuration peut aussi se rapprocher de celle de champ produite par Pierre Bourdieu pour exprimer les relations d’intérêt qui lieraient les participants du même jeu de football évoqué précédemment. Elle côtoie aussi celle utilisée par Kuhn pour caractériser les conditions scientifiques ou techniques d’une époque qui régirait par exemple, la méthode de Georges Demeny du « mouvement, complet, continu et arrondi ».
    De même, elle résonne avec la notion d’Epistémé de Michel Foucault qui, dans sa
construction spécifique à une époque donnée, permet de placer le débat transgressif au niveau de la connaissance (l’Homme, la Représentation…) et contribuerait à l’apparition de disciplines comme la gymnastique ou la savate.

    2.3. Conclusion


    Ainsi, la notion de configuration met en évidence des moments où processus de
régulation sociale et institutions s’influencent mutuellement et dans lesquels la violence se transforme.
Mais est-ce l’Etat ou la société civile qui produit la violence ?
    Plus encore, la violence représente-t-elle une clef pour comprendre le passage d’une configuration à une autre ? Or, qu’est-ce que la violence ? Sans aucun doute, le problème réside dans l’appréhension de cette notion. Aussi faut-il envisager une réflexion sur les origines de la violence avant de proposer une définition de cette notion.



3. VERS UNE NOUVELLE DEFINITION DE LA VIOLENCE


    3.1. Réflexions sur les origines de la violence


    La violence vient-elle de l’Etat (ou groupe constitué) ou bien de la société civile (ou

individus) ?

Pour l’anthropologue Pierre Clastres, la violence fait partie inhérente des peuples primitifs (il signale que seul les eskimos ne se battent pas).

    La mise en place de l’Etat
restreindrait donc cette violence afin d’acquérir une stabilité et atteindre un ordre social hiérarchiquement organisé qui ne se retrouve pas dans la majorité des peuplades primitives.
    Dès lors, la recherche de la paix serait le but de toute société évoluée pour maintenir l’Etat et l’échange en serait le moyen privilégié. Mais il s’oppose alors à Claude Levi-Strauss pour qui l’échange, et donc l’inceste qui engendre l’exogamie (CAD la recherche de la femme en dehors de la tribu), serait le but de la civilisation, la paix représentant un moyen pour l’obtenir.
    En réalité, ces deux conceptions s’expliquent sans doute par la nature et les niveaux
différents d’explication concernant les civilisations car les régulations sont plurielles au sein des sociétés ainsi que Maurice Godellier l’a récemment montré.
    La règle de l’inceste prend
peut-être toute sa valeur au XIIème et XIIIème siècles avec le fondement de l’Etat moderne, comme Fernand Braudel et Jenö Szucs l’ont pointé, dans sa séparation avec la société civile. En effet, la nécessité d’acquérir des richesses matérielles et de les transmettre transforme les rapports sociaux et politiques et trace une ligne de partage anthropologique et historique indéniable. Philippe Descola, disciple de Claude Levi-Strauss, montre par exemple comment les Jivaros Achuars d’Amazonie fonctionnent sur des catégories d’échanges symboliques étrangères au profit alors que leur société est régie par la guerre. Par contre, selon Georges Duby, dès le bas moyen-âge, la guerre, plus fréquente, moins dangereuse et assurant la paix par l’échange des prises, se distingue de la bataille, plus rare, meurtrière, et annonçant des déséquilibres profonds de la société comme celle de Bouvines.
    Cette distinction dénoterait un procès de civilisation qui démarrerait beaucoup plus tôt que ne le supposait Norbert Elias. Bref, on pourrait accumuler les travaux et les références mais ilsemble bien qu’un des fondements de l’Etat Occidental moderne soit l’économie et non plus l’échange symbolique.
    En conséquence, la configuration de la violence ainsi déterminée en Occident, à partir de la fin du moyen-âge, participerait à la définition d’une Norme morale plus prégnante. Elle serait en tous les cas différente de celle imposée jusque là par les croyances religieuses. Un acte peut donc être qualifié de violent dans la mesure où il transgresse cette Loi car, notamment, il met en péril l’Etat ou le groupe. Inversement, l’Etat s’octroie le droit de réprimer ses citoyens et les contraints par des normes pour exister. La question de la violence n’a donc, en définitive, aucun sens puisque seul le rapport aux normes peut la déterminer.
   
    Quoiqu’il en soit, le jeu de la régulation entre Norme et normes permet une évolution de la
société à partir du moment où l’Etat doit éviter les guerres pour s’enrichir et gagner les batailles pour survivre. L’art de la guerre devient alors lentement celui de la politique comme l’évoque Clausewitz.
    Or, cette transgression des normes ne peut-elle pas aussi définir la violence dans la
pratique sportive ? Et à quelles conditions ?

    3.2. La Transgression en sciences sociales du sport


    Il est évident que la transgression des normes, en sport, est en rapport avec celles qui
existent dans les pratiques sociales comme le révèle le changement de la législation envers la violence.
    Par exemple, en 1837, les tribunaux de Bourges et de Tours enferment pour la
première fois les duellistes, traditionnellement relâchés jusqu’alors, en différenciant le duel du cas de légitime défense, ouvrant ainsi une porte pour la sportivisation de l’escrime. De même, l’Act de 1835, qui interdit les jeux d’animaux cruels en Grande-Bretagne, traduit la montée du contexte puritain envers une certaine violence civile. La Norme, représentée par l’augmentation de la sensibilité à la cruauté, a une incidence indirecte sur les disciplines «sportives» qui deviennent moins « violentes » en instaurant tout un ensemble de codes, de procédures, et, finalement, de normes qui leur sont propres et vont réguler la violence sur le terrain de jeu.

    Cependant, si la législation offre un cadre intéressant pour qualifier les actions violentes, comment interpréter celles qui ne tombent pas sous le coup de la loi ? Un «takle» appuyé en football doit-il être considéré comme un acte violent ? La mort délivrée par les poings sur les rings doit-elle être condamnée ? Et est-ce que la quarantaine de skieurs annuelle aux sports d’hiver doit aussi être rangée dans la même catégorie ? Certes, le domaine de la «violence» doit être envisagé selon les pratiques.   
    Il est difficile de comparer, le sport
professionnel avec le sport amateur ou même le sport loisir car les normes sont, apparemment, différentes. Elles évoluent sous l’influence de considérations sociales, culturelles ou scientifiques selon les disciplines. Pourtant, le sport moderne n’a-t-il pas tendance à être uniformisé par des normes communes définissant une même forme de violence (CAD la Norme) dans ces différents domaines ? La chasse au dopage est ouverte aussi bien dans le sport amateur que dans le sport professionnel même si elle se traduit différemment.

    Dès lors, il est intéressant de voir comment les disciplines évoluent par rapport à la Loi. Les configurations sociales de la violence sont-elles en décalage ou en conformité avec celles portées par les différentes formes de pratiques sportives ? C’est, finalement, le but d’une réflexion sur la violence sportive que de s’intéresser aux relations qu’il peut y avoir entre les différentes configurations de la violence selon chaque discipline.
    Pour ce faire,
l’étude doit donc être associée à un objet de recherche précis afin de pouvoir non seulement limiter le champ, mais aussi déterminer cet ensemble de normes pouvant définir une configuration. Ainsi, par exemple, Georges Vigarello montre en quoi le viol se distingue progressivement de l’action avec violence, qu’elle soit supposée ou réelle, et nécessite désormais au XIXème siècle la recherche de preuves. En conséquence, tout dépend des critères et indicateurs adoptés.
    En boxe, au début du XXème siècle, le KO est assimilé à une
perte de conscience sans aucun dommage. Le boxeur se relève et prêt, en théorie, à combattre de nouveau le lendemain. Les recherches sur les répercussions internes seront réalisées un peu plus tard grâce à la découverte des neurones et l’encéphalographie modifiant la perception de la violence.
    Ce sont bien des pratiques, des discours et des représentations qui forment des configurations de la violence qui sont spécifiques à chaque sport en fonction de Norme et de normes adoptées. Les comportements ne paraissent pas violents tant qu’elles sont respectées.
    Mais dès lors que l’une ou l’autre est transgressée apparaîtrait alors l’idée de violence. Emerge ainsi une nouvelle définition de la violence.

    3.3. Conclusion


    C’est dans le rapport entre société civile et Etat que la violence prendrait son sens,
c’est-à-dire que s’élaborerait une Norme générique par rapport à laquelle elle se définit. Mais l’Etat moderne est une curieuse institution car il produit de la violence à son profit en même temps qu’il la réprime. Une des explications à cette transformation serait l’instauration d’une Norme universelle sur une base économique dès la fin du moyen-âge, du moins en Occident, et de manière progressive. Bien sûr, la «violence» existait auparavant, mais elle reçoit, désormais, une nouvelle qualification qui est déterminée par tout un ensemble de normes et de codes que l’Etat se charge de faire respecter. Dès lors, si la nature de la Norme peut se transformer (Dieu, le Roi…), elle peut cristalliser tout un ensemble de règles (inceste, exogamie) qui va fonder les bases de la société moderne. Leur transgression conduit donc à instaurer un ordre qui peut aussi évoluer. Finalement, c’est en termes de rapports qu’il serait possible de comprendre la montée de la violence. Pour le collaborateur de Norbert Elias, Eric Dunning : «ce qui est en jeu, c’est la transition graduelle, à travers la lutte compétitive, de sociétés féodales hautement décentralisées à des Etats dynastiques hautement centralisés et éventuellement à des Etats-Nations».
    En réalité, la violence se déplace avec les normes. Un certain parallèle avec le sport
peut être effectué comme l’a mis en évidence Norbert Elias. En effet, le processus de pacification des élites dans l’Angleterre du XVIIème et XVIIIème siècle a, non seulement, conduit au développement de Past-Times, mais a permis, de plus, de produire des réglementations visant à diminuer leur violence. Son expression peut donc aussi être objectivée par la transgression d’une Norme et/ou de normes propres à chaque discipline et même à chaque groupe social. Or, n’est-ce pas cet ensemble qui pourrait déterminer une configuration de la violence ? Dès lors, quel rôle joue une «institution» ou une autorité lorsque les relations inter-individuelles conduisent à des transgressions trop élevées et/ou trop fréquentes ? Et, surtout, comment la transgression peut conduire à une violence d’Etat ?


4. VIOLENCE D’ETAT ET GESTION DES TENSIONS

    Le grand mérite de la réflexion éliasienne est de réfléchir à la fois au groupe «institutionnalisé» et à l’individu. Pour l’auteur, la nature des rapports qu’entretiennent l’Etat et la société civile pourrait expliquer les gestions différentes des tensions donnant lieu ou non à des violences étatisées. Norbert Elias a ainsi montré dans La société de cour comment la centralisation a induit des comportements plus contraints de la part de la noblesse française limitant, de fait, les expressions de violence confisquées par le roi. A ce sujet, John Mac Clelland a décrit comment l’instauration de ce nouveau rapport conduit les nobles à contenir leurs comportements et leurs attitudes. Mais comment interpréter la montée de violence qui apparaît en France au XIXème siècle alors que se met en place véritablement l’Etat-Nation ? Les trois révolutions (1789, 1830, 1848), la Commune, les mouvements anarchistes (assassinat du Président Sadi Carnot en 1894), et les révoltes ouvrières réprimées dans le sang par Clémenceau (1891) semblent s’opposer à la théorie éliasienne.
    Or, bien au contraire, ces explosions de violence pourraient en fait s’expliquer par la réaction due à cette tentative de contrôle centralisée. Ainsi, Michel Foucault montre combien la société européenne devient moralisatrice et répressive au XIXème siècle.     Les façons de faire la guerre en Europe sont plus « civilisées », avec les accords de Genève sur les prisonniers où la création de la Croix rouge à la bataille de Solférino (40.000 morts en quelques jours en 1859), alors que dans le même temps des moments de violences extrêmes apparaissent. Selon la réflexion de Norbert Elias, certains pays exprimeraient donc différemment ce contrôle des tensions. En France, on assisterait, selon Olivier Lecour-Grand-Maison, à une augmentation des violences coloniales (en particulier en Algérie). Pour l’auteur, ce serait même une des origines privilégiées du phénomène de brutalisation des masses qui mènerait à la guerre de 14-18. Cependant, la grande guerre n’est-elle que, l’expression d’une simple libéralisation des pulsions guerrières trop longtemps contenues ?
    Ne faut-il pas penser, au contraire, que l’expression de violence coloniale a pu limiter la mise en place d’un système de violence étatisé en France ? Dans cette optique, puisque chaque pays a une histoire particulière, Allemagne et France ne sont pas sur le même pied d’égalité dans le déclenchement de cette guerre. Et le processus cathartique ne peut seul expliquer la violence en histoire car il contribue à en nier les responsabilités et les causes spécifiques.
Mais Norbert Elias était sans doute conscient de cet obstacle. D’ailleurs, n’a-t-il pas envisagé son dépassement en décrivant la spécificité des Etats avec l’édification de
« mentalités » qui leurs seraient propres ? Dans cette logique, la résistance (ni réellement voulue ou historiquement « organisée ») de la part de l’Etat-Nation français à la mise en place d’une violence étatisée résulte, bien sûr, de la longue histoire du pays. On peut voir ainsi, avec l’avènement de la IIIème république (1870), le retour à une certaine réconciliation entre nation et gouvernement selon François Furet depuis 1789. Il ne s’agit plus, comme dans le passé, d’une lutte pour l’établissement légitime d’un Etat républicain et démocratique mais, désormais, d’un face à face entre la société civile et l’Etat jusqu’à ce qu’un équilibre se mette en place au milieu du XXème siècle.
    Et si, dans ce processus, l’histoire coloniale a eu toute son importance, il faut aussi considérer que la tradition centralisatrice française, qui émerge progressivement depuis le XVIème siècle, a aussi joué un rôle central de monopolisation étatique de la violence, par l’ajustement de la notion de «controlled» et «decontrolled».

Par Jean-François LOUDCHER - Publié dans : greps
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Samedi 24 juin 2006 6 24 /06 /Juin /2006 23:37
            L'ECHEC DE L'IDEOLOGIE FOOT COMME     
                          OPIUM DE L'INTEGRATION

16 juin 2006

Par Guillaume Benec’h
Polemia

    La victoire de l’équipe de France en Coupe du monde de football en 1998 a donné lieu à un double délire : émotionnel et interprétationnel. Huit ans plus tard, il n’en reste rien. Raison de plus pour en faire l’analyse et prendre du recul (29/05/2006)

Explications :

1. Un consensus de Krivine à Le Pen

    Le succès de l’équipe de France durant la Coupe du monde 1998 fit l’objet d’un formidable emballement médiatique. La victoire finale des « bleus » déboucha dans de nombreuses villes et bourgades sur des défilés automobiles avec oriflammes et drapeaux reprenant la chorégraphie de la Libération de Paris.
    Les classes économique, politique et médiatique communièrent dans la même émotion.
    De Le Pen à Krivine le consensus fut unanime pour saluer l’exploit des joueurs tricolores.
    Huit ans plus tard ce souvenir est encore utilisé comme viatique politique. Ainsi le numéro deux du mouvement de Philippe de Villiers, le MPF, Guillaume Peltier, essaie de se faire pardonner son passage au Front National de la Jeunesse (FNJ), à la fin des années 1990, en faisant valoir qu’il y avait soutenu l’équipe de France de football. Ainsi explique-t-il aux journalistes qu’à défaut d’être politiquement correct, il était déjà footballistiquement correct !
    Reste que tout le discours conformiste d’accompagnement de la Coupe du monde de 1998 à propos de la France multiraciale unie et de retour en tête sur la scène économique mondiale n’a pas résisté aux faits.

2. La transmutation économique du pays n’a pas eu lieu

    Confondant le monde de la fiction sportive et celui de la réalité, bien des commentateurs ont affirmé que la victoire de l’équipe de France se traduirait par le retour de la puissance et de la croissance françaises.
    Le géopolitologue socialiste Pascal Boniface voyait même dans la Coupe du monde « un moyen de l’indépendance nationale » pendant qu’à l’occasion du retour du succès pour l’équipe de France, en 2000, lors de la Coupe d’Europe, Laurent Joffrin du « Nouvel Observateur », saluait le 6 juillet 2000 la transmutation du pays : « Une équipe a changé une nation. Depuis deux ans on sait qu’un lien indéfinissable s’est tissé entre les résultats de 22 hommes et l’esprit de 60 millions d’autres. Le pays des brillants seconds est devenu celui des gagnants méthodiques, de la confiance conquérante. Dans la mondialisation comme dans le football, la France ne subit plus le match ».
    Les faits se sont chargés de rappeler la réalité. L’heure est aux « déclinologues » qui démontrent, sans peine, que la France recule sur la scène économique internationale en termes de croissance, d’exportations, d’innovation et que ses déséquilibres financiers et sociaux la tirent toujours plus vers le bas.
    Au demeurant une simple étude de l’histoire de la Coupe du monde de football suffit à montrer une déconnection totale entre les succès footballistiques d’un pays et sa situation générale. Ainsi, de 1966 à 2002, la Coupe du monde a été remportée trois fois – en 1970, 1994, 2002 - par le Brésil, « pays d’avenir et qui le restera », deux fois par l’Argentine – en 1978, quatre ans avant la sanglante défaite des Malouines, et en 1986, année précédant de peu la grande banqueroute financière ; quant à la seule victoire de la Grande-Bretagne, elle remonte à 1966 ; elle n’est donc pas contemporaine des années Thatcher mais précède la longue période de déclin travailliste des années 1970.
    La vérité oblige à dire que le rayonnement d’une nation ne passe pas par le football. D’ailleurs la puissance mondiale dominante, les Etats-Unis d’Amérique, est totalement absente de cette fiction sportive et ne s’en porte pas plus mal !

3. La France black-blanc-beur a vécu

    Le 14 juillet 1998, le directeur du « Monde », Jean-Marie Colombani, éditorialise ainsi sur la victoire de l’équipe de France : « Quelque chose a changé ou peut changer la conscience collective ayant trait à notre propre identité telle qu’elle s’est affirmée à travers un grand spectacle planétaire : multiracial, c'est-à-dire noir, blanc, beur ».
    Le directeur du « Monde » ne fait ici que reprendre l’opinion politico-médiatique dominante ainsi exprimée par l’urbaniste Roland Castro, le 10 juillet 1998 : « Les Français sont […] devenus physiquement mondiaux. » Pour tous les commentateurs, la France est devenue un Brésil d’Europe et c’est grâce à l’apport de joueurs maghrébins et noirs que l’équipe de France a gagné.

    Une série de faits va démonter ces analyses et ces prophéties complaisantes :

– La prétendue supériorité d’une équipe multiraciale, affirmée lors de la Coupe du monde de 1998, a été tournée en dérision, en 2002, lorsque l’équipe de France a été éliminée (sans avoir marqué un seul but) par l’équipe du Danemark, exclusivement composée de descendants de Vikings et dont l’un des joueurs, parfaitement scandinave, Jon Dahl Tomasson, fut le meilleur buteur de la Coupe du monde 2002

– Le prétendu rôle intégrateur du football a montré son échec lors du match amical ( !) France/Algérie du 5 octobre 2001 : tous les joueurs de l’équipe de France (sauf Zidane, d’origine algérienne) furent, dès leur entrée, sifflés par le public de banlieue présent au Stade de France, avant que le match soit finalement interrompu par l’invasion de la pelouse par les supporters, généralement juridiquement de nationalité française, de l’Algérie

– Les tenants du « foot citoyen » qui militent pour un « ballon arc-en-ciel » estiment que « fédérer toutes les cultures, c’est l’une des grandes vertus du football. Ce métissage, cet apprentissage, cette découverte, cette connaissance de l’autre, font son identité » ; mais dans le même temps les militants du football intégrateur doivent reconnaître que « les équipes communautaires se multiplient et ce repli identitaire ne va pas toujours dans le sens de l’ouverture et de la mixité des cultures » (éditorial du 6 juin 2005)

– Plus gravement, à l’occasion des matchs de foot amateur, le nombre des violences entre joueurs et/ou contre les arbitres ne cesse d’augmenter et ces agressions sont souvent commises sur des bases ethniques

– Le football comme opium de l’intégration a échoué. En 2003, le forum de l’Association des anciens élèves de l’ENA, Agorena, avait organisé un débat sur « le sport et l’argent » entre Jean-Marie Leblanc, président de la Fédération cycliste, et Frédéric Thiriez, président de la Ligue professionnelle de football. Ce dernier avait repoussé toute question venant de la salle sur les affaires (dopage, corruption) dans le football avec ce seul argument : « Vous n’avez pas le droit de dire cela, car c’est grâce au football qu’il y a la paix dans les banlieues. » Les émeutes de novembre 2005 sont venues apporter un cinglant démenti à ce point de vue totalitaire

– Enfin, quel que soit le parcours de l’équipe de France 2006, son image métissée black-blanc-beur résiste mal à sa réalité : en dehors des trois gardiens de but (blancs) on y trouve 16 joueurs noirs pour seulement trois joueurs blancs (dont le nouveau sélectionné Franck Ribéry qui s’est converti à l’islam pour épouser une beurette) et un joueur beur : Zidane, rappelé de sa retraite par des voix venues d’ailleurs en février 2005.

    Difficile donc d’y voir, même avec beaucoup d’indulgence, une représentation du kaléidoscope français et de croire, comme l’affirma Olivier Besancenot en 2004, que « l’équipe de France de foot est plus représentative que la chambre des députés ».

    En vérité, un peuple peut-il se reconnaître dans une équipe qui lui renvoie une image si différente de lui-même ?


Par Guillaume BENEC'H - Publié dans : greps
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Samedi 17 juin 2006 6 17 /06 /Juin /2006 23:26
       FOOT ET RELIGION
       Le meilleur et le pire


Denis MULLER
professeur d'éthique à la faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Lausanne.



Outre le signe de croix du joueur à l'entrée sur le terrain, quels sont les nouveaux rituels religieux du football ?

    Ils ne sont pas forcément nouveaux ni religieux. Je pense aux cercles formés par les joueurs, main dans la main, avant le début d'un match, comme pour une sorte d'ultime "training" spirituel. Il y a aussi l'empilement des corps sur le joueur qui a marqué un but, dans lequel certains ont cru devoir déceler des tendances homosexuelles latentes. Ou encore la "chenille" qui réunit, après la victoire, une équipe avançant à genoux sur la pelouse.
    Ce sont des rituels collectifs. Ils ont désormais plus de place que les pratiques individuelles anciennes comme le signe de croix à l'entrée sur le terrain ou le baiser sur la pelouse qu'on va fouler.
    Plus récent, le rituel qui consiste, pour le joueur qui a marqué, à lever son maillot et exhiber devant le public et les caméras son tee-shirt porteur d'un message à destination familiale ou à connotation religieuse. On a vu des tee-shirts " I love Jesus". Et les joueurs de la Côte d'Ivoire prier en groupe sur le terrain, lors de la finale de la Coupe d'Afrique des nations, perdue contre l'Egypte !
    Quant au geste du "berceau" - le balancement de bras portant un enfant fictif, inventé par le Brésilien Bebeto au Mondial américain de 1994, afin de saluer la naissance de son propre enfant -, il a été largement imité depuis. Ce n'est certes pas un symbole religieux explicite, même si on peut y voir une louange à la vie et au Créateur. Je le comprends plutôt comme un bel hommage rendu à la femme dans ce monde de "mecs" que demeure le football malgré une mixité plus grande (dans le public et le corps arbitral). C'est un heureux correctif proposé au machisme ambiant de ce milieu.


Ces gestes ne traduisent-ils pas un retour du "religieux" dans un univers marchand, sécularisé, laïcisé ?

    Non, pas nécessairement. Il est probable que les signes de croix sont plus fréquents dans les équipes nationales de pays marqués par la tradition catholique ou orthodoxe : je pense, dans le premier cas, à l'Italie, à l'Espagne, à l'Amérique latine, à l'Afrique et, dans le deuxième, aux pays slaves.
    Les pays protestants semblent ignorer cette pratique. Je ne suis pas sûr qu'il y ait autant de signes religieux dans les équipes d'origine arabe ou asiatique. De là à parler d'un renouveau du religieux, je n'en suis pas absolument convaincu.
    D'une part, il faudrait distinguer entre la pratique religieuse sincère - qu'il ne faut pas exclure pour certains joueurs - et la pratique superstitieuse. D'autre part, cette religiosité a quelque chose d'une fiction, fortement mise en valeur par la télévision et les angles des caméras. Il y a là un effet de verre grossissant de la Mondiovision.
    Par ailleurs, l'idée que Dieu puisse vouloir donner la victoire à "notre" équipe plutôt qu'à l'adversaire révèle une mentalité religieuse assez primaire et une "théologie" bien peu critique !
Le football est d'abord un révélateur universel de tous les antagonismes sociaux et mondiaux : la faute et la grâce, le jeu et la violence, la fortune inouïe des stars du ballon rond et le marché des joueurs, souvent recrutés dans les pays pauvres et transformés en esclaves modernes du sport-spectacle.



Reste une liturgie proprement religieuse dans les stades de football...

    Oui, et ce n'est pas un hasard si de grands prédicateurs, comme Billy Graham ou Jean Paul II, ont choisi des stades pour réunir leurs foules. Communauté de foi, célébration émotive, desservants, hymnes, cantiques, invocation du bien et dénonciation du mal : la mise en scène comporte bien des analogies entre la manifestation sportive et le rite religieux. Une sorte de rivalité mimétique s'est instituée, accréditant la thèse que le football est une autre religion (une quasi-religion, aurait pu dire le théologien Paul Tillich), voire une nouvelle religion se substituant à la première.
    A la liturgie forcément présente et impressionnante des grandes rencontres de football, j'ajouterai l'histoire et la tradition propres à chaque club, de celles qui cimentent des communautés entières. Les publics de Naples à l'époque de Maradona, de Marseille ou de Turin, avec leurs simulacres religieux (ex-voto, invocation de la Bonne Mère dans la cité phocéenne), ont été bien étudiés par Christian Bromberger.
    Très typique aussi est le cas des publics de supporteurs anglais d'Arsenal à Highbury (le vieux stade mythique qui va être détruit et remplacé), de Liverpool et autres, chantant, pendant tout le match, des "carols" (cantiques) à la gloire de leur équipe, venus de la plus ancienne tradition chrétienne locale et des écoles du dimanche du XIXe siècle.
    Les équipes en rouge - Manchester United, Liverpool - sont plutôt de tradition catholique, en bleu - Manchester City, Everton - de tradition protestante, comme les Glasgow Rangers opposés à leur rival local du Celtic, habillé en vert, d'origine irlandaise et catholique. Et il n'est pas rare dans les tribunes d'entendre des insultes racistes ou homophobes sur des airs de "O When The Saints Go Marching In !"
    La religion et le football se rejoignent, pour le meilleur comme pour le pire. Ce n'est pas le moindre paradoxe d'un sport-spectacle mettant en scène les ambivalences de la condition humaine : juste et pécheur, tantôt génial tantôt odieux, chanceux ou maudit, le footballeur, cet esclave adulé mais si vite déchu des temps modernes, n'est-il pas un miroir de notre propre destinée ?
Par Denis MULLER - Publié dans : greps
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Dimanche 28 mai 2006 7 28 /05 /Mai /2006 23:45
   RECORD DU MONDE DE PLONGEE
                      AU RECYCLEUR
Par David J. Shaw
Traduit de l'anglais par Maxime de Gianpietro    

 «Cela avait été un réel plaisir d'assister Verna durant sa tentative couronnée de succès, de record du monde féminin de plongée. J'avais été son plongeur de soutien profond à –150m emportant avec moi le gaz nécessaire pour aller à –221m si besoin était. »

    Après une pause de deux jours sans plonger, le moment était venu pour moi d'effectuer une plongée profonde. D'habitude je préfère aborder sans tambours ni trompettes mes plongées profondes, mais avec l'approche de l' »Extreme Dream Team » cela n'était pas vraiment possible. J'étais toutefois heureux du soutien que tout le team m'apportait. Don Shirley (IANTD SA) serait mon plongeur de soutient profond alors que les autres me fourniraient l'assistance à basse et moyenne profondeur.

      Vu que je désirais être dans l'eau vers 7h du matin, j'informai le team que mon but était d'y être à 6h. Cela fonctionna à merveille puisque nous fûmes prêts sans avoir à nous presser à entrer dans l'eau à 7h. La préparation du matériel, pour moi, fût aisée si ce n'est que je dus remplacer un manomètre défectueux. En revanche, Don ne pût pas dire la même chose; il fût confronté à quatre différents problèmes avec son matériel mais je réussis néanmoins à l'avoir avec moi dans l'eau, à l'heure désirée.

    Je plongeais avec un recycleur  MK 15.5 que j'avais modifié en remplaçant l'électronique analogique d'origine par un Hammerhead avec une électronique digitale. De plus j'avais rempli cette nouvelle électronique avec de la paraffine de type médical pour éviter son implosion à grande profondeur. Une bouteille de 3L était montée de chaque côté du boîtier du recycleur :

•  à droite une bouteille d'argon pour l'alimentation de mon volume étanche ;
•  et à gauche une bouteille que j'utilisais habituellement pour le remplissage de la bouée.

    Mais pour cette plongée j'avais pris une option nettement plus innovante et je l'avais remplie d'O2. Je sais, c'est plutôt étrange d'utiliser de l'O2 pour gonfler une wing mais ainsi je disposais d'une source supplémentaire d'O2 pour le recycleur. Le Mk 15.5 a deux sphères de 3L de capacité chacune, l'une pour l'O2 et l'autre pour le diluant; sur une plongée profonde 3L à 200bars me donnant 10 heures d'autonomie au maximum je désirais avoir un peu plus, d'où ce choix d' une source d'O2 supplémentaire en l'occurrence le gaz de gonflage des wings. J'avais aussi installé une connexion rapide Whitey sur le recycleur pour permettre la connexion du diluant externe, toute la plongée devant se dérouler en utilisant celui-ci.

    J'étais assez détendu et commençai ma descente avec le recycleur et quatre bouteilles de 11,4L remplies de mon mélange fond tx 4/80 comme bail-out pour parer à toute éventualité. C'est aussi dans l'une de ces bouteilles que je puisais le diluant nécessaire, préférant cette solution à l'utilisation des bouteilles embarquées à l'intérieur du recycleur. Mon unité étant dotée de systèmes de connexion rapide, le changement de diluant était chose aisée; une bonne chose que cela car à la remontée j'aurai à effectuer sept changements de diluant !

    Après avoir dépassé l'entrée aux dimensions intimes, de la cavité et arrivé à -40 mètres je commençai la descente proprement dite. L'importante quantité d'hélium contenue dans les quatre bouteilles de bailout rendaient ma flottaison sensiblement positive et cela me prit quelque temps avant d'atteindre la vitesse de descente escomptée.

    Cette plongée avait été difficile à planifier. Je ne savais aucunement à quelle profondeur j'atteindrais le fond et ne savais par ailleurs pas du tout si la corde-guide atteignait le sol ! Une trop grande vitesse de descente comportait le risque que je glisse au-delà du bout de la corde et ne la perde (ndlt). Une autre éventualité étant que la corde soit trop longue (ndlt) et lovée en volutes sur le sol menaçant que je m'y emmêle. Je devais donc une fois atteint -240m être particulièrement vigilant et surveiller scrupuleusement tout ce qui se passait en-dessous de moi. Je devais aussi éviter de heurter pesamment le sol et m'enfoncer ainsi dans la vase.

    Une fois au fond je voulais amarrer mon fil d'Ariane, regarder dans quelle direction cela partait plus profond et dérouler du fil dans cette direction aussi longtemps que mon plan de plongée le permettrait. Jusque où cela m'emmènerait-il ? vers quelle profondeur ? Combien de temps m'aura-t'il fallu pour atteindre le fond ? Quelle profondeur aurai-je atteint avant de devoir faire demi-tour ?

    Cette plongée n'allait pas être une plongée à l'ordinateur. J'emportais avec moi deux VR3 et un Nitek mais je n'allais les utiliser que comme profondimètres et timer. L'algorithme du VR3 à ces profondeurs ne me convenant pas car la plongée aurait été excessivement rallongée et Le Nitek ne pouvait pas être utilisé en mode recycleur, de là ma décision d'utiliser des tables de plongée générées avec le logiciel VPM-B.

    J'emportais avec moi une multitude de tables et d'ardoises. La plus profonde de ces tables était calculée pour -300m, la moins profonde pour -270m et chacune était prévue pour l'utilisation du recycleur ou du circuit ouvert en cas d'urgence. J'effectuai aussi toute une série de simulations sur PC pour mieux comprendre quelles incidences sur le profil de la plongée pourraient avoir des variations inattendues. Ainsi par exemple, je me rendis compte que chaque seconde supplémentaire à -280m me coûterait 1,2 minute de décompression supplémentaire ! J'étais confiant et savais que si je restais dans les limites que j'avais prévu, tout se déroulerait bien.

    Passé les -240m je commençai à scruter en-dessous de moi pour voir comment était la corde et comment se présentait le fond. Je pouvais voir que la corde était lovée d'environ 5 m sur un sol rocheux. Il ne semblait pas qu'il y ait de la vase dans les environs immédiats mais plutôt des débris de roche. Dès que j'atteignis la fin de la corde j'y fixai mon fil avec un mousqueton et regardai autour de moi sur environ 270° pour choisir la meilleure direction possible où aller puis m'étant décidé, je commençai à palmer. Je me dirigeais vers ce qui semblait être la portion plus profonde de la cavité et déroulais mon fil tout en avançant. C'était de la pure plongée souterraine dans la meilleure acceptation du terme ! J'examinais le fond tout en m'imprégnant du paysage environnant et il me semblait que la profondeur de la grotte n'allait pas s'accroître beaucoup. Je balayais de droite à gauche avec le pinceau de lumière de mon phare HID et continuais d'avancer.

    L'un des VR3 avait rendu l'âme lorsque j'avais atteint le fond mais l'autre continuait de fonctionner normalement. Je m'étais lancé dans l'exploration à –260m et descendais. Le recycleur était facile à respirer et le « Hammerhead » maintenait la ppO2 choisie de 1,3. Parfaitement détendu je n'en croyais pas mes sens de me trouver là où je me trouvais. La descente se faisait en pente douce et j'atteignis ainsi la profondeur de –270m, devant moi le fond ne semblait pas devoir excéder les –280m. J'avais déjà déroulé environ 20m de fil, lorsque balayant avec ma lampe HID dans un angle d'environ 30° sur la gauche, je vis comme en plein jour gisant devant moi à environ 15m un corps.

    Il devait s'agir du corps de Deon Dreyer mort le 17 décembre 1994. Malgré des recherches importantes à l'époque, son corps n'avais jamais pu être retrouvé.

    Il gisait sur le dos, les bras en l'air et les jambes tendues. Je ne ressentis aucun choc, mais plutôt le sentiment de savoir tout de suite ce que j'avais à faire. Continuer à m'avancer dans les profondeurs ou aller vers le corps ? La décision fût très simple, j'incurvai ma progression et arrivai rapidement auprès de lui. Il fallait que je tente de récupérer ce corps. Mais les minutes s'égrenaient et peu de secondes restaient avant que je ne doive faire demi-tour. Je tentai sans succès de soulever le corps, puis je me mis à genoux et essayai à nouveau avec plus de force. Maintenant j'haletais et étais en train de m'essouffler à cause de la fatigue induite par ces efforts. « Cela n'est pas très sage » me dis-je à moi-même, « je suis à –270m et suis en train de fournir trop d'efforts ». Le problème était que son scaphandre de deux 10,5L ainsi que sa grosse batterie d'un modèle suranné étaient enfoncés dans la vase. Temps de partir ! j'avais déjà dépassé d'une minute mon temps prévu pour rester au fond. J'attachai alors mon fil d'Ariane au corps de manière à ce que l'on puisse le retrouver aisément et ne pris même pas le temps de m'attarder pour couper le fil et récupérer le dévidoir que je laissai sur place. Je n'eus qu'à suivre mon fil pour retourner à la corde et je commençai la remontée.


    Le temps était venu de faire un peu d'arithmétique, je me concentrai pour conserver la bonne vitesse de remontée jusqu'au premier stop à –221m, la profondeur à laquelle Verna avait établi son record du monde peu de jours auparavant. A –150m, après 48 minutes de plongée je me séparai des 4 bouteilles de bailout et les accrochai à la corde. Je pris alors deux nouvelles bouteilles déposées là et prévues à cet effet et après avoir connecté l'une d'entre-elles, j'effectuai un rinçage de diluant et continuai ensuite ma remontée. Comme prévu, je rencontrai Don à –135m il s'assura que tout allait bien et continua à descendre jusqu'à –150m pour aller récupérer les bouteilles que je venais d'y laisser. Bientôt il revint à ma hauteur et s'arrêta pour échanger quelques propos. J'écrivis sur une ardoise : « Trouvé un corps à 270m ». Il fronça quelque peu les sourcils et me serra la main, je lui fis signe alors qu'il pouvait continuer sa remontée. A nouveau j'étais seul. Je rencontrai le prochain plongeur de soutien 90 minutes plus tard à –40m. Comme j'avais dépassé mon temps de fond, j'utilisais pour la remontée le plan de décompression prévu pour –300m et j'ajoutai 90 minutes au paliers supérieurs. Tout se déroula sans encombre, les changements de gaz et les stops. Dans cette eau à 17°, avec mon DUI CF200 gonflé à l'argon je n'avais pas froid. Neuf heures et quarante minutes après avoir commencé ma plongée, je fis surface dans la lumière du soleil de fin d'après-midi. Je passai trois heures allongé tranquillement avant de remonter la pente douce qui conduisait au sommet du plateau, où se trouvait le véhicule qui me ramènerait à la ferme où j'avais pris mes quartiers.

    Pendant que je me reposais j'avertis des picotements dans mon avant-bras gauche. Cela était dû au fait que le bracelet de mon ordinateur de plongée Nitek avait été trop serré, mais sur le moment je n'avais rien ressenti. Manifestement cela avait incidé négativement sur la circulation sanguine et maintenant j'avais à en supporter les conséquences. Malgré la nuit et un traitement à l'O2 la douleur ne disparût pas. C'est pourquoi, le lendemain, je décidai d'aller consulter à la chambre de traitement hyperbare de Welkom. Les experts de DAN décidèrent qu'il valait mieux procéder à un traitement en caisson et la douleur disparût après deux heures de thérapie.

    La nouvelle de cette exploration se répandit vite et l'intérêt des média fût intense. En ce qui me concerne, le fait primordial que je retiens de cette plongée, est d'avoir déroulé du fil à une telle profondeur et d'y avoir fait de l'exploration, mais pour les médias ainsi que pour la police ce fût la découverte du corps qui accapara leur attention.

Des plans pour aller récupérer le corps début janvier prochain, sont en cours d'élaboration.

Details de la plongée
Plongeur : David Shaw
Profondeur : Depth 270m
Record du monde battu :
   
            - Plongée la plus profonde avec un recycleur
            - Plongée la plus profonde en grotte avec un recycleur
            - Plongée la plud profonde en altitude
            - Profondeur à laquelle un fil d'ariane a été déroulé

Recycleur :   Mk 15.5 avec éléctronique Hammerhead
Cavité : Boesmansgat (Bushman's cave), Afrique du Sud
Altitude : 1550m
Durée de la plongée : 9h40
Diluants : 4/80, 10/70, 15/55, 17/40, 26/25, 50%, 100%, Air      
Par David SHAW - Publié dans : greps
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Samedi 20 mai 2006 6 20 /05 /Mai /2006 05:44

Etude sur l'insertion professionnels des diplômes en STAPS

(CEREQ) (27/04/2005)

          Au printemps 2004, le Céreq a interrogé un échantillon de 25 000 jeunes sortis de formation initiale en 2001, de tous les niveaux et de toutes les spécialités de formation, parmi les 762 000 jeunes qui cette année-là ont quitté pour la première fois le système éducatif. Cette enquête, intitulée "Génération 2001", succède aux enquêtes "Génération 92" et « Génération 98 ». Elle poursuit le même objectif : analyser les premières années de la vie active au regard de la formation initiale. A la demande de la direction de l'enseignement supérieur (DES) et en collaboration avec l'ONMAS (observatoire national des métiers de l'animation et du sport », une extension de cette enquête a été réalisée par le Céreq auprès d'un millier de jeunes sortants de la filière universitaire STAPS.

On y apprend :

- que 3 ans après leur sortie de STAPS, le taux de chômage d'une génération est en moyenne de 8 %.
- Que prés de la moitié des sortants STAPS accède en moins de trois mois à un premier emploi qui dure plus d'un an
- que 14 % des jeunes issus de la filière STAPS travaillent dans les entreprises du secteur privé de plus de 200 salariés
- que un tiers des jeunes issus de la filière STAPS exerce son premier emploi dans une entreprise qui relève du secteur de l'éducation, de la santé ou de l'action sociale.
- que les jeunes diplômés d'une licence ou maîtrise éducation motricité sont 70 % à travailler dans le secteur public lors de leur premier emploi.
- Que les sortants du second cycle management du sport sont 19 % à travailler dans les collectivités territoriales lors de leur premier emploi.
- Que les diplômés de troisième cycle après trois années de vie active gagnent en moyenne 1410 € par mois


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Un temps d'accès rapide au premier emploi

    Le temps d'accès au premier emploi est très très court, quel que soit le diplôme obtenu : 82 % des diplômés du MJSVA ont un emploi dès le mois qui suit l'obtention de leur diplôme. Les 3/4 des diplômés restant l'obtiennent cependant rapidement, en sept mois ou moins.

    Les diplômés du MJSVA recherchent délibérément un emploi dans le secteur du sport et de l'animation. Ils sont donc prêts à attendre un emploi correspondant à leur formation putôt que de prenre le premier emploi venu. Toutefois, passé les sept mois suivant l'obtention de leur diplôme, ils acceptent plus facilement un emploi qui ne soit pas en rapport avec leur formation.

Un premier emploi de longue durée

    99% des diplômés ont eu au moins un emploi de 2001 à 2004. D'une durée moyenne de 22,5 mois, ce premier emploi est le même trois ans après pour plus de la moitié des diplômés (54%). Pour un quart, ce premier emploi fut de courte durée : sept mois. Les diplômés du BEES sont plus nombreux à avoir eu un emploi de sept mois ou moins que ceux du BEATEP : 25% contre 17%.   

Un premier emploi en bonne adéquation avec le diplôme


    Plus des deux tiers des diplômés du MJSVA ont un premier emploi dans le domaine leur diplôme :

- animateur sportif, socioculturel, directeur de centre socioculturel, professeur de sport ou agent de la fonction publique dans l'animation. 40% des diplômés sont des animateurs sportifs. Les diplômés du BEATEP ont essentiellement un emploi d'animateur sococulturel comme premier emploi (48% d'entre eux) alors que les diplômés du BEES sont à 51% animateur sportif.

- 69% des personnes ayant connu une interruption d'études avaient un emploi, l'année précédant celle de l'obtention de leur diplôme. Ces emplois n'étaient pas spécialement un emploi de la filière (un tiers d'emploi en dehors). Elles le conservent un certain temps après l'obtention de leur diplôme, le temps nécessaire pour trouver un emploi correspondant à leur formation.

    Les femmes sont plus nombreuses à avoir un emploi dans le domaine de leur formation : 76% dans le domaine du sport ou de l'animation contre 66% chez les hommes. Une différence apparaît selon le parcours avant l'obtention du diplôme. Si on trouve chez les sortants post-initiaux la même situation que dans l'ensemble de la population, il n'en va pas de même chez les sortants initiaux (même proportion d'emploi dans le métier du sport ou de l'animation chez les hommes et chez les femmes).


Une grande part de contrats aidés pour le premier emploi

    Dans 36% des cas, le premier emploi occupé est à durée indéterminée, soit le même niveau que l'ensemble de la génération 2001. Par ailleurs, 30% sont des contrats aidés. C'est beaucoup plus que pour l'ensemble de la génération, pour qui le premier emploi n'est qu'un contrat aidé que dans 11% des cas. Selon le diplôme obtenu, la nature du premier emploi n'est as la même : si 38% des diplômés du BEES ont un contrat à durée indéterminée, seul 27% des diplômés du BEATEP sont dans la même situation.     La moitié des sortants diplômés du BEATEP ont un premier emploi en contrat aidé. Cependant, la génération comprend à la fois des personnes plus diplômées pour lesquelles l'insertion devrait être plus facile, et des personnes moins diplômées, en situation inverse. Il faut donc raisonner à niveau de diplôme égal. Ainsi, on observe une plus grande proposition de CDI pour les titulaires d'un BEES que pour les titulaires d'un baccalauréat professionnel tertiaire (diplôme de nivau IV comme le BEES et le BEATEP). En effet, seuls 26% d'entre eux disposent d'un CDI pour leur premier emploi, soit le même niveau que les diplômés du BEATEP. Même les possesseurs d'un BTS ou d'un DUT tertiaire, (diplôme de niveau III), ont un taux de CDI plus faible (29%). A l'inverse, on notera toutefois que les diplômés d'un CAP ou du BEP tertiaire (diplôme de niveau V) ont moins d'emplois en contrats aidés pour leur premier poste : 22% de contrats aidés contre 27% pour les titulaires du BEES.

 La plupart des emplois sont à temps complet

    84% sont à temps complet. Les diplômés du BEATEP sont les plus touchés par  le temps partiel, 19% contre 12% pour les diplômés du BEES. SI on se réfère une nouvelle fois au baccalauréat professionnel tertiaire, on observe ici une différence pour le premier emploi des diplômés du MJSVA, car seuls73% des emplois détenus par les titulaires du baccalauréat professionnel tertiaire sont à temps plein.
    La moitié des diplômés du BEES ont débuté leur premier emploi avec un salaire mensuel net supérieur à 1073 € contre 1000 € pour les diplômés du BEATEP. A titre de comparaison, les diplômés d’un baccalauréat professionnel tertiaire sont la moitié à gagner plus de 930 €, soit un salaire médian plus faible. Pour les emplois à temps plein, l’écart sur le salaire médian est plus faible : 1100€ pour les possesseurs d’un BEES contre 1067€ pour ceux d’un BEATEP.

Un salaire médian plus élevé pour les diplômés du BEES

    Plus souvent à durée indéterminée, plus souvent à temps plein, beaucoup moins aidés, le premier emploi des diplômés du BEES est de nature plus stable que celui des diplômés du BEATEP. Mais, que ce soit pour les diplômés du BEES ou du BEATEP, leur premier emploi est plus stable (plus de CDI, plus de temps plein) que pour les possesseurs d’un baccalauréat professionnel tertiaire. De plus, leur salaire médian est aussi plus élevé.

Hausse du nombre de CDI, mais aussi augmentation du chômage

    Chez les diplômés du MJSVA, au cours des trois années qui ont suivi leur sortie du système éducatif, on constate une hausse du nombre de CDI, mais aussi dans le même  temps une hausse du chômage. On a ainsi une hausse de dix points de la part de l’emploi en CDD. L’augmentation de la part de jeunes au chômage est due, en partie, à la baisse du nombre de contrats aidés (fin du dispositif nouveaux services – emplois-jeunes, dont bénéficiaient fortement les diplômés du MJSVA).
    Trois périodes caractérisent l’évolution du chômage des diplômés de la génération 2001 du MJSVA : une première va jusqu’à l’été 2002, période de baisse du taux de chômage. De l’été 2002 à l’été 2003 on observe une stabilisation du taux de chômage, voire une légère augmentation. Enfin, à partir de cette date, l’augmentation du chômage devient plus marquée.
    La situation des diplômés de la génération 2001 a été relativement stable au cours des trois premières années de vie active, diplômés sur 10 n’ayant connu qu’une unique situation, celle du même emploi et deux sur dix deux situations différentes (emploi/emploi-chômage/emploi-emploi/chômage).
    Du fait d’un parcours assez stable, la moyenne du temps passé dans un emploi, sur les trois années, est élevée, autour de 31 mois, avec une majorité de personnes entre 29 et 36 mois de travail. Cependant, cela cache différentes situations. Ainsi, le quart des personnes ayant le plus travaillé, l’a fait 35 mois et plus, soit presque la totalité des trois premières années de vie
    Active, alors que le quart des personnes ayant le moins travaillé ne l’a fait que pendant 27 mois et moins, soit plus du quart du temps passé hors emploi. 73% des diplômés du MJSVA n’ont connu aucune période de chômage durant les 3 premières années de vie active. Dans le même temps les diplômés d’un baccalauréat professionnel tertiaire n’étaient que six sur dix dans ce même cas. Un diplômé du MJSVA sur cinq a connu au moins six mois de chômage (28% pour les baccalauréats professionnels tertiaires).
    Cependant, une partie des diplômés (11%), même si elle n’est pas touchée par le chômage, connaît des périodes sans emploi (inactivité, formation, reprise d’études).
Filière ou niveau d’études n’influent pas sur le taux de chômage. Les diplômés du BEES l’ont connu un peu moins que les diplômés du BEATEP (27% contre 32% ont connu le chômage sur leurs trois premières années).

C’est parmi les diplômés du BEES qu’on trouve le plus de personnes ayant travaillé 35 mois ou plus

    26% des diplômés du BEES ont travaillé 35 mois ou plus contre 18% parmi les diplômés du BEATEP. Ainsi, si l’accès au marché de l’emploi se fat aussi rapidement quel que soit le diplôme (BEES ou BEATEP), les diplômés du BEES ont passé un peu plus de temps dans un emploi que ceux du BEATEP.
    La filière initiale ou post-initiale avant l’obtention d’un diplôme du MJSVA a peu d’impact sur la durée du temps travaillé au cours des trois premières années de vie active puisque quelque soit leur parcours scolaire, ils sont environ un quart à avoir travaillé plus de 35 mois et un quart à avoir travaillé 27 mois ou moins. Cependant, les hommes apparaissent mieux armés sur les trois premières années de vie active puisqu’ils sont 28% à avoir travaillé plus de 35 mois contre seulement 17% des femmes. Autre élément discriminant, le niveau d’étude. Deux types de diplômés ont obtenu le plus souvent un emploi entre 2001 et 2004 : ceux de niveau BAC + 3 et plus avec 28% d’entre eux ayant travaillé plus de 35 mois et ceux avec un niveau inférieur au baccalauréat, 29%  d’entre eux ayant travaillé plus de 35 mois.
    Un dernier facteur semble discriminant sur le marché de l’emploi : la nationalité d’origine des diplômés ou celle de leurs parents. En effet, parmi les personnes nées en France, de parents nés en France, 25% ont travaillé pus de 35 mois et 22% 27 mois ou moins. A l’inverse, parmi les personnes nées de parents étrangers (au moins un sur deux), seuls 18% ont travaillé plus de 35 mois alors que presque un tiers (32%) a travaillé 27 mois ou moins.

De meilleurs contrats de travail

    Commencer dans la vie active avec un contrat autre qu’à durée indéterminée n’est pas rédhibitoire pour la suite de sa carrière. On observe que 42% des diplômés ont changé de type de contrat au cours de leurs trois premières années de vie active. Cette évolution se traduit par une forte augmentation de la part des contrats à durée indéterminée qui passe de 36 à 56% de la totalité des contrats. L’ensemble de la génération a connu une évolution analogue mais d’une amplitude supérieure (26% de CDI lors du premier contrat et 62% trois ans après).
    Ces changements de contrats profitent aussi bien aux hommes qu’aux femmes et se font aux dépends des contrats aidés, ont la part passe de 29% à 13%. Les diplômés du BEATEP sont ceux pour qui la part de contrats à durée indéterminée augmente le pus : elle passe de 26% à 60% contre une augmentation de 34% à 56% pour les diplômés du BEES détenteurs d’un CDI était plus importante que son pendant parmi les diplômés du BEATEP, la situation s’inverse trois ans après. Enfin, a part du temps partiel reste stable trois ans après l’entrée sur le marché du travail.

Un salaire médian des diplômés évoluant plus vite que l’inflation

    L’évolution salariale est différente selon le diplôme possédé, avec une évolution du salaire médian plus importante pour les diplômés du BEATEP (+ 18%) que pour ceux du BEES (+13%). Par comparaison, sur cette période l’inflation a été d’environ 6%.
Le salaire médian des diplômés varie sensiblement suivant leur niveau d’études générales : les diplômés de niveau BAC sont globalement les moins bien rémunérés (plus de 10% d’écart entre eux et les diplômés de niveau BAC + 3 et plus). On retrouve la même situation sur l’ensemble de la génération.
    Cependant, on observe un phénomène remarquable, qu’on ne retrouve pas sur l’ensemble de la génération : le salaire médian des diplômés de niveau inférieur au BAC est équivalent  à celui des diplômés de niveau BAC + 3 et plus. Deux éléments peuvent contribuer à expliquer cela : d’une part, le niveau inférieur au bac est composé à plus de 70% d’hommes ce qui explique en partie la différence avec le salaire médian des diplômés de niveau intermédiaire (BAC, BAC + 2). En effet, les femmes sont plus touchées par le temps partiel que les hommes, ce qui implique un salaire net médian plus faible. D’autre part, la part de diplômés post-initiaux y est aussi plus importante. Or leur salaire médian à l’embauche est supérieur à celui des diplômés initiaux de plus de 8%.
    Lors de la première embauche, le salaire médian des hommes est supérieur d’environ 10% à celui des femmes. Au cours des trois années qui suivent, cet écart s’amenuise un peu, mais reste conséquent (8,5%). On peut expliquer une partie de cet écart par un taux de temps partiel plus important d’environ 15 points chez les femmes (26% contre 11%). On retrouve cet écart quel que soit le diplôme obtenu, ou le niveau d’études. Cependant, suivant le diplôme, si cet écart s’est aussi un peu amenuisé chez les titulaires du BEES, il a augmenté chez les titulaires du BEATEP.

Par CEREQ - Publié dans : greps
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Samedi 6 mai 2006 6 06 /05 /Mai /2006 04:05

L'ENTRAINEUR, L'EMPRISE

 

Philippe LIOTARD

Agrege STAPS

DEA de Sociologie

L’enquête menée durant dix-huit mois a permis de recueillir une dizaine de témoignages de victimes ayant enduré des violences sexuelles (attouchements, harcèlement, viol...).

Ce qui m’a surpris, c’est le nombre d’affaires restées secrètes... et qui le resteront. Mais la surprise la plus importante provient du rôle des entraîneurs dans les agressions.

Le témoignage de Clémence ainsi que l’illustration littéraire du Décameron des femmes encadrent ce chapitre. Le caractère poignant du récit vécu et la dimension poétique de l’œuvre littéraire dévoilent les mécanismes qui placent de jeunes athlètes sous le joug d’une figure de l’autorité sportive : l’entraîneur. Le rapport de domination et le mécanisme d’emprise qui lient l’entraîneur à ses athlètes est au centre de ces affaires. Et les violences qui en découlent ne sont qu’une modalité contemporaine de « la relation entre la violence sexuelle et les rapports d’autorité. Le corps forcé est déjà un corps au service de l’agresseur ou de ses semblables-: esclaves, servantes, employées, apprentis constituent autant de victimes désignées. » 

Pour spécifier l’emprise qui se joue dans le sport, nous interrogerons donc le type de relations dans lesquelles sont prises les athlètes victimes de violences sexuelles. Plus particulièrement, il s’agira de repérer comment s’opère l’influence de l’entraîneur et comment il assure son emprise, ce qui suppose d’identifier les conditions relationnelles et institutionnelles à partir desquelles elle s’impose. D’une manière générale, constate que l’emprise résulte d’une triple action : une action d’appropriation ; une action de domination et une dimension d’empreinte. Or, ces trois dimensions sont constitutives de la relation même de l’entraîneur à l’athlète. 

Lentraîneur et son poulain : appropriation symbolique de lathlète

      Ce que traduit notamment le témoignage de Clémence, c’est le lent travail par lequel se construit la dépendance à l’égard de l’entraîneur. Elle montre de manière exemplaire, que les violences sexuelles ne sont que l’aboutissement d’une logique redoutable et insidieuse. La succession des petites violences subies habituellement par les athlètes prépare en quelque sorte le terrain à des violences autrement plus traumatisantes, sous l’effet d’une domination légitimée par la fonction d’entraîneur.

      Le processus d’emprise traduit alors la manière dont se fait le passage progressif d’une rencontre importante au plan sportif à l’acceptation de contraintes physiques de plus en plus insupportables pour la victime.

 

 

Les divers témoignages récoltés attestent tous de l’intériorisation de cette violence qui paraît dès lors constitutive de la relation entraîneur-entraîné(e). Cette dernière formule est à elle seule significative de la structure hiérarchique de la relation, tant le terme « entraîné » induit la passivité et la soumission à l’égard de la figure tutélaire de l’entraîneur.

Pointe ici l’idée d’une appropriation de l’athlète.

Quand il en parle, l’entraîneur utilise des adjectifs possessifs : mon athlète, mon gars, mon équipe, mes filles, etc. L’appropriation symbolique passé par le langage le plus habituellement utilisé pour dire une relation de nature technique. De même, les résultats obtenus renforcent l’idée de possession. Les performances réalisées par l’athlète sont attribuées à l’entraîneur à qui l’on suggère ainsi une sorte de droit de propriété, voire de droit de jouissance. Le profit symbolique qu’il en retire provient d’un usage du corps de l’athlète légitimé parla logique sportive.

       L’emprise est d’abord une rencontre qui devient une liaison particulière, basée – pour des raisons ici expressément fonctionnelles liées à la production de performance – sur la recherche de « l’ascendant ou [de] l’influence d’un individu sur un autre » (Marie-FranceHirigoyen). Aussi n’est-il pas abusif d’affirmer que l’entraîneur possède l’athlète dans tous les sens du terme. C’est ce qu’il faut avoir à l’esprit pour comprendre pourquoi il est possible de se soumettre à l’inacceptable lorsque l’on est sous emprise.

Domination affective : athlètes sous influence

         Car l’influence exercée par l’entraîneur ne se résume pas à un apport technique. L’emprise s’exerce d’autant plus fortement qu’elle est traversée par un investissement affectif réciproque.

 

        Se joue alors un double transfert dans lequel l’entraîneur projette ses propres désirs sur l’athlète qui l’investit en retour à travers le processus d’idéalisation. C’est ce qu’illustre Clémence quand elle affirme : « Aujourd’hui encore, je le considère comme le meilleur entraîneur que j’ai connu, meilleur que l’entraîneur national. » L’idéalisation fonctionne à partir de l’image idéale que renvoie l’entraîneur, image survalorisée par sa compétence technique. Il s’ensuit une reconnaissance réciproque entre deux sujets unis dans une relation de compétence. Mon entraîneur est le meilleur répond à mon athlete est le/la plus performant(e), le/la meilleur(e) espoir, le/la plus motivé(e), le/la plus technique...

Un attachement réciproque s’élabore sous l’effet du travail commun et des progrès qui en résultent. L’athlète attribue ces derniers à l’influence technique bénéfique de l’entraîneur qui admire en retour la réceptivité et la maléabilité de son poulain. Cette relation affective est donc centrale dans la relation d’emprise, d’autant plus qu’elle affermit la dépendance, même en l’absence de réciprocité.

Il n’est donc pas surprenant de constater, par exemple, l’investissement affectif d’une athlète à l’égard de l’entraîneur national que sa position institutionnelle situe comme objet de transfert privilégié :

Il a « une influence et une autorité indéniables sur moi, et je n’ignore pas quelles seraient les conséquences si je quittais le stage avant la fin ». Mais quelque soit le niveau de pratique, l’investissement affectif de l’athlète entretient chez lui/elle non seulement le désir de réussite sportive,

     À propos de la possession sportive et de l’envoûtement opéré par « ces grands sorciers, gourous [...] médiums/devins que sont devenus les entraîneurs sportifs », se référer à Frédéric Baillette, « Malleus athleticorum. Transes, possessions et extases sportives », Galaxie Anthropologique, n° 4-5 (« Possessions, fantasmes, mythes et ravissements »), août 1993, p. 98-105. mais aussi le désir de plaire à l’entraîneur, d’en être reconnu(e), de s’en montrer digne, bref, d’être à la hauteur et de percevoir ainsi de la fierté dans son regard. Car la relation de l’entraîneur à ses athlètes n’est pas seulement une relation de domination, elle est aussi une relation de confiance. Les athlètes adolescent(e)s notamment trouvent en l’entraîneur un substitut aux parents, voire même un confident.

          Béatrice rapporte par exemple qu’il « avait un “don” pour te mettre en confiance. Doux, délicat, même avec ses mains collantes... On parlait tellement de la vie, des difficultés. Il avait toujours les mots pour expliquer le fond de ton problème. J’étais loin de lui faire des confidences, mais tous mes petits problèmes du quotidien, il s’en préoccupait et les apaisait par son discours. Je ne le voyais pas en héros, il y avait toujours chez lui ce côté  pervers que je n’appréciais pas du tout. Mais ces conversations [...] faisaient que je l’estimais et que j’avais confiance en lui. » Même perception chez Clémence-: « Il était le père imaginaire que j’aurais aimé avoir parce qu’il était le confident. Quand j’ai eu le permis, mon père ne voulait pas me prêter sa voiture. Lui, il m’a donné les clés de la sienne. Il m’a montré qu’il avait confiance en moi, alors forcément... »

Cette confiance s’étend au-delà de l’influence technico-sportive valorisant ainsi la jeune femme et plus seulement l’athlète. Au fur et à mesure des confidences, l’entraîneur devient ainsi un homme de confiance qui tisse une toile faite de familiarité et de complicité. La toile s’étend et enveloppe les athlètes dans des fils dont la solidité se consolide par la quotidienneté des rencontres et la durée du parcours sportif commun (qui couvre parfois plusieurs années). Une connivence s’établit qui se traduit par une communication faite de petits gestes, de petits mots, issus d’un code n’appartenant qu’aux sujets de la relation. Il suffit d’un geste, d’un regard pour que l’athlète et l’entraîneur se comprennent.

Au doigt et à l’œil, se transmet ce qui doit l’être : une approbation, un reproche, un encouragement, un conseil technique. Une familiarité extrême se bâtit. Elle produit la certitude que personne ne peut s’immiscer dans la relation. Et les fils invisibles de la dépendance sont bien plus forts que ceux de la contrainte objective instituée par l’organisation sportive (horaires et lieux d’entraînement, compétition, etc.). Ainsi, le regard constitue-t-il un élément fondamental de l’emprise.

L’athlète, après un essai regarde l’entraîneur. Celui-ci couve d’une œillade experte et protectrice les évolutions de ses protégés. Mais ces fils s’étendent bien au-delà des lieux d’entraînement. L’emprise agit à distance. C’est ce que nous dit Clémence-: « J’avais cette impression qu’il contrôlait toute ma vie (vie d’athlète et vie d’adolescente). Il fallait qu’il ait toujours une main sur moi. Pendant les vacances, il m’écrivait, me téléphonait. » L’emprise se fait plus lourde car elle s’exerce en dehors des lieux sportifs. Elle devient insupportable lorsqu’elle se manifeste par des incursions dans l’emploi du temps personnel des victims, pouvant aller jusqu’aux visites faites à l’improviste chez une athlète qui vit seule. « Il venait chez moi à n’importe quelle heure. La nuit surtout. Il avait toujours un prétexte. Souvent, cela me concernait. Il voulait savoir comment j’allais, il disait qu’il s’inquiétait... Puis un jour, il m’a dit clairement qu’il aimerait “tirer un coup”, avoir une relation sexuelle avec moi. Secrète, bien sûr. À la fin, je n’ouvrais plus. Un jour, il a sonné pendant près d’une demi-heure. » (Anne-Marie)

La violence de ces intrusions dans la vie privée des athlètes les place dans une angoisse permanente. Toutes les filles ont décrit le serrement à l’estomac ou le sursaut qui accompagne une sonnerie de porte, de téléphone ou la découverte d’une enveloppe de l’entraîneur dans la boîte au letter.  Par le regard, par les mots, par la main invisible qui la surplombe, l’athlète est maintenu(e) dans un état de soumission et de dépendance. Petit à petit, la proie potentielle, la future victime « voit sa résistance et ses possibilités d’opposition grignotées. Elle perd toute possibilité de critique. Empêchée de réagir, littéralement “sidérée”, elle est rendue complice de ce qui l’opprime. Cela ne constitue en aucun cas un consentement : elle est chosifiée. [...] Elle subit sans consentir, voire sans participer. »

       L’absence de réaction, la perte des possibilités critiques vient de l’osmose qui se construit entre l’entraîneur et son athlète. Mais elle résulte aussi de l’autorité de l’entraîneur, en vertu de laquelle une crainte s’établit qui conforte la relation de domination. « L’autorité de mon entraîneur, je la respecte et je la crains. »

        Les rendez-vous matinaux de Loulou à Clémence sur le chemin du lycée par exemple.– Notamment en ce qui concerne les lettres non timbrées qui indiquent qu’il est passé, ce qui renforce l’envahissement des lieux de l’intimité. Il est venu, il peut, il va revenir...

De la délégation dautorité à labus de pouvoir

      Car l’entraîneur incarne à la fois l’institution, le savoir, la compétence, et assure une fonction protectrice. La société lui accorde une présomption de moralité. Lorsqu’ils lui confient leurs enfants, les parents placent sous l’autorité d’un individu au dessus de toutsoupçon d’autres individus qui se construisent dans la dependence à son égard. Car à la compétence technique attendue s’adjoint la conviction d’avoir affaire à un éducateur, avec toutes les présuppositions bienveillantes qu’engendre une telle appellation.

 

 L’entraîneur tire son pouvoir de cette perception favorable, un pouvoir auquel l’athlète se soumet avec application sinon plaisir. Dès lors, l’entourage ayant habituellement autorité sur les jeunes (et plus particulièrement les parents) signe un blanc-seing à l’entraîneur. Ce pouvoir et cette autorité sont au centre de toutes les institutions éducatives et n’ont donc rien de scandaleux. Ce qui peut le devenir en revanche, c’est l’usage qui en est fait par ceux qui en sont dotés. Car cette totale confiance des parents vis-à-vis de l’entraîneur place les victimes entre les griffes des prédateurs.

 

 

Hors lieux, et abus de pouvoir

Les violences sexuelles prennent racines dans tous ces lieux structurés par des rapports de domination et plus particulièrement par ceux de la domination masculine. La spécificité de la relation entraîneur-athlète est imprégnée de cette structuration. En conséquence, tout ce qui se joue entre les séances techniques ou compétitives (les plus visibles) est susceptible d’être investi par des agressions d’autant plus inattendues que la confiance en l’entraîneur est partagée par l’athlète et ses proches.

La familiarité créée par la relation entraîneur-athlète peut y conduire lorsque les frontières s’abolissent entre le public et l’intime.

Il existe notamment dans le sport des lieux d’intimité, comme les vestiaires, les douches. Ou plutôt s’agit-il là de lieux dans lesquels une protection peut s’ériger entre le regard masculin et les corps de femmes. Lieux de la nudité, lieux de fantasmes par conséquent, ils peuvent devenir les lieux d’une intimité redoutée.

Car son pouvoir peut conduire l’entraîneur à entrer dans les vestiaires aussi facilement qu’il peut décider de l’itinéraire emprunté pour raccompagner les athlètes. Marie rapporte cette réalité et ses conséquences : « L’entraîneur nous matait dans les vestiaires. On s’arrangeait toujours pour ne pas y être seules. Nous savions. Un jour, pourtant, il m’a coincée sous la douche. Les autres était déjà parties. On avait l’impression qu’il attendait cette occasion tout le temps. » Marie connaissait et redoutait la douche. Les athlètes savaient toutes que l’entraîneur se trouverait là à se « rincer l’œil » alors qu’elles avaient franchi le seuil des limites de son autorité. Chaque fin d’entraînement s’accompagnait de l’angoisse d’être celle qui se ferait coincer. Jusqu’au départ des jeunes femmes, l’entraîneur pouvait disposer de leur corps techniquement, moralement, visuellement, sexuellement.

De même – nous l’avons vu – le stage constitue une situation sociale favorable aux agressions. Pour les athlètes, cela implique de se retrouver en la présence physique de leur bourreau en permanence. Clémence « savais que vingt-quatre heures sur vingt-quatre il pouvait débarquer », qu’elle était à sa merci. Ce n’est pas dans le cadre de l’emploi du temps lié au stage lui-même qu’apparaissent les signes du harcèlement ou que se produisent les violences.

Mais dans toutes les situations où peut être instituée une intimité. Pour Anne-Sophie, cela se traduisait par exemple par des invitations permanentes à « aller boire un coup ou se faire un  restau tous les deux ».

Le lieu d’hébergement constitue bien entendu un espace dans lequel l’entraîneur est libre d’abuser de son pouvoir. La nuit, une tendance se dessine qui consiste à formuler des invitations l’air de rien. L’entraîneur ouvre sa porte et s’arrange pour que ce soit l’athlète qui vienne à lui. Béatrice nous confie : « En partant en stage, j’étais confiante, je me sentais forte pour l’affronter. Arrivées à l’hôtel, toutes les filles étaient deux par chambre, et moi, seule, à côté de la sienne. [...] Il m’a dit que si je voulais le voir à n’importe quelle heure sa porte était ouverte. » Voilà pour la version qui m’aime me suive. Mais les agressions peuvent se faire beaucoup plus explicites comme en témoigne Valérie : « Me doutant qu’il viendrait, j’avais demandé à une autre athlète de permuter de chambre. Nous n’avons dormi ni l’une ni l’autre. Toute la nuit, il est venu frapper à la porte de la chambre où il pensait me trouver. »

Que l’entraîneur s’organise pour se retrouver seul avec l’athlète qu’il harcèle constitue d’emblée un abus de pouvoir repérable bien avant que ne se produisent des agressions physiques. Laisser sa porte ouverte à une athlète revient à poser un collet. En outre, l’entraîneur profite de son pouvoir d’organisation de l’emploi du temps et des espaces pour isoler sa victime et la rendre ainsi disponible et affaiblir ses résistances. C’est ce dont témoignent Clémence ou encore Béatrice : « Un jour, je me suis entraînée seule. Lorsque je suis allée rapporter les clés, il m’a proposé de rester, me disant que son fils (un camarade de classe) et des lanceurs qui étaient en musculation allaient passer boire un coup. Il m’a félicitée de mes progrès et de mon investissement. Il s’est assis près de moi, sur le canapé. Il était très proche physiquement, trop proche. » Béatrice a finalement été violée. Curieuse similitude, troublante proximité des stratagèmes, de la part d’entraîneurs qui opèrent à l’identique, abusant de la confiance des athlètes pour s’approprier leur corps.

Les moyens employés (se retrouver seule dans une chambre, dans une voiture, lors d’entraînements personnalisés...) résultent d’une subtile tactique qui consiste à provoquer sciemment une rencontre tout en faisant comme si elle était le fruit du hasard.

En ce qui concerne les entraînements, l’emprise fonctionne aussi parce qu’ils peuvent être perçus initialement par l’athlète comme une faveur, un intérêt particulier. De nombreux témoignages rendent compte de la manière dont – dans un premier temps – les jeunes femmes éprouvent une certaine fierté et se sentent valorisées dans leur corps d’athlète. Les jeunes femmes s’imaginent alors que si l’entraîneur s’intéresse à elles, c’est qu’il a confiance en leurs possibilités et qu’il tient à les faire progresser.

La confusion vient du fait qu’elles pensent que l’entraîneur prend essentiellementen compte leur corps performant, alors qu’ilérotise leur corps de femme. Par des stratagèmes rendus acceptables grâce à une argumentation fondée sur la qualité de la préparation ou la serviabilité, l’entraîneur s’arrange finalement pour disposer du corps de son athlète. L’imaginaire masculin, empreint de domination, s’immisce dans la relation entraîneur-athlète.

Il s’ensuit une double possession de la sportive et de la femme dont l’aboutissement est le libre usage par l’entraîneur du corps de son athlète, sa chose.

Par ailleurs, l’emprise de l’entraîneur s’opère d’autant plus fortement qu’il maintient les athlètes dans la crainte. Georges Magnane Sociologie du sport, Paris, Gallimard, 1964 notait : « Quand les entraîneurs du type despotique affirment que leurs loyaux sujets sont d’autant plus heureux qu’ils leur sont plus totalement soumis, ils disent la vérité. » Cette catégorisation naïve des entraîneurs renseigne toutefois sur le fait qu’il s’agit d’une perception continue dans la relation entraîneurs-athlètes. Cette autorité provient de la structure hiérarchisée de la relation mais également d’une de ses spécificités qui concerne le travail sur le corps même des athlètes.

 Lempreinte ou le marquage des corps

L’entraîneur fait en effet un usage corporel de l’athlète dont il a la charge. L’emprise se fait directement sur le corps à partir d’une mise en forme de la gestualité selon des principes d’efficacité.

Tout le travail de l’entraîneur consiste à s’approprier un corps pour y inscrire les règles de l’efficacité, les transformer en tableaux vivants de la réussite sportive. La maîtrise de l’entraîneur sur l’athlète est technique par nature et suppose une maîtrise corporelle d’autrui. La toute puissance de l’entraîneur s’érige dans la mise en conformité du rapport au corps de l’athlète avec les exigences de la réussite sportive. Détenteur d’un savoir supposé, l’entraîneur devient un referent exclusif sur le stade, mais aussi dans la vie quotidienne où ses prescriptions concernent l’alimentation, l’hygiène de vie, avec tout ce que cela comporte de contraintes corporelles. Dans les sports individuels notamment cette toute puissance s’affermit dans la dualité de la relation.

Le désir de l’entraîneur peut se traduire par la volonté de laisser une marque sur l’autre, d’y imprimer sa griffe. C’est ce que l’on peut appeler l’empreinte technique. Le corps de l’athlète est façonné par l’entraîneur dont la « patte » marque l’athlète dans sa chair. L’inscription des principes de la performance sur le corps même des sportifs/sportives caractérise l’emprise sportive. La proximité corporelle entre l’entraîneur et ses athlètes est avant tout une proximité fonctionnelle qui induit une quasi quotidienneté de la rencontre des corps.

Aussi, les premiers contacts corporels s’inscrivent dans la continuité du travail technique. Ils constituent des agressions subtiles – C’est donc en « toute logique » que le lancer de marteau féminin (a) produit autant de victimes malgré le peu de pratiquantes. Outre le fait que le virilisme y fonctionne à plein, le peu d’effectifs multiplie les occasions d’isolement entre l’entraîneur et l’athlète.

Ainsi Béatrice confie-t-elle que « ses mains sur mes épaules, le dos, la taille ne m’inquiétaient pas puisque cela était toujours associé à une petite douleur que je ressentais ou au souci de me réconforter. Il me touchait le ventre pour tester mes abdominaux, me prenait en exemple pour les étirements des ischios car j’étais très souple. Il me prenait alors les chevilles et montait ma jambe. Ou bien encore, il arrivait par derrière et massait mes épaules contractées, sans me le demander. Lors des démonstrations techniques, il me choisissait, posait ses mains sur mon bassin, ou plus précisément sur les fesses pour montrer le mouvement de rétroversion, pareil pour les épaules, où il descendait franchement sous les aisselles à la naissance des seins. Mais cela ne me choquait pas, je le considérais comme un proche, même si ses mains insistaient... »

La main de l’entraîneur posée sur le corps est un élément utilisé dans la transmission du savoir technique. La pression exercée sur une articulation ou un groupe musculaire travaille à marquer le corps d’impressions recherchées pour accroître l’efficacité sportive. Béatrice a bien conscience que les mains de son entraîneur s’aventurent au-delà de ce que le lui autorisent les exigences techniques, mais elle a confiance. Elle ne peut pas imaginer, à quatorze ans, que ses mains recherchent consciemment à entrer en contact avec son corps de femme.

Les violences dont furent victimes les différentes athletes rencontrées indiquent le poids de cette imposition corporelle quotidienne des désirs : regards, bise faite au coin des lèvres, main passée dans les reins, pression des doigts sur les bras... Bref, tout ce qui peut construire un contact plus prolongé que les contacts socialement acceptés est utilisé de manière à bien faire prendre conscience à la jeune athlète qu’elle est devenu un objet de désir sexuel. Ces contacts se font encore plus explicites lorsque l’entraîneur isole l’athlète (dans un vestiaire, un local à matériel, une voiture, un couloir). Ils visent alors explicitement les parties du corps les plus connotées sexuellement : seins, fesses, cuisses...

La possession de l’athlète par l’entraîneur se transforme en celle de la jeune femme par l’homme.

Prises au piège

Ces violences sont préparées par la tolérance à l’égard des humiliations, des souffrances, des privations acceptées en contrepartie des résultats sportifs. La convergence des désirs de réussite sportive de l’entraîneur, des parents, des dirigeants, ou encore des amis et de l’entourage proche « condamne » le/la jeune athlète à faire sien les désirs des « autruis significatifs » et le/la pousse à accepter tout un tas de petites violences ordinaires qui ne sont pas directement liées à l’obtention d’un résultat.

Pour les athlètes, ces violences peuvent même être perçues comme le fruit de leur propre comportement. Ceci ne veut pas dire qu’ils/elles sont consentant(e)s, ni même qu’ils/elles peuvent s’y soustraire. Mais lorsque l’entraîneur les humilie, les brusque, les « engueule », les athlètes recherchent dans ce qu’ils/elles ont fait les causes de cette attitude et espèrent par l’acceptation de ces violences banales reconquérir l’estime de leur bourreau légitime.

Ce processus est très proche de celui qui est à l’œuvre dans les violences physiques répétées au sein du cercle familial ou de l’entreprise par exemple. Le parent ou l’homme violents trouvent toujours dans le comportement de leur victime une justification à la violence qu’ils produisent. Ce processus de justification amène les enfants à se sentir coupables de la violence produite par les adultes. « Ils sont coupables de les décevoir, coupables de leur faire honte, de n’être pas assez bien pour eux. »

Le témoignage de Catherine illustre parfaitement cette dépendance qui conduit à l’acceptation de comportements blessants. « Je sais que l’entraîneur national sera intransigeant, jusqu’à devenir parfois intraitable. Des résultats qui ne se situeraient pas à la hauteur des espérances attendues et programmées auraient pour conséquence un comportement cruel de sa part, oscillant entre l’indifférence la plus complète, des phases inquiétantes de silence plus ou moins longues, et les réflexions blessantes et parfois insultantes. Dans ces moments là, il vaut mieux se taire et obéir plus que de coutume. Aussi, je redouble d’efforts et de concentration et je m’applique encore davantage, redoutant à chaque instant la violence de sa voix. Quand je suis fragile, inquiète ou épuisée, plus l’entraîneur élève la voix, plus je le redoute. [...] Sans cesse je me répète [...] que je n’ai pas le droit de “craquer”, et encore moins de me décourager. Je n’ai pas le droit de me laisser aller, de m’écouter. Je dois réaliser ce que l’on attend de moi. »

La volonté de ne pas décevoir l’entraîneur passe bien sûr par celle de s’en montrer digne à travers les résultats enregistrés lors de compétitions. Mais, dès lors que l’entraîneur projette sur ses athlètes un désir d’assouvissement sexuel, la satisfaction ne peut plus venir des performances mais de l’offrande du corps. La contreperformance peut même être attendue aussi bien par l’athlète que par l’entraîneur. Pour Clémence, c’est une manière de desserrer l’emprise, de fuir l’insupportable prédiction : « Le jour où j’atteindrai 50 m, il me ferait l’amour dans la salle de matériel. » En revanche, elle fournit à l’entraîneur prédateur l’occasion de renforcer l’emprise. C’est lui qui viendra consoler, sécuriser et garantir un progrès ou une future performance grâce à sa compétence technique et à ses conseils éclairés.

C’est encore lui qui offrira un contact protecteur, un contact physique serré, apparemment motivé par le souci de réconforter. Un peu à l’image d’un père incestueux qui entretient cette « atmosphère malsaine faite de regards équivoques, d’attouchements fortuits, d’allusions sexuelles ».

Petites violences au quotidien

       Mais la contre-performance est aussi un prétexte à mécontentement, à humiliation, à renforcement des méthodes disciplinaires au cours desquelles les athlètes doivent en chier, selon une expression utilisée pour traduire l’esprit de ces séances de violence punitive. L’emprise se renforce alors par l’obéissance à l’égard du technicien, et par l’acceptation des souffrances imposées « pour la bonne cause ». Car les séances d’entraînement les plus dures sont justifiées par des objectifs sportifs, les remarques humiliantes par la nécessité de forger un moral de champion. Dans l’emprise, la loi du jeu est cache pour celui ou celle qui la subissent. Les athlètes supportent alors le triangle, les séances de musculation forcenées, les fractionnés les laissant au bord de l’épuisement car elles ont integer les valeurs sportives selon lesquelles les résultats se méritent et sont le fruit de l’effort. En outre, lorsque ces séances sont perçues comme des séances de punition, les athlètes, écrasées par la relation d’emprise, se convainquent qu’elles ne récoltent que ce qu’elles ont mérité. Elles acceptent alors les mots, blessants, humiliants, des mots qui rappellent sans cesse le rapport de domination, les mots, utilisés pour blesser sans laisser de traces (Marie-France Hirigoyen).

Le regard qu’elles portent dans leurs témoignages sur ce qui se passait alors est devenu possible, à partir du jour où elles se sont dégagées de cette relation. Toutes concèdent qu’elles croyaient réellement être responsables des brimades endurées, certaines mêmes les recherchaient, comme preuves de l’intérêt que l’entraîneur leur portait. Elles étaient pour lui un jouet vivant à disposition.

En psychanalyse, la pulsion d’emprise « assure une fonction vitale : maintenir, dominer l’objet pour en disposer, fonction qui peut être mise au service de la sexualité, mais n’en fait pas partie intrinsèque. La cruauté elle-même n’est que le constat objectif des effets de la pulsion d’emprise sur l’objet, mais point mode de jouissance sexuelle. » D’ailleurs, la grande jouissance retiré de la manipulation de l’autre, marionnette de chair, n’est pas l’apanage des auteurs de violences caractérisées. Dans la plupart des cas, lorsqu’un entraîneur impose à son athlète des travaux forcés qu’il enrobe de rationalisations techniques ou physiologiques, il « considère que celui qui la subit n’a pas le droit de se plaindre. La victime n’est plus qu’un objet gênant dont l’identité est niée. Il ne lui est reconnu aucun droit à un sentiment ou à une émotion. »

Elle bénéficie alors d’un curieux traitement de faveur auquel elle ne peut pas se soustraire et dont elle ne peut s’offusquer. « Alors que les abdominaux se faisaient habituellement par séries de 20, il m’imposait lorsque j’étais seule avec lui des séries de 200. C’était une véritable torture. Le ventre brûle. Tu n’as plus qu’une solution : te concentrer pour dépasser la douleur. Et surtout ne pas lâcher, ne pas lui montrer que tu souffres. De toute façon, je n’avais pas le droit à la parole. » (Mathilde).

Par son attitude, l’entraîneur conserve les athlètes sous sa coupe en les réduisant à être des corps obéissants.

Il maintient ainsi la relation de dépendance dans laquelle s’exprime sa toute-puissance. Il est celui qui impose et qui dose les exercices, imprimant dans la chair de l’athlète cette douleur consentie de la culture sportive (David Le Breton). Il reste ainsi le maître et affermit son emprise, en jouant de son pouvoir de controller les corps en orchestrant la douleur. Ainsi, l’athlète reste à sa place, objet technique dont le corps n’est qu’une variable manipulable. Fort de son autorité technique, l’entraîneur peut en effet justifier les exercices les plus pénibles et les vexations les plus humiliantes. Face à lui, l’athlète sous emprise est un être dont la personnalité tout entière est au service de la performance.

           Sur son corps passe « le rouleau compresseur du conditionnement », qui le pousse à «accepter certains entraînement très durs mais nécessaires pour progresser ». Son corps est totalement soumis aux exigences de la préparation, avec comme seule « hantise-: avoir récupéré pour être en forme et performant [...], et supporter les charges d’entraînement qui deviennent au fil des jours, de plus en plus importantes ».

La robotisation des tâches lors de l’entraînement et la souffrance faite au corps sont perçues par les athlètes comme des nécessités. Leur vie est réglée par l’alternance des temps de travail et de repos, le souci d’une diététique adaptée, « ce qui signifie, par conséquent, [d’]accepter les privations et la rigueur d’une existence programmée et limitée ».

L’emprise institutionnelle

L’emprise institutionnelle s’étend ainsi à travers une chosification de l’athlète dont le corps est valorisé par la performance produite. « Automatisé à l’extrême, le champion oublie son corps », ou plutôt, il le délègue à l’entraîneur qui le prend en charge. La participation de l’entraîneur à l’amélioration du rendement corporel place en outre les athlètes en situation de dette symbolique.

Par Philippe LIOTARD - Publié dans : greps
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